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Où en sommes-nous, et où allons-nous ?

Publié le 14/09/2017, par dans Non classé.

Par Ali Yahia Abdennour

Militant des droits de l’homme
Du hold-up constitutionnel au hold-up électoral

Il faut aller à l’essentiel, porter un regard lucide sur la situation du pays, et dire la vérité. A son arrivée au pouvoir le 15 avril 1999, le président Abdelaziz Bouteflika a exprimé avec des trémolos dans la voix sa détermination de veiller à l’Etat de droit, à l’indépendance de la Justice, et de ne tolérer aucun dépassement. Les déclarations n’ont été que des professions de foi, des produits de propagande destinés à l’exportation et non à la consommation interne.

Le hold-up constitutionnel est annoncé en 2007 par Abdelaziz Belkhadem, chef de gouvernement : « Il faut restituer au chef de l’Etat toutes ses prérogatives. Le chef du gouvernement doit s’effacer pour permettre au Président d’être le véritable et unique chef du gouvernement.» La Constitution de 1995 initiée par le président Liamine Zeroual lui limitant la fonction présidentielle à deux mandats, a été amendée en 2008 pour un mandat sans limite, c’est-à-dire un mandat à vie.

Cette Constitution révisée par un homme et pour un homme dont le culte ne peut constituer l’idéal du peuple qui aspire à la démocratie, à la justice, aux droits de l’homme perd sa signification. Le danger est le pouvoir personnel et le culte de la personnalité.

Le hold-up électoral permet de poser la question suivante : les élections sont-elles utiles dans un pouvoir où l’alternance n’est pas possible de par la fraude électorale ? La question qui était posée aux Algériens en 2014 quand le président A. Bouteflika sollicita un 4e mandat était celle-ci : est-ce que vous croyez qu’il est catasrophique pour le pays de confier un 4e mandat au Président qui est sorti d’une hospitalisation de 90 jours de l’hôpital du Val de Grâce et des Invalides, souffrant d’une maladie grave et durable qui relève de l’article 88 de la Constitution ? Les quatre élections du président Bouteflika à la magistrature suprême n’ont pas dépendu du choix du peuple consacré souverain par la Constitution, mais du choix des décideurs de l’armée, du DRS en particulier, qui lui ont assuré à chaque élection par une fraude électorale massive qui est l’assassinat de la démocratie, une victoire à la Pyrrhus sans risque et sans gloire. Elu et réélu non pas dans les urnes mais par les résultats, le Président fait face à la question de son illégitimité. La voie des urnes est faussée et le suffrage universel qui est le fondement de l’accession au pouvoir parce qu’il garantit la liberté et la sécurité du scrutin est perverti par des élections closes quant à leurs résultats avant d’avoir commencé.

L’élection est un moyen d’expression de la volonté populaire, à condition de lui conférer la crédibilité par l’élimination de la fraude. Au-delà des élections truquées, c’est le problème du Président actuel qui est posé, son aptitude à incarner et diriger le pays.

Comment le président Abdelaziz Bouteflika a exercé son pouvoir

Quand le pouvoir en place est centralisé, contrôle tout et n’est contrôlé par personne, il n’existe pas de droit contre lui, il n’y a ni Etat de droit ni séparation des pouvoirs. Montesquieu a enseigné que « la démocratie reposait sur trois principes nettement séparés : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Quand les deux derniers se mettent au service du premier, il n’y a pas démocratie mais dictature». L’Algérie a vécu dans un pouvoir dont le soleil est le président Bouteflika et les partis qui le soutiennent avaient pour mission d’en réfléchir les rayons. Le Président imprime sa propre marque à la marche des affaires de l’Etat, et la totalité des grands dossiers relèvent de sa responsabilité.
Il est au-dessus des lois, a tous les droits, viole de façon délibérée, voulue, réfléchie, outrageante la Constitution. Il incarne la verticalité du pouvoir charismatique césariste. Il a fait main basse sur la pays, a imposé une politique néolibérale opposée au libéralisme, a servi les riches toujours plus riches, desservi les pauvres toujours plus nombreux, a redistribué les revenus et les richesses nationales de manière illégale, injustifiée, inacceptable, intolérable, qui ont fait la rupture avec les couches moyennes et populaires de la société.

L’inquiétude, la déception, le découragement, la frustration, le désarroi, la détresse habitent les gens. Une caste monopolise l’Etat et ses bénéfices, le transforme non seulement en instrument de domination politique, mais en source de pouvoir économique. La politique conservatrice du pouvoir a créé une société duale verticalement divisée, qui reproduit comme au temps du colonialisme une véritable hiérarchie sociale stratifiée.

Le FCE (Forum des chefs d’entreprise) s’investit dans la politique, se place au niveau des décideurs qui détiennent la réalité du pouvoir, cherche à asseoir la fortune de ses dirigeants et à conforter leur pouvoir. Tous les dirigeants des institutions de l’Etat expriment leur attachement indéfectible et leur fidélité totale au président Bouteflika.

Dans chacune des deux chambres du Parlement, les députés et les sénateurs en séance de travail se lèvent et acclament en chœur « l’homme providentiel, le guide suprême» dès que le nom du Président est prononcé. On se croirait en Corée du Nord. Le président Bouteflika est la président d’honneur du FLN qui applique le principe que Lassale recommandait à Karl Max : « Le parti se renforce en s’épurant». Purge au sommet et purge à la base. Les secrétaires généraux du FLN ne peuvent prétendre à la longévité politique. S’ils sont bien avisés, ils doivent méditer la leçon apprise par Louis XVIII : « Ce qui bouge trop meurt vite». Le pouvoir a conduit l’Algérie dans l’impasse, alors qu’elle a besoin d’un redressement politique, économique, social et culturel. Il écrase les libertés et les droits humains.

L’Algérie comme un Etat soviétique doit donner l’autorisation de son gouvernement pour une conférence ou un événement culturel. Le Conseil constitutionnel est à genoux, et son président qui ne dispose d’aucun pouvoir n’est qu’un fonctionnaire aux ordres du Président.
Nos libertés, notre dignité, le respect des droits humains fondamentaux nous les défendrons. Le peuple qui lutte pour sa liberté veut un nouveau locataire au palais d’El Mouradia qui assume toutes ses responsabilités. Le président Bouteflika a dominé la Lire la suite

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