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Ouargla : La peur au ventre, 2000 migrants travaillent sur les chantiers

Publié le 10/03/2016, par dans Non classé.

Cette semaine, 1941 migrants ont été transférés des camps d’accueil de Ouargla et Touggourt. Acheminés par convois d’une douzaine de bus et autant de camions transportant les bagages lors de trois voyages organisés dans la précipitation au lendemain du meurtre perpétré, mardi dernier, ces migrants n’ont jamais atteint le centre de transit d’In Guezzam, à la frontière algéro-nigérienne.
Ils ont été relâchés à Tamanrasset, confie Slimane L., ouvrier malien dont deux amis ont été interpellés par la police vendredi, en plein jour, avenue Che Guevara, alors qu’ils voulaient faire réparer un portable. Mais les chantiers de Ouargla en comptent 2000 autres, selon l’Union des entrepreneurs, qui appréhende l’avenir et demande aux autorités « une régularisation pure et simple de la main-d’œuvre subsaharienne». Dans quel état se trouvent ces travailleurs ? Comment appréhendent-ils l’avenir ? Slimane L., un Malien de Ouargla, et Hadj B., entrepreneur, nous en parlent. Ils ont requis l’anonymat vu la situation prévalant à Ouargla.

A une trentaine de kilomètres de Ouargla, Hassi Ben Abdallah, ancien village agricole socialiste, caractérise le boom économique hors hydrocarbures que les autorités de Ouargla orientent vers l’agriculture, l’aquaculture et la petite industrie. Ici, des travaux d’envergure sont lancés pour préparer l’avenir : la toute nouvelle zone d’activité de Ouargla qui viendra conforter un important tissu de PME.

Sur le chantier du réseau d’assainissement des nouveaux lotissements de la localité, Slimane, un Malien de Tessalit, travaille sur un regard d’égout en cours de réalisation. Issu d’une famille d’éleveurs qui font des aller-retour fréquents entre les deux pays, il n’est pas transitaire. « Il y a six mois, j’ai été recommandé par un ami qui travaillait sur le même chantier», dit-il.

C’est sa première expérience dans les travaux hydrauliques, où il travaille comme simple ouvrier et touche 46 000 DA par mois. Un salaire qu’il cumule quatre mois durant avant de rejoindre sa famille restée à Bordj Badji Mokhtar. Pourquoi ne pas rester pas avec eux ? « Parce qu’il n’y a pas de boulot ni à Adrar-ville ni sur les frontières», explique-t-il. Slimane est hébergé sur place avec six autres amis dans une base de vie. Leur quotidien ? Réveil à 6h chaque jour, petit-déjeuner sur place avant de rejoindre le chantier de 7 à 13h.

Après une pause-déjeuner, ils y retournent de 16 à 19h pour un salaire journalier de 1600 DA. « Je suis totalement pris en charge par mon employeur, ce qui fait que je n’ai jamais eu à habiter dans un centre de transit», confie-t-il. Mais Slimane et ses compagnons sont quasi-prisonniers des murs de leur base de vie depuis une dizaine de jours. La peur au ventre, Slimane parle avec difficulté de sa situation actuelle. « Avant, on sortait le soir pour des achats et des balades en ville.

Maintenant, nous avons peur de sortir, deux de mes amis ont été interpellés par la police la semaine dernière au carrefour Che Guevara. Bahi voulait faire réparer son téléphone, ils ne sont pas revenus. Ils sont partis samedi dernier avec le deuxième contingent vers Tamanrasset.» Slimane dit que Bahi, un de ses deux compatriotes, l’a appelé dimanche pour lui apprendre que « tout le monde a été relâché à Tam». Sa crainte ? « Etre arrêté par la police, être frappé par les jeunes. J’ai entendu parler d’un jeune dont le crâne a été fracassé à Sokra. Il n’est pas mort, mais il a été choqué par tant de violence.»

A côté de lui, Brahim, silencieux jusque-là, ne s’explique pas « pourquoi les Algériens veulent se venger de tous les Nigériens et de tous les Africains, alors qu’un seul homme a tué». Ces ouvriers sont désormais escortés par leur entreprise et ne sortent que pour aller du chantier à la base de vie. Leur employeur se charge même des petites emplettes.

Slimane est déterminé à ne plus sortir à Ouargla que lorsque l’heure du départ vers Adrar sonnera. « J’irai voir ma famille. Après, je reviendrai directement au chantier, mes seuls amis sont des Maliens et des Nigériens, puisque les Ouarglis ne veulent pas de notre amitié et nous traitent avec autant de violence.» Brahim, lui, parle d’une situation insoutenable où « nous avons peur d’être tabassés et égorgés».

Régularisation

De leur côté, les entrepreneurs de Ouargla interpellent les pouvoirs publics quant à cette situation qu’ils refusent d’assumer seuls. Ils sont 700 entrepreneurs actifs qui se disent lésés par cette situation. Hadj B. estime que le BTPH « souffre du manque de main-d’œuvre qualifiée locale. Les jeunes refusent de travailler hors du secteur pétrolier et les Subsahariens les ont supplantés». Dans un rapport qu’elle compte transmettre la semaine prochaine au wali, l’Union des entrepreneurs évoque le problème du respect des délais de livraison des projets de l’éducation et de l’enseignement supérieur, « impossibles à honorer avec le transfert massif de Subsahariens à Tamanrasset».

Les entrepreneurs y parlent également « de disponibilité, de discipline et de respect de la hiérarchie couronnés de maîtrise professionnelle du simple manœuvre à l’ouvrier spécialisé s’agissant de la main-d’œuvre subsaharienne très appréciée à Ouargla». Messaoudi Belkhir, président de cette association professionnelle, nous parlait il y a quelques jours « de professionnels avec lesquels il est facile de s’entendre sur le plan d’action et la qualité finale de l’ouvrage».

Hadj B., lui, a perdu deux de ses meilleurs éléments lors de ce transfert impromptu. Des postes qu’il n’arrive pas à combler depuis une semaine, dit-il. Il employait quatre maçons spécialisés qui touchaient entre 80 000 et 100 000 DA et autant d’ouvriers qualifiés travaillant à la tâche. Pour la réalisation d’un regard d’assainissement complet, de 3 à 4 m de profondeur, ces derniers s’acquittaient du ferraillage, du coffrage et du coulage du béton armé. Des travaux nécessitant deux à trois jours avec 15 000 DA à la clé.

Ces ouvriers toucheraient environ 250 000 DA par mois. Cette précieuse main-d’œuvre est hébergée, restaurée et transportée. L’inquiétude des chefs d’entreprise de Ouargla réside actuellement dans « le climat de peur qui règne dans la ville et le racisme dont sont victimes les migrants subsahariens qui ne sont plus des transitaires, mais continuent de souffrir d’une situation administrative précaire».

Et Hadj B. d’ajouter : « J’ai Lire la suite

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