formats

Parle avec elle…

Publié le 28/05/2018, par dans Non classé.

Les Algériennes et les Algériens ont hérité à l’indépendance d’un pays complètement dévasté par la guerre, avec des infrastructures détruites et une majorité de la population plongée dans la précarité, la pauvreté, l’analphabétisme et le chômage massif.

C’est dans un tel désastre économique et social que le jeune Etat algérien s’installe aux commandes et, malgré la multiplicité et la gravité des problèmes du pays, une des premières décisions politiques fut d’apporter aide et assistance sans réserve aux mouvements de libération des pays encore sous domination coloniale, particulièrement ceux d’Afrique.

J’étais étudiant à l’université dans les années 1960 et 1970 et je peux attester qu’un grand nombre de jeunes Africains, de Guinée, du Mozambique, d’Angola, du Mali, du Niger et de bien d’autres pays poursuivaient leurs études à l’université algérienne, entièrement pris en charge par notre pays. Beaucoup d’entre eux, des amis, deviendront de hauts responsables politiques à l’indépendance de leur pays !
Alger était considérée comme « la Mecque des mouvements de libération» du monde entier.

Tous ces mouvements révolutionnaires étaient logés, soutenus politiquement, financièrement et militairement par le gouvernement algérien jusqu’à obtention de leur indépendance et bien au-delà de cette date.

Combien de jeunes Algériens savent aujourd’hui que le grand Nelson Mandela a vécu en Algérie et a reçu, comme bien d’autres responsables politiques et militaires africains, soutien politique et diplomatique et formation militaire avant de retourner combattre dans son pays !

Nous vivions avec ces hommes et ces femmes africains à Alger, dans un esprit spontané et profond de solidarité au nom des idées de liberté et d’émancipation des peuples du Tiers-Monde que notre pays portait très haut sur la scène internationale.

Malgré l’insuffisance de nos moyens matériels et humains en médecine, plusieurs équipes médicales furent dépêchées, bien avant les ONG internationales, pour aller soigner et faire démarrer les structures de santé de bien des pays africains, à l’image du Nigeria, au moment de la guerre du Biafra, et de l’Angola.

Cela nous rendait très fiers et je garderai toujours le souvenir incroyable, inédit du Festival panafricain de 1969, pendant lequel les rues et les places d’Alger s’étaient transformées en une multitude de scènes étourdissantes, où se côtoyaient les danses, les chants et la musique de tout le continent !

C’est donc au moment où nous étions pauvres, écrasés par les problèmes socioéconomiques hérités de la période coloniale que nous avons été généreux, fidèles à nos principes de solidarité et de partage.

Aujourd’hui, je suis affligé, honteux, malade de constater à quel point tout ce capital moral, humain, fraternel, forgé par la génération post-indépendance est en train d’être dilapidé.

Que nous est-il arrivé pour que notre pays, 40 ans plus tard, devienne l’objet de condamnations infamantes d’ONG des droits humains et même de l’ONU sous l’accusation d’atteinte aux droits humains et de traitements dégradants envers les migrants d’Afrique subsahélienne ?

Que s’est-il passé dans nos consciences pour que notre attitude vis-à-vis de nos protégés d’hier se mue en politique de reconduite forcée de milliers de migrants africains fuyant la faim et la guerre, comme nous avions fui nous-mêmes dans d’autres pays pendant la guerre d’indépendance ?

Pourquoi notre discours officiel se résume-t-il aujourd’hui à des propos sécuritaires, même s’il y a probablement une part de vérité dans ce sens, que nos organisations humanitaires, à l’exemple du Croissant- Rouge, participent à la curée en produisant un discours démagogique pour jeter un voile pudique sur cette triste réalité ?

Comment peut-on admettre sans sourciller qu’au moment même où ces Africains sont reconduits sans ménagement à la frontière, les milieux d’affaires algériens, publics et privés, multiplient discours, interviews et conférences, font semblant enfin de découvrir l’Afrique, non pour venir au secours de cette population désespérée, mais pour lui vendre des machines à laver et des smartphones et nous ramener des devises ?

Que faire pour réveiller les consciences, interpeller les mémoires de nos intellectuels, de nos responsables politiques et du simple citoyen pour défendre notre honneur de peuple qui a connu la souffrance, comme il a connu le soutien fraternel de peuples africains au moment de son combat pour la liberté.

Doit-on rappeler que le nom de guerre de notre actuel Président était « Abdelkader El Mali», en référence au pays qui servait de base logistique à l’ALN ?

Comment après tout cet investissement moral, politique, diplomatique, humain et éthique pouvons-nous accepter de nous perdre dans une logique « sécuritaire» égoïste et brutale, qui frise le racisme, qui est dans tous les cas de figure inefficace, sinon contre-productive et au terme de laquelle nous risquons d’y laisser notre âme ?

Croit-on vraiment qu’en reconduisant nos frères migrants à la frontière nous allons nous « débarrasser» du problème, comme tentent de le faire les pays de l’UE en multipliant lamentablement barbelés, patrouilles de police, miradors et chiens méchants pour refouler vers la

Turquie les frères migrants du Moyen-Orient ?

Cette politique à l’égard des migrants est illusoire, comme est dérisoire celle menée par les pays de l’UE et les Etats-Unis de Trump.

Car il ne s’agit plus de phénomène d’émigration-immigration, comme celui que nous avons nous-mêmes connu dans les années 1960-1970, lorsque nos pères vendaient leur force de travail à l’Europe. Le phénomène est beaucoup plus grave, plus massif, inscrit dans la durée et dont les causes relèvent des conséquences des nouvelles politiques économiques mondiales.

Le monde fait face aujourd’hui à un phénomène migratoire massif et irréversible que rien n’arrêtera plus.

En effet, après la longue nuit coloniale est venue la mondialisation, avec son déferlement de politiques néo-libérales et sa dérégulation des marchés mondiaux.

Après avoir été ruinés par la domination coloniale, voilà que nous sommes aujourd’hui soumis aux règles de l’économie dérégulée et de la finance internationale, qui produit chaque année mille fois plus de perdants que de gagnants.

Les perdants, c’est nous dont le sort est dépendant du prix des hydrocarbures, ce sont aussi tous les pays Africains sans exception dont l’économie est totalement dépendante des marchés des matières premières et qui sont de plus frappés de plein fouet par la dégradation de leur environnement en raison du réchauffement climatique. Leur agriculture est ruinée, leur sol appauvri et pollué, leurs réserves d’eau s’épuisent.

Les perdants ce sont aussi les pauvres Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé Parle avec elle…
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair