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Poursuite pour des propos tenus sur Facebook : Le nouveau mode de répression

Publié le 09/06/2017, par dans Non classé.

Les nouveaux espaces d’expression tels que Facebook dérangent. L’Etat n’arrive plus à les maitriser. Mais il semble qu’il a trouvé la solution. Plusieurs militants et activistes sont poursuivis grâce à cet organisme de lutte contre la cybercriminalité. Retour sur ce nouveau mode de répression qui fait ravage.
« N’avez-vous pas vu ce qu’a fait Dieu aux propriétaires de la grue ? Ne les a-t-il pas tué à la Mecque comme à Rabia. C’était là, un signe fort celui tombé sur la maison de Dieu. D’ailleurs, je ne suis pas votre Dieu, vous la Ouma égarée, etc». Ce texte traduit de l’arabe ainsi que d’autres, considérés par la justice de M’sila comme un blasphème des sourate du Coran, ont coûté à son auteur, Rachid Fodil, une condamnation en première instance à « cinq ans de prison ferme».

Gérant d’un cybercafé dans un petit douar de Sidi Aïssa à l’ouest de M’sila, Rachid Fodil, 28 ans, propriétaire d’une page facebook, a été poursuivi pour « atteinte aux préceptes de l’islam et offense au Prophète». Sa sentence a été réduite à « une année de prison ferme» en cour d’appel. « Il sera libéré dans moins d’une semaine après avoir purgé sa peine», assure son avocat, Me Amirouche Bakouri, joint par téléphone. Finies les poursuites judicaires classiques.

Aujourd’hui, déférer devant un juge pour des slogans portés dans des pancartes, des déclarations données en public ou des positions rapportées par des médias se fait de plus en plus rare. Désormais, les activistes et les militants, associatifs ou politiques, font face à une nouvelle procédure. Ils sont jugés pour les mêmes chefs d’inculpation classiques, mais pour des propos tenus en virtuel sur facebook.

Ce nouvel espace d’expression dérange. Devant les interdictions des manifestations et la fermeture des espaces publics, beaucoup d’activistes trouvent en les réseaux sociaux un refuge où ils peuvent s’exprimer librement sans être inquiétés. Mais depuis quelques années, tenir certains propos ou partager des photos et des caricatures, peut être considéré comme un délit. Dénoncer la corruption ou les pratiques controversées des services de sécurité peut se retourner contre le lanceur d’alerte. Pour pouvoir s’exprimer, les militants et activistes n’ont aujourd’hui ni l’espace public ni le virtuel. En réalité, ils sont cernés de partout.

Printemps

« Des dizaines de militants et de citoyens sont aujourd’hui poursuivis pour des propos tenus sur facebook. Nous ne connaissons que les cas qui nous ont été signalés, car il doit y avoir d’autres que nous ignorons. Généralement ce sont les services de sécurité qui les conseillent de ne pas faire appel aux avocats des droits de l’homme de peur que leurs cas ne soient médiatisés. Mais ce qui nous interpelle le plus dans cette histoire, est que nous avons l’impression que les accusations sont toutes prêtes.

La police judiciaire ainsi que la justice ne font que les distribuer sur les personnes ciblées», confie Me Abdelghani Badi, président du bureau de la Laddh (aile Me Benissad) à Alger et avocat qui suit de près ce dossier, rencontré dans la capitale. « Diffamation, outrage à corps constitué, outrage au président de la République, outrage aux symboles de la République, incitation à attroupement armé et non armée, offense au Prophète et atteinte aux préceptes de l’islam», sont les accusations qui reviennent souvent dans ce genre d’affaire. Impossible de citer tout les cas, car ces derniers se comptent par centaines.

Les avocats défenseurs des droits de l’homme assurent que toutes les wilayas sont concernées par cette nouvelle mesure mais El Oued, reste pour eux, la région qui a connu le plus de militants poursuivis pour des propos tenus sur facebook. Le mouvement des chômeurs est celui qui a payé le plus les frais de son engagement, selon ces derniers. Pour bon nombre d’observateurs, c’est en « représailles» que ces membres ont fait l’objet de « harcèlement» par la voie de cette nouvelle procédure.

Exil

En 2014, Rachid Aouine, l’ex-douanier qui était derrière l’affaire du gazoduc qui alimentait sans aucun contrôle la Tunisie à partir du sud algérien, est jugé pour des propos tenus sur facebook. Devenu, après son licenciement, l’un des leaders du mouvement de contestation des chômeurs dans sa région à El Oued, Rachid Aouine, accablé par la justice, est passé à la barre pour la dernière fois en Algérie.

Lors du mouvement de protestation qu’a connu le corps de la police dans cette période, Rachid s’est exprimé sur sa page facebook en appelant les policiers à rejoindre leurs confrères, au lieu de réprimer son mouvement (les chômeurs). L’ex-douanier a été systématiquement poursuivi pour « incitation à attroupement» et condamné à « quatre mois de prison ferme».

Le jour de son procès, Abdelhamid Brahimi, 28 ans, l’un des chômeurs d’El Oued qui ont pris part au rassemblement de soutien où a participé d’ailleurs la famille Aouine, a assisté à une scène choquante pour lui. « La famille de Rachid, dont une vielle révolutionnaire du FLN, a été malmenée par les policiers. Ils les ont même embarqué, chose qui m’a révolté.

Je suis rentré chez moi et j’ai décrit ce que j’ai vu et vécu sur mon compte facebook. J’ai été interpellé, placé en garde à vue et jugé six jours plutard. Heureusement que j’ai été acquitté», témoigne-t-il. Dans cette affaire, Abdelhamid a été acquitté contrairement à des affaires précédentes où il a été condamné. Rachid Aouine a quitté l’Algérie après sa sortie de prison. Actuellement, il vit en Angleterre avec sa femme où sa demande d’exil politique a été accordée par les autorités britanniques.

Vidéo

Belkacem Khencha, l’autre leader du mouvement des chômeurs à Laghouat, risque de replonger en prison après avoir passé six mois, suite à l’organisation d’un sit-in devant le tribunal du centre-ville. Son seul tort est d’avoir diffusé une vidéo sur facebook où il critique le fonctionnement de la justice et sa condamnation avec sept autres membres de son mouvement. Le caricaturiste d’El Oued, Tahar Djehiche, a été jugé lui aussi pour avoir diffusé une caricature à travers laquelle il apporte son soutien au mouvement anti-gaz de schiste d’In Salah.

Accusé d' »offense au président de la République», il a été acquitté en première instance puis condamné par la cour d’El Oued à « six mois Lire la suite

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