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«On assiste à une déspiritualisation de l’islam»

Publié le 11/08/2016, par dans Non classé.

Zaïm Khenchelaoui est anthropologue des religions et fin connaisseur du soufisme. Dans cet entretien, il revient sur les derniers attentats revendiqués par Daech en désignant le wahhabisme comme matrice idéologique commune à toutes ces sectes exterminatrices. Le chercheur établit un lien très étroit entre wahhabisme et terrorisme.

« Le wahhabisme, c’est du terrorisme spéculatif», dissèque-t-il. Zaïm Khenchelaoui rappelle que les premières victimes de cette « internationale wahhabite» sont d’abord les musulmans et souligne l’urgence de s’attaquer au discours takfiriste inhérent à cette doctrine et répercuté à travers les mosquées, les chaînes de télévision et internet.

Nous vivons une séquence terrifiante avec ce chaos destructeur qui est en train de ravager le monde sous la bannière de Daech. Vous avez régulièrement pointé du doigt le wahhabisme comme matrice doctrinale commune à toutes ces phalanges mortifères, qu’elles s’appellent Daech, Al Qaîda ou Boko Haram. Pour vous, il est important de ne pas se tromper de diagnostic et de nommer clairement la doctrine wahhabite comme préalable catégorique si on veut sortir de cette spirale de terreur…

Ces désignations sont, en réalité, des franchises d’une même marque de fabrication qui s’appelle le wahhabisme dont il est la matrice, le foyer et le fondement théorique. Toutes ces pratiques déviantes se réclament indûment de l’islam. Mais en vérité, je vous le dis, cette guerre est menée contre l’islam. Et le point commun entre toutes ces organisations criminelles, c’est la doctrine wahhabite.

Ce phénomène ne concerne que ladite secte. On n’a pas vu des sunnites dans le sens orthodoxe du terme se faire exploser, encore moins des soufis. Bientôt va s’écrire dans les larmes et le sang le troisième centenaire de cette nouvelle religion dont la date fondatrice remonte à 1744. Dans son livre Le Pacte de Nadjd (Le Seuil, 2007), l’islamologue tunisien Hamadi Redissi explique très bien comment cette secte s’est substituée à l’islam.

Quant au géopolitologue français Jean-Michel Vernochet, il n’a pas tort de se poser cette question dans son livre Les égarés : le wahhabisme est-il un contre Islam ? (Sigest, 2013). Maintenant, nous sommes face à une Internationale wahhabite qui échappe désormais à tout contrôle. Avec le temps, cette mouvance est devenue une forme de religion autocéphale disposant de son livre sacré : le Tawhid (Kitâb at-Tawhîd de Mohammad Ibn Abd Al Wahhâb, ndlr) qui a supplanté même le Coran.

C’est un livre qui met hors la loi tous les musulmans qui n’adhèrent pas au dogme wahhabite, lequel dogme abomine tous ceux qui croient en cette forme de vénération, de respect et de considération que l’ensemble des musulmans manifestent à l’égard de leur Prophète, et qui, aux yeux des tenants du wahhabisme, constitue une forme de polythéisme blâmable en raison de leur incapacité cérébrale à faire une lecture allégorique qui est largement développée chez les autres obédiences de l’islam, notamment les soufis. L’approche littéraliste et superficielle des wahhabites a même fini par produire une sorte d’anthropomorphisme qui va à l’encontre du principe monothéiste du tawhid dont ils se targuent outrageusement.

Si je devais faire la synthèse de ce phénomène, je le formulerais ainsi : le wahhabisme, c’est du terrorisme spéculatif ; le terrorisme, c’est du wahhabisme opératif. La doctrine de cette secte est basée essentiellement sur le takfir et donc sur l’excommunication de tout le monde, à commencer par les musulmans qui sont les premières cibles à abattre du point de vue wahhabite.

Or, l’islam est pluriel depuis son apparition et cette pluralité constitue un fait historique. Il n’est pas question ici de prêcher une forme monolithique de l’islam ou une lecture unilatérale du Coran. Ces différents courants de pensée ont coexisté et continuent à coexister ; ils ne jettent pas l’anathème les uns sur les autres. Ils ont de ce fait apporté beaucoup de richesse intellectuelle, non seulement à l’islam mais aussi aux traditions judéo-chrétiennes.

Quand on voit les échanges qui avaient eu lieu à Cordoue, à Baghdad ou à Damas, entre les différentes communautés religieuses, même en dehors de l’islam, on se pose légitimement la question : que reste-il de cette coexistence ? Que se passe-t-il aujourd’hui avec cette secte – parce qu’il faut quand même l’appeler par son nom. Je dirais même que c’est la secte la plus dangereuse qu’ait connue l’histoire de l’humanité, et dont on continue malheureusement à en minimiser la portée.

C’est une secte d’autant plus ubiquiste qu’elle est présente partout, non seulement dans nos mosquées mais jusqu’à nos salles de sport. On voit d’ailleurs que le discours religieux ambiant dans le monde arabe est fondamentalement calqué sur cette secte. Donc, lorsqu’un jeune se fait exploser quelque part, il est lui-même une victime, il est programmé, manipulé par l’imam qui prêche le vendredi près de chez nous…

Je ne comprends d’ailleurs pas comment se fait-il qu’on ait mis la secte de scientologie ou encore celle du Temple solaire sur la liste des sectes prohibées en France et pas le wahhabisme. Toutefois, il convient de préciser que cette secte est interdite dans certains pays, comme c’est le cas dans la Fédération de Russie où l’on essaie de protéger l’islam, pas seulement avec des sermons politico-religieux mais aussi par la force de la loi.

Justement, comment empêcher concrètement le wahhabisme d’agir sur les esprits ?

Cela passe par la proscription de leur propagande dont la toxicité n’est plus à démontrer, et qui envahit de plus en plus nos mosquées et rallie davantage nos imams, que ce soit par un livre, un article, un enregistrement sonore ou visuel, un site internet ou quelque autre support que ce soit, pour peu qu’il prêche l’exclusion de l’autre. Je ne parle même pas de terrorisme.

Un jeune, s’il est imbibé de cette culture xénophobe, comment l’empêcher par la suite de mettre en application ce qui lui a été théoriquement inculqué dans le prêche du vendredi ? Une fois qu’il est excité contre telle ou telle communauté religieuse, le mal est fait. Il faut agir en amont, de façon unanime et à l’échelle internationale. Il faut trouver des méthodologies…

Quand je dis proscription, je pense aussi au versant constructif en remettant en valeur les enseignements traditionnels de l’islam qui Lire la suite

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