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Formation d’un premier noyau d’archéologues spécialisés dans l’inventaire

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.
Formation d'un premier noyau d'archéologues spécialisés dans l'inventaire
ALGER- Une première équipe d’archéologues, spécialisée dans l’inventaire du patrimoine culturel, est actuellement en formation à Alger dans le cadre du programme d’appui de l’Union Européenne (UE) à la protection et à la valorisation du patrimoine culturel en Algérie, a-t-on appris auprès du chef du projet. 12 archéologues, nouvellement diplômés,…

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Lancement d’une opération d’inventorisation et de protection d’un important fonds de photographies anciennes

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.
Lancement d'une opération d'inventorisation et de protection d'un important fonds de photographies anciennes
ALGER – Une opération d’inventorisation d’un important fonds de photographies anciennes de villes algériennes a été récemment lancée par le programme d’appui de l’Union Européenne (UE) à la protection et à la valorisation du patrimoine culturel en Algérie, a indiqué jeudi le chef du projet. Plusieurs experts européens travaillent actuellement…

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«Tu ressens comme une décharge électrique de millions de watts»

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.

Mounir Abi est un véritable miraculé, lui qui revenait d’entre les morts en cet effroyable 11 février 1996. Il avait intégré Le Soir en 1991, alors qu’il était encore étudiant en biologie à l’université de Bab Ezzouar (USTHB).
Mounir était surtout connu à l’époque comme dessinateur de presse. Il a même eu droit aux éloges appuyés de l’immense Ali Dilem qui nous a reçus tous les deux fort généreusement chez lui le 13 janvier dernier. Un talent de dessinateur auquel Mounir devait associer un peu plus tard des qualités de rédacteur et de reporter casse-cou. Aujourd’hui, il officie comme chef de la rubrique internationale au quotidien Le Temps d’Algérie.

A 48 ans, Mounir garde intact son regard tendre et sa dégaine dégingandée de rêveur impénitent perdu dans le siècle. Et chaque fois que nous avons le plaisir de le croiser, c’est toujours le même effet, le même bonheur de pouvoir l’alpaguer d’une accolade fraternelle, n’ayant jamais assez de gratitude pour la Providence de le compter encore parmi nous.

Au lendemain de l’attentat, sa photo faisait la une de l’unique page de L’Opinion parue ce 12 février 1996 dans la presse solidaire. On y voit Mounir évacué sur une civière, le visage ensanglanté, les yeux roulant dans le vide, dans un décor de guerre. Vingt ans plus tard, il se pointe à notre rendez-vous avec une photographie dans la poche où est reproduite la même scène prise d’un autre angle. A voir la tête qu’il avait, on a de la peine à croire qu’il s’agit de la même personne tant, à première vue, il ne présente aucune séquelle physique, visible, de ce moment infernal. Mounir raconte : « Ce jour-là, j’étais dans la rédaction. Il y avait

Djamel, Allaoua et Mohamed Dorbhan. Il y avait d’autres collègues dans les autres services. Mais, fort heureusement, beaucoup étaient sortis faire les traditionnelles courses du Ramadhan. A un moment donné, Mohamed me dit : ‘‘Je dois sortir acheter des brioches pour mes enfants si tu veux m’accompagner ». On est allés dans une boulangerie-pâtisserie à Belcourt, on a acheté des brioches et on est revenus aussitôt sur nos pas. Allaoua s’affairait dans le coin telex à trier les dépêches.

Djamel était planché sur sa page Détente. Je me dirigeais vers Allaoua qui me lançait : ‘‘Ah ! El-Fawdha, rak h’na ? (tu es là, l’anarchie ?) Il nous appelait El-Fawdha, tu te souviens ? J’ai fait quelques pas vers lui. Il y avait quoi, 50 cm entre nous ? Et là, il y a eu l’explosion. Je ne me rappelle de rien après. La vitesse du souffle est supérieure à la vitesse du son, ce qui fait que je n’ai pas entendu la déflagration. Tu ressens comme une décharge électrique mais d’une puissance de millions de watts. J’ai perdu connaissance sur le coup.»

