formats

Le Groupe des 19 et l’audience de Bouteflika

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Y’a-t-il un Etat en Algérie ? Qui gouverne notre pays ? Le président Bouteflika est-il au courant de ce qui se passe dans la maison Algérie ? Ces nombreuses interrogations sont revenues durant l’année 2015 sur les lèvres de beaucoup de personnalités nationales, leaders de parti politique, anciens ministres et surtout proches et amis du président Bouteflika.
Pour tenter de clarifier cette situation « ambigüe» et d’avoir des réponses palpables, 19 personnalités issues de divers horizons se sont rencontrées et, d’un commun accord, ont décidé de demander audience au président de la République. Une demande formulée dans une lettre remise le 1er novembre à Ahmed Ouyahia et Mohamed Rougab, de la Présidence. Cinq jours après, le 5 novembre 2015, les signataires animent une conférence de presse et révèlent le contenu de la lettre et les objectifs visés à travers une telle démarche.

« A l’occasion de la commémoration du déclenchement de notre glorieuse Guerre de Libération nationale, nous estimons qu’il est de notre devoir de patriotes algériens d’attirer votre haute attention sur la dégradation du climat général dans notre pays», écrivent les auteurs de la lettre, dont Khalida Toumi (ancienne ministre de la Culture), Abdelhamid Aberkane (ancien ministre de la Santé), Fatiha Mentouri (ancienne ministre) Zohra Drif-Bitat (moudjahida et sénatrice du tiers présidentiel) Abdelkader Gueroudj et Lakhdar Bouragâa (moudjahidine), Rachid Boudjedra (écrivain), Noureddine Benissad et Boudjemaa Ghechir (avocats et défenseurs des droits de l’homme).

Les signataires expliquent que cette dégradation se caractérise par des faits. Ils citent « le renoncement à la souveraineté nationale (…) par notamment l’abandon du droit de préemption de l’Etat (…), la déliquescence des institutions de l’Etat, la grave dégradation de la situation économique et sociale, l’abandon des cadres algériens livrés à l’arbitraire et aux sanctions partiales». Après avoir expliqué leur démarche, les auteurs concluent leur lettre en sollicitant une audience. : « Le Président reçoit bien les délégations étrangères, alors il n’a aucune raison de refuser de nous recevoir. Nous voulons vérifier s’il est réellement en état de diriger le pays.»

La présidence de la République n’a pas répondu aux auteurs de la lettre, par contre les relais du pouvoir ont été actionnés pour répliquer au Groupe des 19. Une cabale et une campagne médiatique avec son lot d’insultes sont menées contre Louisa Hanoune, d’autres membres ont subi des pressions et des provocations. Seulement, le Groupe des 19 décide de ne pas reculer, d’aller de l’avant et de prendre à témoin l’opinion publique. Lire la suite

formats

La «chute» du général Toufik

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

C’est assurément l’événement majeur de l’année 2015. Le 13 septembre, par un simple communiqué, le président Bouteflika annonçait avoir « mis fin ce jour aux fonctions de chef du Département du renseignement et de la sécurité, exercées par le général de corps d’armée Mohamed Mediène, admis à la retraite».
Celui que l’on présentait comme « Rab Dzayer», à tort ou à raison, qui a pendant plus de 25 ans dirigé les services secrets (DRS), était renvoyé chez lui. Le « faiseur de rois» venait de perdre sa dernière bataille dans la guerre des clans qui secoue le régime depuis la réélection de Bouteflika pour un quatrième mandat. Cette éviction semblait le prolongement logique d’une série d’attaques dont le dernier des « janviéristes» a fait l’objet ces deux dernières années.

Depuis l’enquête diligentée par le DRS sur la gestion de Sonatrach, dans laquelle l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, un proche du Président, était accusé de corruption, le général Toufik était en sursis. En février 2014, à la veille de l’élection présidentielle, Amar Saadani, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), l’attaquait publiquement.

