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Permis de créer…

Publié le 30/01/2016, par dans Non classé.

L e Syndicat national des architectes agréés algériens (Synaa) a créé l’événement cette semaine en organisant un débat de qualité autour de la place de l’architecture dans notre « grammaire urbaine».
A la clé, un vif plaidoyer pour la réhabilitation du premier art et sa « requalification» comme construction culturelle et sociétale « génétiquement» liée à notre moi collectif. Le débat s’est déroulé le 23 janvier dernier à Dar El Djazaïr (Safex, Pins Maritimes), en amont de la tenue de son assemblée générale élective pour le renouvellement de ses instances nationales.

Le Synaa, qui bataille sur le terrain depuis près de quatre ans, a convié à cette occasion un beau panel d’experts pluridisciplinaires pour « déconstruire» les pratiques à l’œuvre dans notre paysage urbain en proposant des procédures alternatives pour mieux appréhender notre « habitus commun». Cela a eu l’effet d’une bonne piqure de rappel à même de réveiller le corps social et de bousculer les maîtres d’ouvrage de notre destin national avec l’espoir que, peut-être, dans un futur plus ou moins proche, et même sans fric et sans pétrole, on puisse aspirer à une « ville meilleure».

L’un des axes-clés autour desquels s’est articulé ce forum, c’est le cadre juridique qui codifie la profession, avec, en filigrane, cette épineuse question : l’arsenal réglementaire édictant les règles d’urbanisme permet-il aux acteurs du bâtiment de mieux s’exprimer, ou, au contraire, est-il un instrument coercitif, un frein à la création ? Le juriste Mohamed Louber précise d’emblée que « le législateur reconnaît à l’architecture son caractère d’intérêt public». Il cite à ce propos l’article 2 du décret 94-07 régissant la profession d’architecte. Extrait : « La qualité des constructions et leur insertion dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels et urbains, la préservation du patrimoine et de l’environnement bâti sont d’intérêt public».

Le juriste pointe néanmoins un décalage assez flagrant entre le droit et le réel : « Le droit peine à répondre aux exigences de la profession. Le dispositif juridique balisé par le décret législatif 94-07 est insuffisant, il n’a pas connu d’évolution significative alors que l’activité subit de profondes mutations», dit-il. Mohamed Louber en veut pour preuve la « régularisation par l’Etat de situations de fait attentatoires pourtant à l’intérêt public» type « constructions illicites». « Il y a une défaillance des pouvoirs publics dans le respect de leurs propres lois», appuie-t-il.

« La rémunération des études est insuffisante»

Décortiquant les différents textes réglementaires promulgués en matière d’architecture, l’urbaniste Tewfik Guerroudj estime que « leur contenu n’est pas favorable au développement de la créativité architecturale» et qu’un « sentiment d’embarras vis-à-vis de l’architecture ressort des textes». M. Guerroudj insiste sur « l’importance sociale de l’architecture. Cette importance justifie qu’elle soit considérée d’utilité publique et, par voie de conséquence, que la profession soit réglementée, c’est-à-dire essentiellement que la rémunération des études soit suffisante pour que les investissements procurent leurs meilleurs effets».

Or, l’urbaniste constate à regret, en étudiant le rapport qualité-coût, que l’ingénierie est mal rétribuée, ce qui influe négativement sur la qualité du cadre bâti : « La déréglementation de la rémunération des études, alors que le prix est le critère de choix essentiel sinon exclusif, a contribué à laminer la rémunération qui est à un niveau insuffisant», révèle M. Guerroudj.

L’auteur du Petit Vocabulaire de l’Urbanisme (Ed. Confluences, 2010) plaide pour une « politique de l’architecture qui mette en valeur l’innovation ; organise ou permet d’organiser la formation professionnelle continue ; rende les concours attractifs ; réglemente les honoraires si possible pour tous les secteurs, et au moins pour le secteur public et parapublic, tout en protégeant les architectes des pratiques qui diminuent encore leur rémunération (bas prix d’objectif irréaliste, engagement des travaux et des prestations avant la signature de l’ordre de service pour l’architecte et non-paiement de la période transitoire) et en procédant régulièrement à la révision des prix à l’homme-mois».

« Dans cinq ans il y aura autant de bidonvilles !»

Autre volet abordé : les pratiques dominantes en matière de constructions et leur impact sur la profession. Titillant amicalement l’orgueil de nos amis « archis», Rachid Sidi Boumedine lance dès l’entame de sa communication intitulée « Pratiques habitantes et projet architectural» :

 » Ce qui est en train de se passer, en définitive, et qui peut-être vous fait peur, c’est cette espèce de prolétarisation de l’architecte qui devient un rouage, un auxiliaire dans la machine de l’Etat, et en même temps sa marginalisation. L’architecte se dit : ‘‘Je suis important, je suis créateur d’espace, créateur culturel », et on est en train de lui dire : ‘‘Dez maâhoum » !», assène-t-il.

Le sociologue urbaniste parle de « rouleau compresseur de l’Etat avec des programmes de 5000, 10 000 logements». La taille de ces programmes et leur caractère stéréotypé font que « ce n’est plus la peine de faire des études d’architecture». « Le rouleau compresseur de la politique quantitative du logement, sous l’argument de faire pas cher, finit par faire du répétitif. Tout cela fait de l’architecte un auxiliaire», explique le conférencier. « Il y a un verrouillage dimensionnel de la norme», argue-t-il. « La manière de faire ces objets normés a conduit à la réduction de l’action de l’architecte. En plus, comme c’est l’Etat qui est le demandeur central, on a vassalisé totalement l’architecte. Il doit se plier au moule», souligne le chercheur.

Malgré ce « rouleau compresseur» en matière d’habitat pour absorber la sempiternelle crise du logement et résorber l’habitat précaire, la débidonvillisation à long terme est loin d’être gagnée, gage l’ancien directeur de l’Inerba. « Je vous fais une prophétie : dans cinq ans il y aura autant de bidonvilles qu’il y en a maintenant», prédit Si Rachid.

Analysant les « stratégies familiales de construction», le sociologue estime que l’architecte ne sert plus qu’à opérer des « ajustements» en fonction des situations dans le rapport à l’espace et à l’autorité. Le statut de l’architecte est précisément lié à ces ajustements conjoncturels. Son utilité se résume à assurer « deux médiations», note le sociologue : formaliser le plan, et obtenir le permis de construire.

Parmi les tendances observées, Rachid Sidi Boumedine relève cette pratique consistant à toujours laisser des fers d’attente en prévision des étages à venir ou encore la multiplication des « garages» transformés aussitôt en commerces : « Le Lire la suite

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