Un bout de métal dans la poitrine

Mounir jette un regard furtif sur la photo qu’il tient dans sa main et poursuit : « Quand je suis revenu à moi, j’entendais des cris, des pleurs… J’ai compris que quelque chose de grave s’était produit. Mais je ne savais pas où j’étais, qui j’étais, où je travaillais… J’ai su plus tard que je suis resté inconscient pendant environ une demi-heure. J’ai eu une perte totale de mémoire.

J’étais recouvert de gravats jusqu’au cou. Miracle de Dieu : je suis asthmatique, donc au départ déjà j’ai un problème respiratoire. Même en temps normal, je respire mal. Imagine quand tu es enseveli sous les décombres. J’aurais pu mourir asphyxié là-dedans. C’était le chaos total. J’ai tenu le coup et je me suis mis à crier pour être localisé.

Des sapeurs-pompiers ont accouru. Dès que j’ai été évacué, j’ai sorti par réflexe ma pompe Ventoline qui ne me quitte jamais.» Quand Mounir eut repris ses esprits, son angoisse était de ne pas sentir son corps. « Lorsque j’étais sous les décombres, mon corps ne répondait plus. J’avais peur au moment d’être retiré de découvrir que j’avais un bras ou une jambe qui manquait.» Mounir Abi s’en tire tout de même avec des contusions sur tout le corps, des entailles plus ou moins profondes, des éclats de verre et de métal, dont certains sont incrustés dans sa peau à ce jour.

« J’ai été évacué à l’hôpital Mustapha où j’ai subi deux opérations sur-le-champ : l’une au service traumato, pour me retirer une tige de fer de la hanche, l’autre au service ophtalmo pour m’enlever des débris de verre que j’avais dans l’œil gauche. Il me reste un bout de métal toujours collé au thorax.

Les médecins ont préféré ne pas y toucher en espérant qu’il soit éjecté par le corps.» Le plus dur, confie Mounir, c’était d’apprendre la terrible nouvelle : « A l’hôpital, on m’a caché le fait qu’il y avait des morts, que des collègues manquaient à l’appel. J’ai appris la nouvelle tard le soir. Je suis tombé dans le coma jusqu’au matin. Je n’ai pas supporté le choc. C’était un moment aussi terrible pour moi que l’attentat lui-même. La perte de Allaoua, Djamel et Dorbhan, ça m’a dévasté. Avec leur disparition, il y a une partie de toi qui est morte. La vie, le journal sans eux, c’était insupportable.»

« Deux semaines après l’attentat, j’ai repris du service»

Après une semaine passée à l’hôpital Mustapha, Mounir poursuit sa convalescence chez lui, avec obligation de subir régulièrement des contrôles médicaux. « Mais je ne suis jamais revenu à l’hôpital», ricane-t-il. « On m’a remis un arrêt de travail de 21 jours. Mais je ne pouvais pas attendre. Deux semaines après l’attentat, je reprenais du service.

Il me tenait à cœur de replonger dans le travail, sans quoi j’aurais sombré dans la dépression en ruminant mes pensées noires. Les premiers mois, je faisais des cauchemars. Pendant un temps, j’ai développé une phobie : je voyais des voitures piégées partout. Quand je flânais à Alger, je faisais très attention aux voitures suspectes.» Mounir retrouve ainsi la Maison de la presse. Mieux : il se convertit en reporter, spécialité terrorisme.

Pour lui, c’était la meilleure des catharsis. « Peu après ma reprise, il y avait eu un attentat et Lire la suite

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«A chaque secousse modérée, on s’éloigne d’un séisme majeur»

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.

– Depuis près de trois ans, une activité sismique, sans précédent, caractérise Hammam Melouane et sa région. Que se passe-t-il au juste ?