Le chef du DRS, jugé « réticent» au quatrième mandat du président Bouteflika, était accusé d’avoir « failli à la protection et la sécurité du président Mohamed Boudiaf», assassiné le 29 juin 1992 par un élément du Groupe d’intervention spécial (GIS), le bras armé de Services algériens. Saadani avait également accusé le général Toufik d’avoir « failli dans la protection des moines de Tibhirine, des bases de pétrole dans le Sud et des employés des Nations unies en Algérie» ciblés par des attentats terroristes.

Ces attaques marquaient le début de la campagne engagée par le président Bouteflika, soutenu par le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, pour se débarrasser de celui qui a favorisé son élection à la tête du pays à trois reprises. Mais ceux qui ont un peu trop vite crié victoire vont déchanter. Face à la condamnation à cinq ans de prison ferme du général Hassan, ex-chef du service de lutte antiterroriste (Scorat), le général Toufik déclenche un séisme en publiant une lettre ouverte dans laquelle il dénonce cette condamnation pour « infractions aux consignes militaires» et « destruction de documents».

Dans le document, l’ancien homme fort des Services algériens se dit « consterné» par la décision judiciaire qui déshonore un responsable d’une grande loyauté ayant officié sous ses ordres. Et il demande aux autorités algériennes de réparer l’injustice commise à l’égard de son ancien collaborateur. « Au-delà des questionnements légitimes que cette affaire peut susciter, le plus urgent, aujourd’hui, est de réparer une injustice qui touche un officier qui a servi le pays avec passion et de laver l’honneur des hommes qui, tout comme lui, se sont entièrement dévoués à la défense de l’Algérie », écrit-il.
Lire la suite

formats

Ghardaïa, le sanglant tournant

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Depuis 2013 la vallée du Mzab a vécu des affrontements intercommunautaires très dangereux qui ont pris durant l’année 2015 un grave tournant avec la mort de pas moins de 25 algériens.
C’est durant l’été 2015, que la violence atteint son seuil de gravité. Les affrontements qui ont émaillé la région durant les deux dernières années ont provoqué dans le pays un grand sentiment de peur et de crainte de voir le feu éclaté à Ghardaïa ne pas s’éteindre et se propager au reste du territoire surtout que l’environnement régional est très fragile sur le plan sécuritaire. La violence qui prit l’allure de conflit intercommunautaire pourtant entre populations du même pays et de même ethnie, -seule différence le rite religieux-, suscitait bien des questionnements sur les desseins de ses provocateurs.

Le calme qui revenait après chaque cycle de violence était de courte durée. La passivité des pouvoirs publics et les forces de l’ordre devant l’ampleur des actes de sabotage et de violence a elle aussi été soulevée par les observateurs, ajoutant davantage de suspicions sur les tenants et aboutissants de ce conflit provoqué. L’appui de la thèse du conflit ethnique servait à certains de masquer les véritables commanditaires des crimes commis.

Ghardaia, jadis havre de paix, est devenu un carrefour pour les trafics en tout genres. Sa situation géographique servant de relais entre le sud et le nord, a fait de la région le lieu de passage ou de négoce des marchandises prohibées. L’insécurité servant de couverture aux trafiquants et aux contrebandiers. Certains analystes avançaient même la thèse d’interventions étrangères pour faire pression sur l’Algérie afin de prendre part militairement aux conflits malien et libyen.

Devant l’incapacité de la police et de la gendarmerie à rétablir l’ordre, les autorités décident d’appeler l’armée à la rescousse. Cette dernière se déploie dans la région et entreprend le rôle policier de maintien de l’ordre. 27 internautes sont arrêtés pour  » animation de pages communautaires incitant à la violence ». Kamel Eddine Fekhar, ancien militant des droits de l’homme ainsi que 20 de ses compagnons ont été interpellés. Le Premier ministre se rend dans la région et annonce l’interdiction de tout rassemblement.

