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Plus de 600 victimes enterrées dans des fosses communes

Publié le 03/01/2018, par dans Non classé.

Armés de haches, de couteaux et de sabres, des dizaines de terroristes se sont acharnés avec une violence inouïe sur les villageois. En cette journée du 4 janvier 1998, plus de 600 personnes, en majorité des femmes et des enfants, ont été égorgées, décapitées et découpées ou calcinées. Tout comme les victimes de Ramka, elles aussi n’ont pas eu droit à des tombes, mais à des fosses communes sans nom ni sépulture…
Après notre visite aux hameaux des Kherabib, à Ramka, nous prenons la route de Had Chekala, en passant par Oued Rhiou, Ammi Moussa et Aïn Tarek, daïra dont elle dépend et qui se trouve à 20 km. La grisaille et un froid glacial enveloppent cette région. Des paysages verdoyants, entrecoupés de quelques maisons en pierre, chaumières et habitations en brique, longent les piémonts de cette chaîne montagneuse de l’Ouarsenis, qui traverse plusieurs wilayas de l’ouest et du centre du pays.

Quelques voitures, surtout des taxis et des minibus empruntent cette route, la RN90, qui relie de nombreuses localités, comme Marioua, Zeboudja, mais aussi Bougheiden, notre première halte. C’est ici que les familles des victimes du massacre de Had Chekala ont été regroupées. Elles habitent le quartier dénommé « Haï des 73 Logements des victimes du terrorisme», faisant face au mont Sidi Bouali. Nous sommes à une centaine de kilomètres du chef-lieu de Relizane et à 55 km seulement de Tiaret.

A première vue, c’est la désolation. Deux ou trois pâtés de maisons en brique et couvertes pour beaucoup de tuiles baignent dans une mer de boue, alors que les dernières pluies remontent à quelques jours seulement. Il faut être chaussé de bottes bien solides pour pouvoir traverser à pied les ruelles.

Notre présence ne passe pas inaperçue. Nous accostons un groupe d’habitants qui nous scrutait de loin.
A peine notre identité déclinée, les plus âgés se bousculent pour raconter le cauchemar qui les hante jour et nuit, et ce, depuis cette terrifiante journée où la horde sauvage a fondu sur leur village.

Leurs morts reviennent toujours. Le temps n’a pas pansé les blessures ni atténué les douleurs. Les témoignages de cette journée du dimanche 4 janvier 1998, cinquième jour du Ramadhan, sont aussi durs que violents. Mohamed avait à peine 13 ans. « Il avait beaucoup plu et il faisait très froid.

Ma mère avait préparé le repas et s’était allongée pour se reposer avec mes frères et mes sœurs en attendant le retour de mon père vers 15h. Vers 16h, un violent coup a été donné à la porte qui s’est ouverte en heurtant très fort le mur. Ils ont commencé par massacrer ma mère, mes frères et sœurs. J’étais comme paralysé par les cris.

Puis, j’ai entendu le cri de mon père qui les suppliait d’épargner mes deux frères, âgés d’ un et deux ans. Subitement, c’était le râle de mon père qui était en train d’agoniser, puis le silence s’est installé dans la maison. Je suis resté perché sur un arbre jusqu’à leur départ. J’ai passé la nuit dans la forêt jusqu’au petit matin. Je savais qu’ils étaient encore dans le village.

Les cris de nos voisins me semblaient interminables. Lorsque je suis arrivé à Had Chekala, j’ai trouvé d’autres rescapés, comme moi, des femmes, des enfants et des vieux qui n’arrivaient même plus à parler. Je suis remonté avec les gendarmes et quelques voisins. Les lieux étaient indescriptibles. Le sang était partout et l’odeur de la chair calcinée agressait les narines. Les gendarmes aussi avaient très peur. Ils nous pressaient d’enterrer rapidement les corps et de repartir.

La route était difficilement praticable en raison des pluies qui s’étaient abattues la veille, il y avait des crevasses et les lieux n’étaient pas sécurisés. Avec les voisins, on a creusé quelques tranchées ; moi, j’ai enterré ma mère avec ses vêtements, elle avait la tête tranchée, puis mes deux frères, des bébés, égorgés, ainsi que mon père que je n’ai pu reconnaître que grâce à la montre qu’il portait à la main. Nous n’avions même pas de draps pour les couvrir.

Nous les avons recouverts avec de la terre, après les avoir mis ensemble l’un à côté de l’autre, et par endroit l’un sur l’autre. J’ai pu planter quelques planches pour pouvoir reconnaître leurs ‘‘tombes ». Après, nous sommes redescendus. Jamais je n’oublierai cette journée. Aujourd’hui j’ai 35 ans, mais pour moi c’était hier. Depuis, je n’ai plus remis les pieds dans mon village…», relate, les larmes aux yeux, Mohamed, seul rescapé d’une famille de 14 membres.

« Le sang était partout et l’odeur de la chair calcinée agressait les narines»

La soixantaine largement dépassée, Mohamed Affer veut à tout prix nous raconter comment toute sa famille a été décimée en quelques minutes. « Ils ont massacré à coups de hache et de sabre 20 membres de ma famille composée de ma mère, mes deux frères et leurs enfants, mon épouse et mes enfants. J’étais à Oran quand j’ai été alerté.

Au milieu de la journée du lundi, j’étais sur place. J’avais l’impression d’être au milieu de scènes d’un film d’horreur. Ces images ne m’ont jamais quitté», dit-il, avant de se retirer, comme pour cacher ses larmes. El Arbi Boukhadouma lui était présent ce jour-là : « Les premières victimes sont tombées alors qu’elles n’avaient pas encore rompu le jeûne. Nous n’avions rien entendu, jusqu’au moment où ils ont investi la maison vers 18h30. Nous venions de terminer le repas. Ils ont commencé par la pièce où se trouvaient mes six enfants et leur mère. Ils les ont massacrés à coups de hache. Je ne pouvais même pas les sauver.

Les terroristes étaient trop nombreux. J’ai couru vers la forêt où je me suis caché durant toute la nuit jusqu’au matin. Ils ont mis le feu à ma maison avant de s’attaquer aux hameaux avoisinants.» El Arbi précise : « Nous avions eu écho du massacre de Ramka, et vendredi, lorsque nous sommes descendus au village, les gendarmes nous ont dit d’alerter les voisins pour qu’ils quittent les lieux. Ils nous ont expliqué que le groupe qui avait agi à Ramka pouvait s’attaquer à d’autres villageois Lire la suite

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