Pour vous démontrer que l’histoire se répète assez souvent et pour répondre à votre question, je me réfère à mes travaux de thèse sur cette zone spécifique de la Mitidja (pages 120 et 121, thèse A. Boudiaf, 1996). La sismicité de la région de Blida est historiquement bien connue. Cette ville a été complètement détruite à plusieurs reprises (3 février 1716, 17 mars 1756, 16 mai 1760 et 2 mars 1825). Les séismes du 3 février 1716 et du 2 mars 1825 sont les événements sismiques historiques majeurs de cette région. Lors du séisme de 1716, les deux spécialistes Ambraseys et Vogt notent (1988) que la ville de Blida a été gravement affectée et que des déformations (probablement des phénomènes de liquéfaction) ont été associées à ce séisme.

En 1825, le séisme du 2 mars avait fait plus de 15 000 victimes. La ville, à l’époque située dans la vallée de oued Sidi El Kébir, avait été complètement détruite. Ils notent également que d’importants glissements de terrain avaient enseveli tout un village. Ce séisme a été associé à des ruptures de sol orientées est-ouest et pourrait correspondre à des déformations d’origine tectonique (Ambraseys et Vogt, 1988). Le catalogue de sismicité historique mentionne d’autres séismes d’intensité ou de magnitude faible. Ceci a rendu d’autant plus difficile la localisation précise des épicentres.

Toutefois, ce catalogue nous révèle plusieurs événements sismiques ayant fait l’objet d’une enquête macrosismique. Les épicentres macrosismiques de ces derniers sont localisés dans la région est de Blida correspondant à l’axe Ouled Yaïch, Soumâa, Bouinan et Hammam Melouane. Les séismes de Blida du 20 juillet 1975 (Ms=4,9), du 11 février 1986 (Ms=4,1), du 29 décembre 1981 et de Hammam Melouane du 4 septembre 1978 (Ms=4,3) ont été localisés macrosismiquement à l’est de la ville, dans la région d’Ouled Yaïch-Bouinan. Ces constatations montrent l’importance du rôle que doit jouer cette faille dans la sismicité de la région. Cette faille doit se continuer au-delà de Bouinan en direction de Boufarik, sous les dépôts quaternaires de la Mitidja.

Ceci est d’autant plus attesté par une importante activité sismique localisée uniquement sous la ville de Boufarik située dans le prolongement de cette faille. Il n’est donc pas étonnant qu’en 2014 et 2015 cette région ait été à nouveau le siège d’une sismicité relativement modérée. Cela est d’autant plus rassurant, car la faille active de cette région du sud de la Mitidja est en phase de décharge de son énergie. A chaque secousse modérée, on s’éloigne donc d’un séisme majeur.

– Y a-t-il un lien entre les séismes et les eaux thermales, puisque la localité de Hammam Melouane est connue pour ses nombreuses sources ?

Peut-on relier thermalisme et activité sismique ? La réponse est non ! Mon non est catégorique. Peut-on relier thermalisme et faille ? Ma réponse est oui. Peut-on relier thermalisme et faille sismique ? Cela peut se discuter. Le thermalisme est lié aux conditions du gradient géothermique du sol. Il faut savoir qu’en moyenne, la température du sol augmente de 1° tous les 30 mètres.

La température d’une eau thermale de 50° serait associée à des nappes d’eau situées à 1500 m environ de profondeur et remonteraient à travers des fractures ou failles. Si nous prenons l’exemple de la région de Montpellier (France), les eaux thermales de Ballaruc-les-Bains sont associées à des failles non sismogènes profondes de 1500 à 1600 m. C’est dire que le thermalisme n’est en aucun cas associé systématiquement à des failles sismogènes ni à l’exploitation ou surexploitation des eaux thermales.
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Une pensée «anarchiste» pour Allaoua…

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.

Allaoua Aït Mebarek. Fines moustaches et chèche noué autour du cou en passionné invétéré du désert. Cœur grand comme un « comité de gestion» pour paraphraser Sénac. Elégance toute en simplicité et sourire aux lèvres aux quatre saisons, qu’il pleuve, qu’il « soleil» ou qu’il « bombe».
Allaoua l’infatigable, l’inusable qui avait épousé le métier et, plus que le métier, la « cause journalistique», au point d’en faire un sacerdoce en ces temps assassins des nineties où arborer une carte de presse était tout sauf anodin. Allaoua. Ma grande école de journalisme. Un journalisme humain, curieux de tout, tourné vers les gens. La société. D’où sa passion du terrain. Du reportage. D’une certaine façon, je lui dois la vie : deux jours avant l’attentat, il m’avait envoyé en reportage à Tam.