En octobre dernier, Fekhar qui clame son innocence est condamné à une année de prison ferme pour  » actes de vandalisme, destruction de biens publics et privés, troubles sur la voie publique, incendie et dégradation de véhicules, coups et blessures sur un corps constitué, ainsi que d’atteinte à l’emblème national ». Six autres détenus ont écopé d’une peine de six mois de prison ferme. En ce mois de décembre des activités culturelles sont organisées dans la région. Les habitants de Ghardaïa retrouvent petit à petit goût à la paix et espèrent qu’elle sera durable. Lire la suite

formats

Des milliers de personnes au départ de Béjaïa

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Près de 4000 personnes se sont inscrites à Béjaïa sur les listes ouvertes par les sections du FFS en vue de se rendre, demain, à l’enterrement du chef historique Hocine Aït Ahmed, dans son village natal, à Ath Ahmed, a appris hier El Watan de Moulahcène Aziz, fédéral par intérim du FFS à Béjaïa.
« Le travail pour organiser le déplacement vers le lieu de l’enterrement se déroule normalement ; chaque section est instruite d’inscrire les citoyens qui veulent s’y rendre. Jusqu’à présent, nous en avons enregistré 3640 sur nos listes, qui sont toujours ouvertes», affirme Moulahcène Aziz. La même source ajoute que 130 bus avaient été réservés jusqu’à hier après-midi et que ce chiffre est appelé à être revu à la hausse.

Puisque, ajoute-t-il, au niveau des 52 communes que compte la wilaya, les gens continuent à affluer pour s’inscrire, avant la clôture des listes, aujourd’hui à midi. D’après le secrétaire de la section de Béjaïa-ville, Guerrout Djelloul, en plus des véhicules loués par le parti, des propriétaires de bus se sont portés volontaires pour acheminer à titre gracieux les citoyens vers Ath Ahmed. A ces personnes s’ajouteront celles qui vont faire le déplacement par leurs propres moyens.

Au niveau des sièges de section du FFS, l’organisation va bon train. Le départ de Béjaïa-ville et des communes limitrophes est prévu demain entre 3h et 3h30, informe Moulahcène Aziz, tandis que l’horaire de départ dans les autres communes est établi suivant la distance les séparant du lieu de l’enterrement.

Sur place, un comité pour assurer l’organisation. La section de Béjaïa a prévu une liste avec le nom et le numéro de téléphone de chaque voyageur afin d’assurer l’organisation, précise Guerrout Djelloul. Que ce soit au niveau des sections locales du FFS ou au niveau des points de ralliement improvisés par des citoyens ou des militants pour la circonstance, la mobilisation ne laisse aucun doute sur la sympathie et l’admiration qu’ont les gens pour l’auguste chef historique.

Au bureau de la section FFS de Béjaïa-ville, les citoyens affluent sans discontinuer, qui pour adresser son message de condoléances de vive voix aux militants préposés à la permanence, qui pour témoigner sympathie et solidarité à la famille du défunt sur le volumineux registre prévu à cet effet, qui pour s’inscrire afin de se rendre à l’enterrement.

Avant-hier soir, les citoyens ont été conviés au bureau afin de regarder des documentaires et témoignages sur la vie et le riche parcours militant de Dda L’Hocine. « Nous avons projeté un documentaire ainsi qu’un témoignage du regretté Ali Mécili sur la vie, le parcours militant et l’idéal démocratique voulu par Si L’Hocine. On a également allumé des bougies à sa mémoire», a confié Guerrout Djelloul.

Hier matin, dans la même ambiance de recueillement — auquel se mêlait une sobre et presqu’invisible satisfaction après l’annonce de la victoire du candidat FFS, Mohamed Bettache, aux sénatoriales — les gens continuaient de se rapprocher du siège de la section pour grossir les listes des candidats au déplacement.

Des cadres locaux se sont, dès hier, rendus à Alger afin d’accueillir la dépouille du défunt qui arrivera à l’aéroport Houari Boumediène vers 16h avant d’être acheminée vers le siège du FFS, où une veillée est prévue jusqu’à 7h. L’enterrement aura lieu demain après-midi dans l’intimité, selon le fils du défunt, Jugurtha Aït Ahmed. Lire la suite

formats

Des caméras de surveillance dans les salles de garde à vue

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Un nouveau dispositif a été mis en place par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) dans les cellules de garde à vue. Le système a été lancé avant-hier dans quatre wilayas-pilotes, à savoir Alger, Annaba, Oran et Tamanrasset, au cours d’une séance de vidéoconférence regroupant les quatre corporations de police, avons-nous appris lors d’un point de presse à la sûreté de wilaya d’Alger.
L’opération intervient à l’initiative d’une étroite collaboration entre la DGSN et la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme (CNCPPDH) qui vise à préserver la dignité et les droits du citoyen dans le traitement de son affaire durant sa détention provisoire. Le patron de la DGSN, Abdelghani Hamel, a déclaré le mois dernier, lors de sa visite à Annaba, que « cette innovation vise à mettre fin aux rumeurs de mauvais traitements et de torture du prévenu mis en garde à vue».

