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Projet de Loi de Finances 2017 : Le pouvoir d’achat encore taxé

Publié le 23/09/2016, par dans Non classé.

A peine ont-ils encaissé les hausses de l’année 2016 que les ménages devront encore puiser dans leur bas de laine en prévision de l’année à venir. Les premiers éléments de la loi de finances 2017 annoncent déjà la couleur : des taxes, des taxes et encore des taxes.
Après une première hausse des prix du carburant, du transport, des produits alimentaires de large consommation mais aussi de l’énergie suite à l’adoption de la loi de finances 2016, les Algériens devraient avoir droit à d’autres augmentations prochainement. Si plusieurs secteurs ont déjà été touchés par des hausses sensibles, il semblerait qu’ils ne seront pas épargnés pour autant. En effet, il se pourrait que le carburant et l’électricité soient à nouveau touchés par la hausse. De nombreux secteurs devraient être concernés, notamment les produits de luxe, l’immobilier, l’électroménager ou encore le tabac.

Cependant, hormis quelques indiscrétions publiées par la presse sur de nouvelles taxes, on sait encore très peu de chose sur le texte préparé par le ministère des Finances. A cet effet, l’expert financier Lies Kerrar précise : « Il n’y a pas de document officiel ou de projet de loi de finances que j’ai consulté.» Pour autant, les bribes d’informations rapportées dans la presse laissent déjà craindre le pire pour le pouvoir d’achat.

Hausse de la taxe sur la valeur ajoutée

La TVA devrait passer de 17% à 19% pour le taux plein et de 7% à 9% pour le taux réduit. Lies Kerrar explique cette augmentation : « L’effet de l’augmentation de TVA sera un renchérissement pour le consommateur final des biens et services.» Selon lui, en économie, il y a un lien direct entre l’inflation et l’augmentation des taxes à la consommation, dont la TVA. Combiné à d’éventuelles dépréciations du dinar, cela mettrait en place des pressions inflationnistes déjà présentes d’ailleurs.

Il confie : « La conjoncture implique, dans tous les cas, des pressions inflationnistes. Ce qui est important, c’est une gestion économique experte et très fine pour éviter l’emballement incontrôlable de l’inflation et limiter ses effets. En termes de ressources supplémentaires pour l’Etat, cela représenterait entre 400 et 900 millions de dollars.» Et selon l’expert, cela est peu.

Il explique : « Cette mesure n’est pas combinée avec une stratégie de formalisation des secteurs de la distribution. Si on associait cela à la suppression de la TAP et à une stratégie déterminée de formalisation de l’économie (notamment les circuits de distribution), ce sont des ressources supplémentaires en TVA de 4 à 7 milliards de dollars que l’on pourrait aller chercher à court terme. Et ces ressources croitraient chaque année.» De son côté, Kouider Boutaleb, professeur à l’université de Tlemcen rappelle : « L’Algérie a déjà un taux de TVA relativement haut, l’un des plus élevés du pourtour méditerranéen.»

Ainsi, selon lui, ce relèvement à une double conséquence : « Le renchérissement des prix entraîne une baisse du pouvoir d’achat et conséquemment une baisse de la consommation. Cette dernière ne sera pas sans effet sur les entreprises qui face à un marché déprimé réduiraient le volume de leur production (et de leur investissement) et conséquemment la création d’emplois.» Et de proposer : « Il aurait fallu, nous semble-t-il, différencier ce relèvement de la TVA pour ne pas toucher les biens de large consommation, ce qui aurait été plus judicieux.»

Hausse de la taxe intérieure sur la consommation

Déjà augmentée en 2016, la TIC concerne notamment les véhicules de grosse cylindrée, les fruits exotiques, le saumon et le caviar. Selon Lies Kerrar, cette taxe a ses avantages. Il explique : « La TIC sur les produits de luxe a comme avantage d’apparaître comme juste et équitable car elle fait payer plus les gens aisés. C’est une bonne mesure car elle fait participer les plus aisés à l’effort, mais il ne faut pas se faire d’illusions sur son impact budgétaire ou sur notre balance des paiements.»

En effet, ce dernier reste perplexe quant à la nécessité de cette taxe. Il confie : « Cette taxe ne constitue pas un apport important en termes de réduction des importations ni en termes de ressources pour l’Etat. Les consommateurs aisés ne sont pas très sensibles aux prix et cela ne diminuera pas de beaucoup les importations de produits de luxe. Ceux qui mangent du caviar n’en mangeront pas beaucoup moins s’il coûte deux fois plus cher.

Par ailleurs, les montants en questions sont très faibles et cette taxe n’apportera pas beaucoup de ressources additionnelles au Trésor.» A cet effet, l’expert propose : « Ce qui aurait plus d’effet sur notre économie, ce serait de taxer fortement les produits importés lorsque de la production locale existe. Et c’est sur les produits de large consommation que cela peut avoir un impact.

Les produits de luxe ne représentent pas des tailles de marché suffisantes pour que de la production locale soit initiée.» De son côté, le professeur Kouidri défend une autre vision : « La hausse de la TIC telle qu’elle est entendue, touchant les produits de luxe, est légitime. En période de crise budgétaire, on ne pioche pas dans les poches des pauvres mais dans celles des riches (concernés par la consommation des produits de luxe) et la marge de manœuvre sur ce plan est assez large pour augmenter les recettes de l’Etat.»

Le tabac coûtera plus cher

Le tabac ne sera pas en reste. En effet, la TIC sur les tabacs sera relevée. Elle concernera la partie fixe de la taxe, avec une augmentation de près de 100% pour les tabacs blancs et de 60% pour les tabacs bruns. La cigarette est « très peu taxée en Algérie», souligne Lies Kerrar. « Cette augmentation est demandée depuis des années. Par ailleurs, les prix bas des cigarettes en Algérie ont fait que les cigarettes algériennes sont vendues en contrebande dans les pays voisins et en Europe.

Or, nous importons une bonne partie du tabac que nous consommons ou qui est vendu en contrebande : 344 millions de dollars en 2014 selon les données extraites de la base de données de Comtrade.» En outre, l’expert insiste sur l’importance de cette taxe sur le plan santé : « Au delà des ressources fiscales et de Lire la suite

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