Allaoua l’ouvreur d’horizons, le catalyseur d’imaginaires quand toutes les perspectives sont bouchées. Allaoua. Un prénom gravé à jamais dans mon cœur en charpie. Allaoua. L’énarque féru de culture, de littérature, de malouf et d’Aït Menguellet, et qui aurait pu finir wali ou ministre des Travaux publics, mais préféra les travaux poétiques ; la grisaille en préfabriqué de la Maison de la presse et sa buvette lugubre aux bureaux capitonnés des postes chics et confortables.

Allaoua le gentleman chambreur qui nous surnommait, nous, ses ouailles, les jeunes pousses du métier : « El Fawdha» (littéralement : l’anarchie). Et sa manie de nous gribouiller les pattes au stylo en s’esclaffant comme un chérubin farceur.
Allaoua que la mort a surpris dans son sanctuaire de toujours : la rédaction du Soir qu’il arpentait électriquement dans tous les sens, courant d’un service à l’autre en distribuant tapes sur l’épaule et bons mots, consignes et conseils amicaux, sans jamais heurter personne, sans jamais jouer au chef.

Gourou libertaire qui s’en fichait des hiérarchies. Jamais jugé utile de rappeler qu’il était tout de même notre vénérable « directeur de la rédaction». Son aura suffisait à fabriquer le journal en tenant la cadence de ces jours infernaux. Pour nous tous, il était simplement, fraternellement, « Allaoua». Mentor humble et bienveillant. Monument d’intelligence éditoriale et d’humanité. Fauché à tout juste 40 ans alors qu’il était en train d’éplucher le rouleau « dépêches» du télescripteur en faisant le tri dans les bruissements du monde.

De Tanalt à l’ENA

Vendredi 15 janvier 2016. Rendez-vous est pris avec Youcef à 13h, chez lui, à Aïn Taya. Youcef Aït Mebarek est le frère aîné de Allaoua. Il en a d’ailleurs les traits, la bouille joviale, le timbre affectueux, la générosité débordante. Youcef eut l’amabilité de m’inviter à déjeuner avec l’ensemble de la famille et je me sentis d’emblée parmi les miens.

Saïd Aït Mebarek alias SAM, neveu de Allaoua et correspondant du Soir d’Algérie à Tizi Ouzou, eut la gentillesse de se joindre à nous, de même que Salem Amri, ancienne gloire de la JSK et ami de longue date de la famille. Et tous ensemble d’égrener les dates marquantes du parcours de Allaoua, entre rires et émotion. J’apprendrai que Allaoua Aït Mebarek est né le 4 septembre 1956, au village de Tanalt, dans la commune d’Imsouhal, près de Aïn El Hammam.

Il obtient un bac lettres en 1975 après avoir transité par le lycée Abane Ramdane, à El Harrach. « Il avait comme copain de classe Ali Ideflawen», se souvient Youcef. Alloua s’inscrit d’abord à la fac centrale pour une licence de lettres françaises avant de bifurquer vers l’ENA, l’Ecole nationale d’administration. En 1982, le voici auréolé du très prestigieux titre d’Enarque. « Il avait comme copain de promo Abdelkader Ouali (l’actuel ministre des Travaux publics, ndlr). Une amitié forte les unissait», souligne Youcef. Saïd enchaîne : « Il a eu sa première affectation juste après. Il devait prendre une direction au ministère des PTT.

Au lieu de quoi, il a choisi de partir en France pour préparer un doctorat en droit international». C’est à Paris que Allaoua connaît sa première expérience dans le monde des médias, en devenant animateur au sein de la radio Tiwizi (solidarité en kabyle). « A Paris, il a fréquenté le milieu culturaliste amazigh. Il était très impliqué dans le militantisme culturel en faveur de la cause berbère, au détriment de son doctorat», poursuit Saïd.

