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«On nous a fichés comme de vulgaires criminels»

Publié le 22/04/2017, par dans Non classé.

Le chanteur kabyle Oulahlou a été arrêté, mercredi soir, par la police de Tizi Ouzou, en compagnie de ses musiciens, de notre collègue, Djamel Alilat, des membres de Seghru Bande et un militant du MAK.
L’arrestation a eu lieu vers 19h, juste après le gala animé par Oulahlou et le groupe marocain au campus Hasnaoua de l’université Mouloud Mammeri, devant des milliers d’étudiants, à l’occasion du 37e anniversaire du Printemps berbère. Ils ont été minutieusement fouillés avant d’être conduits au commissariat central de Tizi Ouzou, où ils ont été auditionnés et fichés et ont été relâchés 5 heures plus tard.

Djamel Alilat raconte : « Nous nous apprêtions à sortir du campus Hasnaoua, où Oulahlou et Seghru ont animé un gala vraiment exceptionnel, quand nous avons remarqué des personnes qui nous surveillaient.

Une fois dehors, une voiture banalisée nous a collés, puis, devant un barrage de police, le conducteur a klaxonné en faisant signe à un agent du barrage de nous stopper. Après nous avoir minutieusement fouillés ainsi que nos véhicules et confisqué nos papiers et tout objet électronique, la police a arrêté tout le monde, Oulahlou, ses musiciens, les membres de Seghru, un militant du MAK qu’on devait déposer chez lui et moi-même.»

Abus de pouvoir

« Puis, direction le commissariat central. Nous y avons passé plus de 5 heures à répondre, tour à tour, aux questionnaires poussés des officiers. Ils voulaient tout savoir sur nous, surtout sur nos amis marocains. De toute évidence, ils cherchaient à établir des connivences entre Oulahlou, le MAK et le Maroc, vu leurs questions insistantes relatives au MAK. On nous a demandé aussi si nous allions participer à la marche du MAK le lendemain», enchaîne notre interlocuteur.

« A part le militant du MAK, nous leur avions tous expliqué que nous n’appartenions à aucune chapelle politique et que cette initiative d’inviter des Marocains pour se produire avec Oulahlou est vraiment personnelle et entre dans une logique culturelle dont l’objectif n’est autre que de jeter des ponts entre l’Algérie et les régions berbérophones du Maroc», explique notre Alilat.

Khaled Oularbi du groupe Seghru, pour sa part, déclare : « Nous sommes en Algérie dans un cadre tout à fait légal et dans un but purement culturel.»

Les infortunés ont ensuite été fichés comme s’ils étaient des criminels. « Nous avons signé nos dépositions puis on nous a emmenés au sous-sol du commissariat, où nous avons fait l’objet d’un fichage en bonne et due forme, comme si nous étions de vulgaires criminels», relate Djamel Alilat.

Après avoir été escortés à l’hôpital pour la visite médicale d’usage, ils ont été relâchés. A noter que l’appareil photo de notre confrère a été vidé de son contenu vidéo et pictural. « Il s’agit d’un abus de pouvoir caractérisé. Ils n’ont aucun droit d’arrêter des personnes, de surcroît des artistes, arbitrairement et toucher à l’appareil photo d’un jour-naliste professionnel», dénonce-t-il. Il ajoute que « les policiers ont été courtois et corrects avec nous».

« La musique c’est Haram»

Par ailleurs, lors des interrogatoires, certains officiers se sont érigés en gardiens de la morale en osant des questions à caractère religieux, voire salafiste qui sont une atteinte au caractère républicain de l’institution policière. « Tu sais que la musique est haram ?» a lancé un officier à un accompagnateur d’Oulahlou.

Et ce dernier de rétorquer du tac au tac : « Vous savez qu’il y a de la musique dans l’hymne national algérien ?»

Il convient de signaler que cette arrestation n’est pas un cas isolé. Elle vient confirmer la volonté du pouvoir de verrouiller l’espace culturel et la liberté d’expression, à quelques semaines seulement de la vague d’interdictions et d’intimidation à l’encontre des écrivains et hommes de lettres en Kabylie.

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