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Pourquoi partent-ils ?

Publié le 29/05/2018, par dans Non classé.

A chacun de nos reportages, à la moindre enquête d’opinion, travail de terrain, qu’il nous ait été donné de réaliser, nous recevons immanquablement le mot « harga» à la figure sous la forme d’une sentence irrévocable : « El harga hiya el hal», (La harga, c’est la solution).
L’image, on s’en souvient, avait fait le buzz sur les réseaux sociaux : celle de ces centaines de jeunes, majoritairement des étudiants, massés autour de l’Institut français d’Alger tels de fervents pèlerins encerclant la Kaaba, et sollicitant la « baraka» de Campus France. C’était le 29 octobre 2017. Pourtant, il n’y avait pas de visa au bout de la queue mais juste un test de langue à passer, le TFC (test de connaissance du français), indispensable pour postuler à un visa d’études en France.

L’Institut français précisait dans un communiqué que le « nombre de jeunes Algériens souhaitant étudier en France est en constante augmentation». Et d’expliquer : « Cette hausse sans précédent a provoqué la saturation rapide du système en ligne. Le site internet de prise de rendez-vous a enregistré certains jours plus de 700 000 connexions simultanées, bloquant ainsi la plateforme.»

Il faut dire que l’émigration, temporaire ou définitive, sous couvert de poursuivre ses études à l’étranger, a toujours figuré dans le top 5 des motivations de départ. A telle enseigne que la stratégie migratoire pour concrétiser cet objectif est souvent élaborée dès les paliers inférieurs du cursus scolaire.

De plus en plus de parents s’attachent ainsi à inscrire leurs enfants dans des écoles privées pratiquant le double programme, quand les plus aisés font tout pour inscrire leur enfant au LIAD (lycée international Alexandre Dumas) dans l’idée qu’il puisse décrocher directement le bac français.

Ces stratégies ne sont évidemment pas à la portée de tous et ne concernent qu’une infime minorité, in fine. Le gros des partants continue à recourir aux voies périlleuses de la harga par temps versatile, sur des embarcations de fortune. « C’est l’une des conséquences des difficultés économiques et politiques que traverse l’Algérie. L’émigration, qu’elle soit légale ou clandestine, s’accroît», note le journal Le Monde.

Et d’ajouter : « Selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), entre janvier et fin octobre (2017), 6397 Algériens sont arrivés illégalement en Europe par les routes de la Méditerranée. Entre juillet et septembre, les Algériens faisaient partie des cinq principales nationalités d’arrivants après la Syrie, le Maroc, le Nigeria et l’Irak.» (« L’émigration algérienne repart à la hausse» in Le Monde du 6 décembre 2017).

Mobilité ou hémorragie ?

Les mobiles de ces exodes de masse par tous les moyens continuent à interroger, turlupiner, parents, sociologues, politiques et décideurs, même si ces derniers, à en juger par leur gouvernance erratique et désinvolte – comme vient le confirmer la folie des taxes qui ont été instituées dernièrement – ne semblent pas tellement s’inquiéter du fait que le pays soit en train de se vider littéralement de ses forces vives. Plus que de la mobilité, c’est une véritable hémorragie.

Une saignée de cadres. Le directeur central de la police aux frontières (PAF) français, Fernand Gontier, s’en est visiblement ému lors de sa récente audition par la commission sécurité du Sénat, en France. « L’Algérie nous préoccupe aussi beaucoup : sa jeunesse est en désespérance et quitte le territoire. La France reste très attractive», avait-il glissé, selon des propos rapportés par le site officiel du Sénat français et relayés par nombre de nos confrères de la presse électronique.

Et de révéler : « Les Algériens représentent la deuxième communauté la plus importante en situation irrégulière sur notre territoire. Nous effectuons plus de 10 000 interpellations par an. Beaucoup d’Algériens arrivent avec des visas mais ne repartent plus. (…) Enfin, le phénomène des mineurs algériens et marocains nous préoccupe, car la minorité permet de s’exonérer de la situation irrégulière.»

« Que s’est-il passé chez vous ?»

A chacun de nos reportages, à la moindre enquête d’opinion, travail de terrain, qu’il nous ait été donné de réaliser, nous recevons immanquablement le mot « harga» à la figure sous la forme d’une sentence irrévocable : « El harga hiya el hal», « La harga est la solution».

C’est ce que nous répétait encore récemment un jeune de 20 ans, Abderraouf, gardien de parking à Belcourt, qui a tenté l’émigration par mer à trois reprises, et qui nous disait avoir dépensé plus de 70 millions au total dans ces « tentatives d’évasion». Toutes soldées par un échec. Et il ne désespérait pas d’y arriver un jour, déterminé qu’il était à aller jusqu’au bout de son rêve.

Son rêve unique. Ultime. Partir. « La jeunesse n’a pas d’avenir», martelait-il. « Regardez combien de haraga algériens sont recensés en Italie ! Une fois, ils ont accueilli une embarcation avec des hommes, des femmes, des enfants. Ils étaient étonnés. ‘‘Que s’est-il passé chez vous » leur ont-ils demandé ? Pourtant, à la télé, on te raconte que tout va bien, le pays regorge de pétrole, le peuple ne manque de rien… Bled Miki… Il n’y a aucune issue.

L’Etat ne sait rien faire à part construire des prisons au lieu de construire des usines. Moi, j’ai été à la prison d’El Harrach, Hizer et Sour El Ghozlane. Ce pays a été bâti sur du faux. Koulleche khorti. L’argent fait la loi à Alger. Ils ne font que démolir les vieux bâtiments pour ériger des tours et des hôtels, regardez.»

Et la sentence implacable qui tombe : « Makache hal, il n’ y a pas de solution. El harga hiya el hal (la hargan c’est la solution) mon frère. Je suis en train de mettre de l’argent de côté pour partir. A la moindre occasion, je recommencerai. Ce pays ne m’a rien donné.» (lire notre enquête : « Avoir 20 ans sous Boutef» in El Watan du 23 janvier 2018).

« Même si tu gagnes bien ta vie, tu te sens à l’étroit»

Autre témoignage édifiant, celui de Mokhtar Boudjemaâ, 43 ans, célibataire, résidant à Sidi Bel Abbès, vivotant de petits boulots. L’été dernier, il a tenté d’émigrer vers l’Italie via la Libye.

Il a failli y laisser sa vie. Nous l’avions contacté quelques jours après son retour de l’enfer de Sabratha où il est Lire la suite

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