C’est ainsi qu’il se lia d’amitié avec Cherif Kheddam. « Il a animé plusieurs de ses galas», glisse Youcef. Saïd précise dans la foulée : « Allaoua était dans le brassage des cultures, ce n’était pas un berbériste exclusif. C’est quelqu’un qui aimait l’andalou, Fairouz, Cheikh El Afrite… Il avait des goûts éclectiques. C’est grâce à lui que j’ai aimé l’andalou, que j’ai découvert la chanson orientale, parce que, étant adolescent, j’étais tout le temps dans ses basques. Du coup, j’ai beaucoup appris de lui»

Interview décisive avec Ali Fergani

En 1986, Allaoua rentre au bercail et passe dans la foulée son service militaire. A la fin de son passage sous les drapeaux, une nouvelle ère s’ouvrait avec les événements d’Octobre 88 qui allaient accoucher de la presse indépendante, « l’aventure intellectuelle». Le Soir d’Algérie voit le jour le 3 septembre 1990. Allaoua rejoint très tôt l’équipe dirigée par Zoubir Souissi. Le jeune énarque est mis à l’essai. « Son premier article était une interview avec Ali Fergani, organisée par mon ami Salem Amri», raconte Youcef. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, comme on dit. Alloua épate.

Il est recruté sur-le-champ. Ses goûts marqués pour les choses de l’art font que, tout naturellement, il est versé dans la « culturelle» où il enchante et régale. « Il s’est fait remarquer dans le reportage aussi», ajoute SAM. « Il avait fait beaucoup de reportages, notamment dans le Sud». « C’est ainsi qu’il s’est fait un nom et a très vite pris du galon. Ses compétences sur le plan académique, son statut d’énarque et de doctorant, ses qualités rédactionnelles, son immense culture, ses qualités humaines, sa personnalité, tout cela a fait qu’il s’est retrouvé aux premières loges de la rédaction du Soir», argue Saïd.

Le petit Allaoua, né un 11 février 2010 !

Le 23 juillet 2011, l’association culturelle Allaoua Aït Mebarek, basée à Tanalt, a pris la louable initiative de rendre hommage aux martyrs du village tombés durant la décennie noire. Elle a Lire la suite

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Un salut fraternel à Mohamed Dorbhan

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.

Depuis quasiment 1988, l’Algérie est entrée dans un cycle ininterrompu de violence atteignant des pics vertigineux durant la décennie 1990. Le début des attentats en 1991, touchant d’abord les militaires, les policiers, puis les journalistes, les intellectuels et les artistes, a attisé le feu en la demeure. Nous étions attristés dans notre proximité amicale et professionnelle immédiate.

Pendant des années nous fûmes abonnés aux funérailles. Le cimetière était presque devenu un lieu de sociabilité. Et avec ces pertes considérables et trop rapides, nous avions à peine le temps de faire nos deuils que déjà d’autres nous accablaient. La tragédie eut deux conséquences : l’hommage d’abord dû à ces martyrs comme un devoir de résistance. Et la seconde conséquence, moins positive celle-ci : la surenchère dans la proximité avec les disparus, autrement dit la revivification du culte des morts dans son aspect le moins glorieux.
Il faut rendre hommage, car c’est ainsi que l’on perpétue l’esprit de résistance que fut celui de nos amis. Mais rendre hommage à qui ? Nous avons eu tant de victimes.

S’il convient de les évoquer dans leur totalité, il faut aussi se remémorer chacun d’eux. Je repense à Mohamed Dorbhan, mort le 11 février 1996, victime de la voiture piégée qui a ravagé les locaux du Soir d’Algérie, avec les regrettés Allaoua Aït Mebarek, Djamel Derraza et les 26 personnes qui se trouvaient ce jour-là rue Hassiba Ben Bouali. Même en ces temps où la mort violente était banalisée, la sauvagerie d’un tel attentat avait soulevé l’indignation de l’opinion publique algérienne pourtant aguerrie à la douleur.