Cette nouvelle mesure revêt un double intérêt : la préservation de la dignité des droits du présumé pendant ces 48 heures de garde à vue ainsi que la veille sur son placement, son état de santé, son hygiène sans oublier les conditions matérielles. Explicitement, le nouveau système mis en place consiste en la maîtrise de la cellule à travers un afficheur extérieur indiquant la température de la pièce, un système de compte à rebours intégré sur la durée de mise en garde à vue indiquant de surcroît le nombre d’individus détenus dans la pièce. En outre, chaque personne placée lors des séances de garde à vue aura un dossier enregistré dans une banque de données.

Un document portant un code à barres pourra ainsi être consulté dans toutes les institutions de police nationale mais aussi durant la présentation devant les instances juridiques. Le président de la CNCPPDH présent au lancement de ce système n’a pas manqué de louer l’initiative. « Cette procédure est perçue comme un véritable saut qualitatif dans les démarches judiciaires.

Cela permettra de s’assurer davantage sur les droits du présumé et, sous un autre angle, faciliter la mission de l’avocat ainsi que de prouver ou démentir à travers des enregistrements de vidéosurveillance les propos du client sur le déroulement de sa garde à vue», souligne Me Farouk Ksentini. Il est à noter que ce système sera généralisé graduellement à travers toutes les sûretés urbaines, nous a confié l’officier contrôleur technique à la DGSN, Maarouf Zineddine.
Lire la suite

formats

Contribution : Soyons des millions d’Aït Ahmed

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Le parcours d’Aït Ahmed est le modèle parfait d’une vie au service d’un idéal. Un homme au destin exceptionnel. C’est celui de Jugurtha, ce roi sans trône et sans pouvoir. C’est aussi celui de Tarek Ibn Ziyad, homme illustre spolié de sa victoire. La lutte entre libérateurs et prédateurs est permanente dans l’histoire de l’humanité.
Les prédateurs finissent souvent par vaincre, car leurs armes échappent à toute éthique, à toute morale. L’usurpation seule fonde leur esprit. En effet, que peut un idéal de liberté fièrement exprimé et sainement défendu face à la quête effrénée et immodérée du lucre et du lustre ? L’engagement d’Aït Ahmed dans le Mouvement national a été fort et décisif. Il a été aussi désintéressé et mû par le seul idéal de l’indépendance nationale.

Loin de toute préoccupation personnelle, il se projetait dans le destin commun de toutes les Algériennes et de tous les Algériens. « Je ne fais pas de la politique pour la gloire, même à titre posthume», m’a-t-il dit un jour. Cela renseigne parfaitement sur l’homme. Comme Abane, Ben M’hidi, Hassiba Ben Bouali et beaucoup d’autres, il avait une certaine idée de l’Algérie. Une Algérie libre et démocratique. Son soutien à la Plate-forme de la Soummam traduit cette profonde conviction. La Révolution ne pouvait se limiter au combat contre le colonialisme. Elle devait se projeter au-delà en jetant les fondements de l’Algérie de demain.

Aussi, sa vision de l’indépendance nationale est globale. Elle intégrait tous les aspects de la vie sociale. Elle devait marquer pour lui une rupture radicale avec l’ordre colonial et non la simple substitution d’un pouvoir autochtone à un pouvoir étranger, à travers une nationalisation de l’Etat colonial. L’indépendance était pour lui synonyme du droit du peuple à décider librement de son destin. D’où son attachement indéfectible à l’Assemblée constituante. Il voyait dans le pouvoir constituant l’expression première de la souveraineté populaire, l’acte fondateur de la volonté de vivre ensemble.

