formats

«On peut voler, faire fuir des capitaux et continuer à occuper un poste ministériel»

Publié le 12/10/2016, par dans Non classé.

Pour le président de Ahd 54, la situation de l’Algérie n’est guère reluisante. Il juge les dernières décisions du gouvernement Sellal dangereuses pour le pays. Il exclut l’éventualité d’un 5e mandat du président Bouteflika.
– Comment jugez-vous la situation actuelle ?

Nous vivons une situation de blocage qui s’éternise. Alors que la situation est critique, ce régime continue de naviguer à vue et à gérer, au jour le jour, les affaires du pays. Nous sommes englués dans un statu quo qui arrange peut-être le régime, mais que nous allons payer cash. Regardez comment ce régime manœuvre déjà en prévision des législatives de 2017 afin de favoriser le FLN et le RND au détriment des autres partis.

Bien sûr, toute cette mascarade sera précédée d’un semblant de bataille électorale, qui n’en sera pas une. Même constat au plan social : que ce soit pour la santé, les retraites, l’éducation, ce régime fait du surplace et ne propose aucune perspective afin de rassurer les Algériens et améliorer leurs conditions de vie. Je fais le même constat au plan économique.

– Comment mettre fin au statu quo ?

Dans ces systèmes politiques sans alternance, je reste persuadé qu’il n’y a que la rue pour débloquer la situation. Seul le peuple est en mesure de faire bouger les lignes, d’autant qu’il ne faut rien attendre des appareils et des partis politiques. Même si pour l’heure le citoyen demeure en dehors du débat, je remarque que dans certaines régions du pays les choses bougent. C’est le cas du Sud, où la population a décidé de se faire entendre.

Le mouvement des chômeurs est là pour rappeler que si la grande majorité de la population reste silencieuse et donne le sentiment de refuser de s’impliquer, des hommes et des femmes ont décidé de refuser le fait accompli et d’affronter les autorités. Ce sont ces groupes qui investissent le terrain qui pousseront au changement et mettront fin au statu quo.

– Cette situation de blocage ne joue-t-elle pas en faveur d’une nouvelle candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat ?

Le Président ne pourra pas briguer un 5e mandat, même s’il le voulait. Si les Algériens ont été sensibles à ses problèmes de santé, ils se sont également rendu compte qu’on ne peut pas diriger un pays par procuration. Dans le système présidentiel en place, où le Président concentre tous les pouvoirs, cette situation n’est plus possible.

– Lors de sa dernière réunion à Alger, l’Opep a décidé, à la surprise générale, de réduire sa production de pétrole. Ce succès est-il à mettre au crédit de la diplomatie algérienne ?

Absolument pas. Cet accord aurait eu lieu même si la réunion s’était tenue dans un autre pays. La conjoncture mondiale a poussé les producteurs de l’Opep à trouver un accord. L’Arabie Saoudite et l’Iran ont été contraints de trouver un terrain d’entente et accepter le principe d’une baisse de la production.

– Pour nombre économistes, les couches les plus défavorisées seront les premières victimes de la nouvelle loi des finances…

Tout à fait. Ce gouvernement pense qu’il suffit de supprimer certains produits pour diminuer la facture des importations et en même temps changer le modèle de consommation des algériens ! Il n’y a aucune corrélation entre les deux. Je n’arrive pas à trouver une logique à la démarche de ce gouvernement.

Voilà un pays qui proclame depuis des années que le système économique doit changer, et qui ne propose rien pour le faire ! Pour changer de modèle, il faut mettre en place des alternatives à ce qui existe. Malheureusement, ce pouvoir gère ce pays au jour le jour, sans vision à long terme.

– Les partis de l’opposition sont accusés de ne pas avoir de programme crédible. Quelles sont vos mesures pour faire face à la crise ?

Il est faux d’affirmer que l’opposition ne propose aucune alternative. En ce qui nous concerne, nous avons à plusieurs reprises fait des propositions de sortie de crise. Nous avons demandé la mise en place d’un pacte social et la désignation d’un gouvernement d’union nationale pour préparer, dans la sérénité, les législatives de 2017. Au plan économique, nous militons depuis longtemps pour cibler des secteurs porteurs à forte valeur ajoutée.

Il faut arrêter de jeter l’argent par les fenêtres en finançant des projets à faible rendement. Il faut investir intelligemment, d’autant que notre surface financière a fondu avec la chute de la fiscalité pétrolière, conséquence de la chute du prix du baril de pétrole. A Ahd 54, nous avons identifié deux secteurs primordiaux et vitaux : l’agriculture et l’alimentaire. L’Algérie ne peut pas continuer à dépendre des importations pour assurer sa sécurité alimentaire. Malheureusement, ce pouvoir a accordé d’importantes subventions et exonérations de taxes aux industriels du secteur les moins méritants.

L’argent va dans les poches des spéculateurs. L’Algérie avait une fenêtre de tir importante avec un baril de pétrole à 120 dollars, gâchée par l’absence de projets et d’une feuille de route. Pendant toutes ces années, il a perdu un temps précieux dans de vagues réformes inutiles, comme celle de la Constitution, alors que l’urgence était ailleurs. Aujourd’hui, on demande au peuple de se serrer la ceinture, cela m’étonnerait qu’il accepte sans réagir.

– Ali Haddad, le président du FCE, demande « l’arrêt des subventions généralisées». Etes-vous favorable à cette mesure ?

Tout d’abord, on devrait commencer par arrêter de lui attribuer des subventions. C’est facile quand on a gagné autant d’argent, grâce aux juteux contrats des marchés publics, de dénoncer les dérives d’un système qui vous a rendu si riche. Au parti, nous n’avons pas attendu Ali Haddad pour demander la révision des modalités d’attribution des aides.

Ahd 54 a déjà tiré la sonnette d’alarme et dénoncé les subventions qui ne profitaient pas à ceux qui en avaient le plus besoin. Malheureusement, ce pouvoir qui n’a pas su profiter de la bonne santé financière du pays, avec un baril dépassant les 100 dollars, veut aujourd’hui s’attaquer aux subventions sans qu’il mette en place des mesures d’accompagnement en direction des couches les plus défavorisées.

– Etes-vous favorable à l’assouplissement de la règle des 51/49% jugée trop Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé «On peut voler, faire fuir des capitaux et continuer à occuper un poste ministériel»
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair