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Point de vue : L’apolitisme intéressé des étudiants

Publié le 25/05/2018, par dans Non classé.

En examinant l’ambiance qui règne au sein de nos universités, l’on relève très vite un état de marasme intellectuel et politique saisissant. L’apathie et le désengagement intellectuel et politique de nos étudiants actuels sont les deux traits saillants de leur comportement au quotidien.

Leur apolitisme joint à la quête désespérée des notes pour les notes en vue d’obtenir coûte que coûte le diplôme sans effort en contrepartie, voilà qui contraste de manière criante et criarde avec la conduite civique et civile de leurs aînés des années 60′ et 70′, lesquels ne lésinaient guère sur leur temps et leurs efforts pour inciter la société civile et le pouvoir politique à s’engager dans un processus d’action et de transformation dans le sens du renouveau et du progrès.

De 1962 à 1971, l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA), héritière de Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugéma), était en ces années là le point de ralliement des foules étudiantes engagées dans des luttes sociale, intellectuelle et politique tous azimuts.

Tout en soutenant la politique « anti-impérialiste» et tiers-mondiste inaugurée par Ben Bella, en 1962, puis reprise et amplifiée ensuite par Boumediene après le coup d’Etat qu’il a fomenté contre ce dernier le 19 juin 1965, l’UNEA n’avait pas renoncé pour autant à son autonomie de pensée et d’agir envers les deux régimes précités auxquels elle apportait, à l’instar du PAGS (ex-PCA), un soutien « critique».

La forte mobilisation des étudiants sur divers fronts (politique, social, culturel, voire même existentiel), durant la période indiquée, était favorisée, il est vrai, par la conjoncture internationale de l’époque caractérisée par la bipolarisation du monde (1945-1989), par les deux grands blocs, capitalisme/communisme, ainsi que par le mouvement ascendant de la décolonisation incarné par la montée en flèche du Tiers Monde. L’Algérie d’alors n’était pas seulement décrite comme « le phare du Tiers Monde» par les divers observateurs avisés, mais sa capitale, Alger, était qualifiée aussi et de la manière la plus flatteuse de « Mecque des révolutionnaires en exil».

En effet, de 1962 à 1974, elle était la plaque tournante, le point de ralliement des figures emblématiques de la résistance à l’impérialisme yankee, tels les Black Panther Party, Kathleen Cleaver, Sokely Carmichael, Leroy Eldridge Cleaver, Amilcar Cabral, Che Guevara, Nelson Mandela, ANC (Afrique du Sud), Frelimo (Mozambique), SWAPO (Namibie), OLP (Palestine), PAIGC (Guinée Bissau et Cap-Vert), MPLA (Angola), Antonio Cubillo, chef du Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance des îles Canaries (MPAIAC), Oscar Monteiro, Apolonio De Carvalho (parti révolutionnaire brésilien), Johnny Makartini (ANC, South Africa)…

En dépit de la présence sur le sol national de ces figures célèbres opposées à l’impérialisme et à l’apartheid, présence qui faisait passer le régime de Boumediène, que l’on voyait parader avec Castro, Che Guevara, Nelson Mandela, etc., comme étant « le plus progressiste» du Tiers Monde, l’UNEA restait combative et exigeait plus de liberté d’expression, de démocratie et d’autonomie par rapport au régime dont la pensée unique interdisait l’expression plurielle.

C’est pour avoir transgressé les règles de l’interdit tracées par le pouvoir que l’UNEA est dissoute en 1971, après avoir subi une répression impitoyable de la part de la police politique, garante de la pensée unique.

Contrairement à nos étudiants actuels, affiliés ou non aux organisations estudiantines inféodées aux divers partis et sectes politiques, qui n’ont d’autre idéal politique ou culturel que celui de satisfaire leurs intérêts étroitement mesquins (obtention de notes, de bons repas, de voyages « payés»…), les étudiants des années 70′ étaient porteurs de projets politiques et culturels, d’une vision du monde, qui transcendait les horizons bornés qui caractérisent les conduites et la représentation du monde des étudiants actuels.

Les gouvernements, et partant, les ministres de l’Enseignement supérieur qui se sont succédé depuis 1999, ont contribué grandement par leur gestion brouillonne et cafouilleuse à l’apathie et à l’engourdissement de la pensée et de l’esprit de cette génération estudiantine aux perspectives d’avenir quasi bouchées et donc sans débouchés ! Lire la suite

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