La crise de l’été 1962 et ses retombées allaient lui révéler encore une fois les limites d’un nationalisme idéologiquement éclectique, intellectuellement appauvri et politiquement coupé des espérances populaires. Il alertera puis s’attellera à la cristallisation d’un courant de gauche autour des syndicalistes de l’UGTA, des paysans dépossédés, des jeunes et de la militance féminine. Il voyait dans ces expressions sociales la meilleure assise et le parfait moteur pour l’approfondissement de la marche pour l’émancipation. Sa conviction est profonde quant au rôle fondamental du citoyen en mouvement dans toute expérience de modernisation. Ce moment marque la genèse d’une démarche social-démocrate, repérable tout au long de son parcours.

Contrairement à d’autres, il a très tôt rompu avec le populisme. Empruntant à une vision organique de la société, le populisme fait l’impasse sur les conflits. C’est une négation du politique. Aït Ahmed possède une maîtrise parfaite des concepts. Mais il aimait donner parfois des définitions expressives, loin des formules abstraites, ennuyeuses et impénétrables. Le populisme, par exemple, consiste pour lui à « faire n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe qui».

Tout autant que le populisme, l’idée de consensus n’avait pas les faveurs d’Aït Ahmed. C’est un déni de la diversité. Comme fusion dans l’un, le consensus et le populisme sont dans une filiation étroite. « Ils sont à la base de tous les totalitarismes et autoritarismes du XXe siècle», disait-il. Ses préférences se sont toujours portées sur les notions de contrat et de compromis. Il évitait aussi les termes collectifs tels le peuple, le arch, les forces vives ou encore les masses populaires. Il avait choisi d’identifier les acteurs par leur position dans la dynamique sociale.

Plus généralement, il considérait la bataille sémantique et terminologique comme une dimension non négligeable du combat démocratique. La dictature, en effet, n’agit pas seulement par la force brute, mais aussi par les mots. Dans sa déclaration à l’Assemblée nationale le 1er octobre 1962, il désignait déjà le « slogan» comme « l’une des plus grandes sources de mésaventures». Pour Aït Ahmed, la plus grande source de mésaventure reste la violence. Son rejet de la violence n’est pas seulement politique. Il est aussi moral et non sélectif. Ne disait-il pas que « rien ne peut se construire dans le chaos». En plus de sa dimension dramatique, il a parfaitement mesuré les effets dévastateurs du phénomène sur les représentations sociales et les comportements.

Une société traumatisée est plus à même de consentir à son asservissement. C’est là que son combat pour la paix prend tout son sens. C’est un autre aspect indissociable du combat démocratique. La violence, il la vivra aussi dans sa chair. L’assassinat de Mécili est sans doute l’épisode le plus bouleversant de sa carrière. La douleur ne le quittera jamais. Faire éclater la vérité sur cette affaire fut pour lui la priorité des priorités. Mais face à la solidarité et la connivence de deux raisons d’Etat, la raison disparaît. La vérité et la justice aussi.

Une autre source de mésaventure est cette intrusion tonitruante de l’argent dans le politique. La corruption est pour lui un levier redoutable de perversion et d’égarement. L’étendue du phénomène est telle, que le pouvoir lui-même s’est vu contraint de réagir. En fin connaisseur du système, Aït Ahmed me fera alors cette profonde réflexion : « Comment prétendre purger les égouts de la corruption quand de hauts responsables de l’Etat sont impliqués et supervisent eux-mêmes la généralisation de ce phénomène ?» Les évolutions récentes confirment le propos et lui confèrent une dimension à la limite du prophétique.

Enfin, Aït Ahmed est aussi une école grâce à laquelle se sont forgées des générations de militants. Nous lui devons tous énormément. Et personne ne peut prétendre à une fidélité sans faille pour le maître. Nous avons tous notre part d’infidélité et d’ingratitude. Pourquoi vouloir le cacher ? C’est le fameux principe de Peter transposé dans le domaine politique.

Cette formule est de lui. Il était tolérant et ne manquait jamais de rechercher une bonne raison ou une excuse aux renoncements et aux défections des uns et des autres. De l’emprisonnement à l’exil, il sera inlassablement traqué et son image sans cesse pervertie par les pouvoirs successifs algériens. L’acharnement s’étendra à Lire la suite

Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair