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Ouverture ou énième duperie ?

Publié le 09/02/2016, par dans Non classé.

La télévision publique, contrairement à ses vieilles habitudes, consacre ces derniers temps des plateaux au débat politique contradictoire. La conjoncture marquée par la révision de la Constitution serait derrière cette initiative, estiment plusieurs acteurs politiques, même si d’autres se laissent convaincre que certaines options prônées par la nouvelle mouture de la Loi fondamentale ne laissent pas trop le choix aux promoteurs de la pensée unique.
Dans le sillage de l’adoption de la nouvelle Constitution, le pouvoir a voulu donner des « gages» de ses bonnes intentions. Les médias publics, notamment la télévision, qui sont restés fermés à l’opposition, s’ouvrent brusquement et donnent l’impression de redevenir les médias du service public qu’ils sont censés être.

Pendant que tous les représentants du pouvoir politique se relaient dans les espaces médiatiques pour louer le « caractère historique» de l’adoption de la nouvelle Loi fondamentale, la télévision publique, restée hermétique à tout changement, organise un débat contradictoire. Les Algériens ont en effet assisté, dimanche soir, à un des rares moments d’échanges démocratiques entre des représentants de l’opposition et des représentants des partis qui soutiennent le chef de l’Etat. « Vous avez commencé l’application de la Constitution», fait remarquer Belkacem Sahli, secrétaire général de l’Alliance nationale républicaine (ANR), un des soutiens zélés du pouvoir.

L’ancien ministre fait référence à l’article 42 bis de la nouvelle Constitution qui stipule : « Un temps d’antenne dans les médias publics, proportionnel à leur représentativité au niveau national.» « Nous espérons que ce n’est pas la dernière fois que nous serons invités», réplique, souriant, Ahmed Betatache, député du Front des forces socialistes (FFS), rejoint par Djamel Benabdesselam et Ramdane Taâzibt du Parti des travailleurs. Ces opposants remettent également en cause le mode d’appréciation de la représentativité des partis politiques parce que les élections « n’ont jamais été transparentes».

La séquence rappelle en effet les mémorables débats organisés par l’ENTV au début des années 1990. Vont-ils durer ou est-ce une parenthèse qui se refermera aussi vite que les précédentes tentatives ? Pour les partis politiques de l’opposition, la réaction est plutôt mitigée. « L’énoncé de l’article est beau. Mais nous attendons du concret et surtout les mécanismes de son application sur le terrain», estime Bouabdallah Benadjaïmia, chargé de communication du Mouvement de la société pour la paix (MSP). « C’est comme le concept de l’indépendance de la justice.

Il est bel et bien mentionné dans la Constitution. Mais il n’a aucun prolongement sur le terrain», estime l’homme politique qui veut juger de visu. Un sentiment partagé par le chargé de communication du FFS, Youcef Aouchiche. Ce dernier estime que les seuls débats auxquels l’opposition a été conviée sont liés à la nouvelle Constitution. « Il est trop tôt pour parler d’une véritable ouverture», indique-t-il. Pour lui, il n’y a aucun signe qui prouve que les responsables veulent ouvrir l’antenne aux partis de l’opposition.

Mouvement associatif et intellectuels exclus

Derrière cette nouvelle « belle promesse», se cache, pourtant, une autre réalité : la société civile, les intellectuels et d’autres formes d’opposition sont occultés. Pour Abdelaziz Rahabi, il ne faut pas « croire» les promesses du pouvoir. Il estime que la fermeture des médias publics constitue « un recul» par rapport à la période qui a précédé l’arrivée de Abdelaziz Bouteflika au pouvoir.

Pis, l’ancien ministre rappelle que « concrètement, le FLN et le RND dominent les assemblées élues. Ils seront donc favorisés dans les médias». Plus que cela, l’homme relève que « le pouvoir veut politiser la société. Car, le mouvement associatif, les intellectuels et d’autres formes d’expression citoyenne sont exclus des médias publics». Pour connaître la version de la Télévision nationale, nous avons tenté de contacter son directeur général, Toufik Khelladi, et le directeur de l’information de la chaîne, Nadir Boukabès. Sans succès.

S’il est difficile de pronostiquer sur les réelles motivations des autorités, les pratiques d’un passé pas si lointain prouvent qu’il n’est pas aisé de croire sur parole. Interrogé par un média, M. Khelladi avait même indiqué qu’il ne « va pas ouvrir la télévision à ceux qui critiquent Bouteflika». Pourtant, « c’est avec notre argent que la télévision est financée», rappelle Benadjaïmia. En tout cas, les médias publics seront la vitrine qui reflétera la réalité de la volonté politique des autorités d’ouvrir « une nouvelle ère».
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