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Préserver les terres agricoles, un combat de générations

Publié le 02/06/2017, par dans Non classé.

A Aït Zellal, dans la commune de Soumaa (Tizi Ouzou), des agriculteurs se battent depuis plus d’un siècle contre la confiscation de leurs terres. Un combat mené d’abord, par leurs aïeux avec la France coloniale, puis par la nouvelle génération avec l’administration algérienne. Deux époques, même combat. C’est l’histoire que nous allons vous raconter dans ce reportage.
« L’administration coloniale a tenté, il y plus d’un siècle, d’exproprier les terres agricoles de nos aïeux, mais la justice de l’époque a fini par trancher en leur faveur.

Aujourd’hui, c’est l’administration de l’Algérie indépendante pour laquelle ils se sont battus qui veut les spolier, injustement et contre toute attente, pour implanter une prétendue zone industrielle», s’emporte Akli Bousnadji, l’un des 132 héritiers et ayants droit d’un terrain agricole de 350 hectares que la wilaya de Tizi Ouzou veut absolument accaparer dans la commune de Souamaa.

Vers l’entrée de l’autoroute menant à Aït Zellal, plus grand village de Souamaa avec ses 8000 habitants, ce sont les champs de blé, à perte de vue, qui vous accueillent. C’est ici que se trouvent les 350 hectares de ce terrain agricole en litige que la wilaya dit avoir exproprié pour l’implantation d’une zone industrielle.

Paradoxalement, le projet a été initié par l’ex-wali de Tizi Ouzou, Abdelkader Bouazgui, l’actuel ministre de l’Agriculture fraîchement installé par le tout nouveau Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune. C’est lui qui voulait faire de ce pandore agricole une zone industrielle qui donnera, en plus, sur Oued Sebaou ! C’est ici, au lieu dit Tala Ali, ex-douar Beni Bouchaïb du temps de la France coloniale, que se trouvent ces terres qui accumulent, à elles seules, plus d’un siècle de conflit.

Appartenant majoritairement à des agriculteurs dont la plupart ont été moudjahid ou tombés au champ d’honneur, ces terres avaient fait l’objet d’expropriation en 1885 par l’administration française. Les propriétaires n’ont trouvé de solution à l’époque que de déléguer le chef du âarch, qu’on appelait Lamine, et porter l’affaire en justice.

En 1894, cette dernière donne raison aux agriculteurs qui récupèrent le sol après près de dix ans de combat. Aujourd’hui, se sont les héritiers et les ayants droit qui continuent à perpétuer la culture de la terre. Sur cette terre bénite, plusieurs de ces personnes sont nés ici. Le lac y est toujours avec quelques maisons habitées par des agriculteurs, cernés par Oued Sebaou, témoin de la souffrance de ces humbles gens qui continuent à subir les affres de l’administration.

Wilaya

La wilaya dit les avoir expropriés en se basant sur le Sénatus-consulte, un document datant de 1885 qui retrace l’existence du litige entre l’administration coloniale et les autochtones. Rencontré dans son bureau, le conservateur d’Azazga affirme, lui aussi, qu’effectivement « la décision d’exploration a été faite sur la base de ce Sénatus-consulte», sans autant donné des détails sur la question. Sauf qu’il y a eu verdict dans cette affaire et l’administration coloniale avait donné gain de cause aux propriétaires.

Ce document gardé minutieusement par une vieille du village a été remis pourtant aux différents services de la wilaya de Tizi Ouzou dont les domaines et la conservation foncière d’Azazga. Mais l’administration ne l’entend pas de cette oreille et tient absolument à récupérer cette assiette importante sise à quelques pas de l’autoroute Tizi Ouzou-Azazga. Dès lors, les propriétaires et les ayants droit se sont organisés en association baptisée l’association des propriétaires terriens de Tala-Ali qui a pour objectif de défendre ces derniers auprès de la wilaya. Akli Bousnadji est son président.

C’est avec lui que nous nous sommes rendu sur place pour voir de plus près l’étendue de ces terres. Pendant que nous visitions ces champs de blé ensoleillés, un homme, quittant son ancienne ferme pas loin, les épaules soulevés comme un tigre voulant protéger sa progéniture d’un danger imminent, se met à hurler : « Qu’est ce que vous faites ici ? Qui êtes vous ?», s’interroge-t-il. Dda Akli intervient et répond : « Ne me reconnaissiez-vous pas ? Je suis Akli, le président de l’association des propriétaires. Je suis là pour vous défendre et protéger vos terres.» L’homme à l’allure du guerrier ne déguerpit pas. « Bien sûr que je vous connais.

Mais qui sont ces gens là ? Les autres !», insiste-t-il. « Ce sont des journalistes venus réaliser un reportage sur notre combat face à l’injustice de la wilaya», explique Dda Akli. L’homme s’est avéré un héritier d’une parcelle qu’il continue à cultiver et à en prendre soin depuis la mort de son père, ancien Moudjahid. Ce dernier au visage crispé, change de couleur, baisse ses épaules et lance un léger sourire de bienveillance avant de relancer sa colère sur la wilaya. « Mon père est propriétaire de cette terre.

C’est ici que je suis né avec mes frères et soeurs et c’est ici qu’il accueillait les révolutionnaires du temps de la Guerre de Libération nationale. Il l’a toujours travaillé et c’est ce que je continue à faire depuis sa mort», confie-t-il.

Quand il s’agit de défendre sa terre, rien ne semble arrêter cet agriculteur enragé. « La wilaya veut nous voler. Elle a décidé, à notre insu, d’offrir nos terres gratuitement aux investisseurs. Le pire est qu’elle dit qu’elles appartenaient à la France coloniale et donc, à l’Etat algérien après l’Indépendance, chose qui nous bouleverse. Nous pensions que nous allons être rétablis dans nos droits après l’Indépendance et qu’on ne soit pas à nouveau en litige pour un bien qui nous revient de droit. Nous n’avons pas combattu les colons pour en avoir d’autres. Qu’ils pensent ce qu’ils veulent, je casserai le dos de toute personne qui s’approcherait de ma propriété», prévient-il.

Drapeau

Ici, à Aït Zellal, tout le monde appelle M. Bousenadji par Dda Akli. Ancien boxeur qui a fait le tour des rings du monde, notamment ceux d’Allemagne, il décide en 1986 de quitter sa ville, Alger, pour s’installer dans son village où il a ouvert une école de boxe tout en continuant à défendre les intérêts d’Aït Zellal. Mais depuis quelques années, c’est cette histoire de terres agricoles qui le préoccupe. « Si la wilaya a choisi au début nos terres de Tala-Ali, c’est parce qu’elle a Lire la suite

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