Quant à l’opinion internationale, il faudra attendre 2015 et l’attentat contre Charlie Hebdo pour qu’une partie d’entre elles découvre a posteriori que ce n’était pas la première fois que des intégristes s’attaquaient férocement à la liberté de la presse. Mohamed Dorbhan donc. Je l’imagine avec son air amusé d’enfant facétieux en train de ciseler quelque billet satirique comme il savait si bien le faire lorsque cette satanée voiture piégée le ravit à « la famille qui avance». Car Dorbhan faisait vraiment partie de ceux qui, par leur façon de voir et de donner à voir le monde, incarnaient une Algérie créative, ouverte, libre et bien dans sa peau.

Par où commencer l’évocation ? Peut-être par le début. Le tout début même, c’est-à-dire à L’Unité, au milieu de ces années 1970 si fertiles lorsque avec ses compères, entre autres, Abdallah Dahou, ils avaient créé un service de caricatures. Dorbhan, alors très jeune, était celui qui parlait le moins. Mais il avait le regard éveillé de celui qui captait tout. Il affichait ce sourire en coin qui révélait une intelligence aiguë. Comment un sourire peut-il témoigner de l’intelligence ? Va savoir ! Ce caricaturiste à l’humour anglais, froid et confinant à l’absurde était démangé par l’écriture, et il s’avéra aussi bon chroniqueur que caricaturiste.

J’avoue l’avoir très peu fréquenté à L’Unité, mais je devais le retrouver et davantage l’apprécier à Algérie Actualité, puis à L’Hebdo Libéré. Dans ce dernier, j’avais imaginé une rubrique intitulée « Haché menu», laquelle consistait à passer à la moulinette des propos de faits d’actualité en un exercice qui se voulait hautement satirique. Connaissant sa compétence dans ce registre, j’avais dès le départ associé Dorbhan à cette rubrique. Au bout de 2-3 numéros, je lui en confiais la charge.

Son talent en fit une petite institution dans le journal.
A Algérie Actualité, tout en poursuivant son activité de caricaturiste, il tenait la chronique télé. Je m’aventure à soutenir que chez Dorbhan, avant Algérie Actualité, caricature et écriture étaient du même niveau. Puis, progressivement, l’écriture prit le dessus. Demeurait cependant une interaction, car le dessin satirique imprégnait l’écriture porteuse d’humour et fertilisée par une culture que je ne saurais qualifier autrement que d’impressionnante.

Même s’il était très peu prolixe, Dorbhan paraissait avoir tout lu, tout vu. J’étais alors certain qu’un tel créateur, sensible aux pulsations de son époque, devait avoir son petit jardin littéraire. Je ne sais plus qui de lui ou de moi en avait le premier parlé, mais un jour il me demanda si je voulais bien lire son manuscrit en fin de chantier. Je ne fus pas surpris de la qualité de ce thriller qui, des années après sa mort, serait publié par ses amis sous le titre de Les Neuf jours de l’inspecteur Salaheddine.

J’ai raconté dans La Traversée du somnambule comment vers 1992, je devais publier un recueil de poésies à Alger. Je demandai à Mohamed Dorbhan, qui était aussi un excellent graphiste, de me faire une couverture pour ce livre. Il stylisa un abat-jour pris en photo. Le livre n’ayant pu se faire à ce moment-là en Algérie pour les raisons que l’on imagine, je le portai en France à la publication. Evidemment, il fallut envisager une autre couverture. Je conservai le dessin de Dorbhan dans un dossier que j’entreposai dans une pièce en sous-sol.

Le jour où j’appris qu’il avait perdu la vie dans cet attentat à la bombe au Soir d’Algérie, je me précipitai dans ma petite caverne d’Ali Baba pour retrouver ce dessin. La pièce venait d’être inondée et le dessin était perdu. Mais pas le souvenir de Mohamed Dorbhan. 20 ans après sa mort, on a l’impression qu’il est encore par là et que d’un moment à l’autre il va apparaître dans le cadre d’une porte, souriant et silencieux. Lire la suite

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