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Pourquoi tant d’impunité

Publié le 25/07/2017, par dans Non classé.

Quel crédit peut-on accorder à la campagne contre la corruption que mène le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, sachant que de nombreuses affaires de dilapidation de deniers publics se sont terminées en queue de poisson et les personnalités impliquées ont été préservées, voire promues à des postes supérieurs dans les institutions de l’Etat ? Sommes-nous devant une chasse aux corrompus ou à ceux qui ont franchi la ligne rouge de la succession ?
Jamais l’Algérie n’a connu autant de scandales financiers que durant ces quinze dernières années sans que la justice, souvent très prompte à réagir lorsqu’il s’agit de délit d’opinion, ne joue son rôle. Les exemples sont nombreux et on pourrait citer les plus révélateurs. D’abord le scandale BRC, cette filiale créée par Sonatrach, avec le groupe américain Halliburton, au début des années 1990, dirigée depuis 1994 par Abdelmoumen Ould Kaddour, un jeune cadre qui avait fait ses études aux Etats-Unis, avant de rejoindre un bureau d’études de la Présidence spécialisé dans l’engineering et le développement.

Dès 2006, sur instruction de la Présidence, une enquête menée par les officiers du défunt service de la police judiciaire du DRS (Département de renseignement et de sécurité), dépendant du ministère de la Défense, mettait cette filiale, accusée d’avoir bénéficié d’un statut de privilégiée, pour arracher de nombreux marchés de gré à gré dans tous les domaines, y compris l’armée et d’avoir pratiqué la surfacturation. L’inspection des finances met les pieds dans le plat et les conclusions du rapport d’enquête est accablant. Le dossier est pris en charge par le tribunal de Bir Mourad Raïs, où l’instruction dure des mois, patine puis s’arrête.

Chakib Khelil, alors ministre de l’Energie, voyait mal l’immixtion des services dans la gestion de son département. Pour mieux préserver ses partenaires, il a carrément dissous la filiale, dont le responsable, Abdelmoumène Ould Kaddour, est vite rattrapé par une autre affaire. Les officiers du défunt DRS l’arrêtent pour le déférer devant le tribunal militaire de Blida, avec deux autres personnes, Adel Miloud et Mehdi Chetouh, un lieutenant du service d’écoute, pour « divulgation d’informations classées secret défense».

L’affaire tourne autour d’un enregistrement d’une conversation téléphonique entre Ould Kaddour et un officier des services libyens, que le lieutenant aurait téléchargée sur un flash-disc, remis au nommé Adel Miloud, lequel, à son tour, l’a donné à Ould Kaddour. Jugés le 26 novembre 2007, les trois accusés plaident l’innocence, mais le parquet a requis 7 ans de réclusion criminelle contre le militaire, 6 ans contre Adel Miloud et 5 ans contre Abdelmoumen Ould Kaddour, alors que le tribunal militaire prononce trois peines de réclusion criminelle : 30 mois contre Ould Kaddour, 5 ans contre le militaire et 3 ans contre Adel Miloud, un ami commun aux deux premiers.

Ould Kaddour n’introduit pas de pourvoi en cassation contre l’arrêt du tribunal, qui le rend coupable « de divulgation d’informations classées secret défense sans intension d’espionnage ou de trahison». Il reste en prison pendant 26 mois, avant qu’une personnalité de la guerre de Libération, très connue, n’intervienne auprès du président de la République pour le faire sortir au mois de mai 2010, au moment où Sonatrach était éclaboussée par un immense scandale de corruption, au centre duquel se trouvaient l’ancien PDG, Mohamed Meziane, et Chakib Khelil.

Privé de ses protecteurs et soutiens avérés, Ould Kaddour s’envole pour les pays du Golfe, précisément à Abou Dhabi, où il s’installe avec son épouse, enseignante de langue française et ses deux enfants, le temps de se faire oublier. Et pendant qu’Ould Kaddour était jugé par le tribunal militaire de Blida, le procès Khalifa fait la Une de tous les journaux.

Medelci, Sidi Saïd, Aboudjerra Soltani, Tayeb Belaïz et Abdelmoumène Khalifa

Les révélations sont fracassantes. Un ministre des Finances, Mourad Medelci, qui reconnaît ne pas avoir été suffisamment intelligeant pour décrypter le rapport de l’IGF faisant état de graves anomalies dans le dossier de Khalifa Bank, une longue liste de responsables des OPGI (Offices de promotion et de gestion immobilières), qui se cachent derrière une instruction du ministère pour retirer les fonds des banques publiques et les confier à Khalifa Bank, et des accusés qui racontent comment plus de 100 milliards de dinars appartenant aux déposants ont été détournés avec la complicité des plus hauts dirigeants du pays. Dans cette affaire, de nombreux noms sont cités par les accusés pour avoir profité des avantages offerts par Abdelmoumène Khalifa, en contrepartie de leur complicité, mais ils ont comparu comme témoins.

Parmi eux, ceux de l’ancien ministre de l’Industrie, Abdesselam Bouchouareb, l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, l’ancien ministre de la Solidarité, Aboudjerra Soltani, l’ancien ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, le secrétaire général de l’Ugta, Abdelmadjid Sidi Saïd, etc. Durant la même période, une autre affaire de corruption au centre de laquelle se trouve l’ex-président de l’Association des zaouïas, Kaddour Gouaïche, l’ex-conseiller du président de la République, est au rôle du tribunal d’Alger.

Neuf personnes, entre autres le patron de la société italienne Estaldi, une secrétaire (à la retraite) du ministre de l’Hydraulique de l’époque, alors Abdelmalek Sellal, son secrétaire général, Mustapha Rahial, ainsi qu’un cadre du ministère des Finances étaient en détention et quatre autres en liberté provisoire. L’enquête des officiers du DRS les met en cause pour avoir aidé, en contrepartie de pots-de-vin, des sociétés étrangères à décrocher des marchés auprès des institutions de l’Etat, notamment l’hydraulique, la Présidence, l’armée et d’autres secteurs.

Gouaïche Kaddour, qui avait été libéré dans des conditions troublantes sans même que ses avocats n’en soient informés, a été condamné par défaut à 4 ans de prison, dont trois ans avec sursis, alors que Mustapha Rahial a écopé d’une année de prison ferme. Autre affaire, celle de la GCA (General des concessions agricoles), qui a éclaboussé l’ex-président de l’APN, Amar Saadani, propulsé secrétaire général du FLN. Plus de 3000 milliards de centimes ont été dilapidés des fonds destinés à la revalorisation des terres agricoles.

La justice a ouvert le dossier, mais seuls quelques lampistes ont été condamnés après plus de dix ans de détention préventive. Mais aucune enquête n’a été ouverte sur la fortune de Saadani à Alger Lire la suite

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