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Où sont passés les 700 milliards ?

Publié le 02/04/2016, par dans Non classé.

Au lieu d’amorcer son redressement avec l’attention particulière affichée par le gouvernement et des dotations budgétaires jamais égalées dans son histoire, la wilaya de Constantine
surprend aujourd’hui le visiteur par une clochardisation inouïe et des retards tous azimuts qui suscitent la colère et chassent compétences et investisseurs. Le discours triomphaliste ressassé par les officiels autour de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe 2015» et ses bienfaits est démenti chaque jour par la vulgarité des ratages et l’ampleur de la gabegie.

A trois semaines de la clôture de cet événement, la rue constantinoise semble avoir fait son deuil après avoir bu jusqu’à la lie le lot de déceptions résultant de la dilapidation outrancière et insultante et le bourbier dans lequel la population est contrainte de vivre depuis plus de 18 mois et jusqu’à ce jour, à cause des chantiers non achevés et des malfaçons.

La ville, en effet, ne donne guère l’impression d’avoir été chouchoutée, si ce n’est quelques carrés retapés au centre-ville avec le kitsch en prime. Des projets ont été abandonnés, à l’image de celui du musée d’art moderne, alors que des immeubles promus à la réhabilitation sont toujours couverts d’échafaudages et leur rénovation remise aux calendes grecques. Par miracle, les travaux de réfection des trottoirs du boulevard Boudjeriou, l’une des artères névralgiques du centre-ville, ont repris il y a quelques semaines en prévision de la visite du Premier ministre prévue le 16 avril pour clôturer officiellement la manifestation.

Cette visite, qui est d’ores et déjà placée sous le signe festif, cachera à Abdelmalek Sellal l’envers du décor. Il est fort probable que la délégation gouvernementale soit éloignée de ce qui est advenu, par exemple, du patrimoine matériel, notamment la Médina et la ville antique de Tiddis, qui n’ont pas été restaurées en dépit des budgets alloués. Les mosquées centenaires de la Souika, les bains maures et les vieilles maisons de maître ont été fermés, en partie démolis puis abandonnés sans calendrier de reprise.

Les 700 milliards alloués comme budget à la manifestation ont été dilapidés dans des réalisations qui n’améliorent pas forcément le quotidien des Constantinois. Les routes sont défoncées et le vieux bâti menace ruine. D’ailleurs, les intempéries du mois de mars ont accéléré le processus : écroulement d’une bâtisse à la Souika, effondrement d’un mur centenaire en plein centre-ville, ce qui allonge la série noire des affaissements signalés sur la corniche du Vieux Rocher aux conséquences très graves, selon les experts et architectes qui se sont exprimés publiquement à ce sujet.

Artisan de l’échec

La corruption à grande échelle, opérée grâce au procédé de surfacturation, a achevé de désespérer les Constantinois. A titre d’exemple, les escaliers centenaires de Coudiat ont été refaits inutilement et en dépit de la résistance des associations, pour le scandaleux prix de 70 millions de centimes comme coût moyen d’une seule marche ! El Watan a déjà eu à détailler des marchés sur lesquels pèsent des soupçons, à commencer par de la salle de spectacle, le du Zénith.

Si le gouvernement, parrain de cette prétendue dynamique, endosse la responsabilité du choix des personnes aux commandes à Constantine, un homme devra répondre de ce bilan. Hocine Ouadah, wali de Constantine, porte en effet une grande responsabilité dans l’échec du volet chantiers et réalisations dans le cadre de cet événement gigantesque.

Le wali, maître d’ouvrage dans le cadre de la manifestation 2015, a dû en outre, se détourner de la gestion des autres affaires de la wilaya. En abandonnant certains dossiers, il a, de fait, manqué à ses promesses faites à son installation à Constantine. Dans les quartiers populaires d’El Gammas et Benchergui, on lui tient rigueur pour n’avoir pas honoré ses engagements ; des cités misérables où des dizaines de milliers de citoyens « barbotent» dans la gadoue et les problèmes sans la moindre assistance des pouvoirs publics.

Naviguant à vue, dépourvu de vision et d’ambition, Ouadah n’a jamais pris de décision importante et a raté tous les grands projets. Sur le dossier du logement, colonne vertébrale des derniers plans quinquennaux, il a échoué lamentablement, d’où des retards de livraison de plusieurs années. Alors qu’à Alger, Abdelkader Zoukh distribue plusieurs quotas par an, à Constantine, Ouadah n’a pas encore attribué un seul logement depuis qu’il est là, soit depuis trois années.

Les communes de la wilaya, a fortiori celle de Constantine, ont abandonné leurs missions primaires pour plusieurs raisons, la première étant le déficit en savoir-faire et en bon sens. La commune de Constantine a été gérée deux ans durant par une assemblée FLN totalement défaillante : 3% seulement du budget consommés en 2013 et 2014. A cause, entre autres, de la neutralité incompréhensible du wali, il a fallu attendre longtemps avant que le maire soit suspendu à cause de graves démêlés avec la justice. Aujourd’hui encore, cette APC est dans l’expectative et ne fait rien pour améliorer son rendement.

Déconstruction maffieuse

Les membres de l’exécutif de wilaya ne font pas mieux, la plupart ayant été promus non pas au mérite, mais pour d’autres raisons. Les cas de la direction de l’environnement et de la DUC sont édifiants. Les secteurs névralgiques de l’urbanisme et du bâtiment sont évidemment les plus exposés aux dérapages et aux ratages, compte tenu de leur centralité en matière de développement et de concrétisation des plans du gouvernement.

En matière d’arbitrage et de leadership, Ouadah a fait preuve d’inefficacité avec ses lieutenants qui, on l’a souvent constaté, dédaignent ses instructions.Concentré sur ses ambitions de devenir ministre, le wali s’est coupé de la population et ne reçoit personne, même pas les professeurs d’université qui sont venus la semaine dernière avec l’espoir de le rencontrer. Sur les dossiers sensibles, comme la dilapidation du foncier par les pontes ou la naissance de quartiers anarchiques, Ouadah a choisi la position neutre, quand il n’est pas complice au moins par sa passivité.

Dans de nombreuses affaires où des dépassements sont signalés par des citoyens ou par la presse, il a manqué à son rôle d’arbitre, se faisant tout petit devant les pressions et autres interventions pour favoriser tel opérateur ou fermer les yeux sur tel responsable. L’affaire Lire la suite

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