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On achève bien les sciences sociales

Publié le 14/01/2018, par dans Non classé.

Le processus de liquidation des Sciences sociales et humaines a atteint son stade final avec la mise à mort des centres de recherche et des élites universitaires.
La récente mise à l’écart et avec violence des chercheurs associés du Centre de recherche en économie appliquée et développement (CREAD) illustre de cette politique visant à en finir avec une champ scientifiques dont la mission est hautement nécessaire à la production du sens, à penser l’Etat et la société.

Séparer l’université de la recherche c’est à la fois réduire le champ d’action des chercheurs et priver les centres de recherches et les jeunes chercheurs de la compétence des chercheurs associés qui ont accumulé un savoir immense acquis au long d’une riche cabrrière. Comment l’administration universitaire a-t-elle pu prendre une décision totalement anti-scientifique, celle de se séparer des éminents chercheurs dont certains étaient les fondateurs du CREAD? Une aberration.

Du mépris à l’égard des hommes et de femmes de la pensée. Une liquidation de la mémoire d’un lieu de la recherche. C’est dérouler le tapis pour le règne de la médiocrité qui ne manque pas de gagner des territoires. Comment cette administration peut-elle prendre le risque de couper de la branche la plus intelligente, la plus compétente d’un Centre dont la vocation est d’être la vigie de la société! Les Mourad Boukella, Tayeb Kennouche, Madani Safar Zitoun, Fatma Oussedik, Zoubir Arous, Larbi Ichaboudene, Khelif Ameur et bien d’autres professeurs qui ont consacrer leur vie à penser la société, à expliquer les phénomènes qui la traverse, à ouvrir des pistes d’analyses et proposer des horizons nouveaux sont choqués au plus haut point par la décision d’exclure les chercheurs associés du CREAD. Eux qui ont donné vie intellectuelle et vigueur scientifiques aux rares laboratoires d’idées existants. Le sociologue Madani Safer-Zitoun qui fait partie des de nombreux universitaires qui avaient le choix de rester au pays durant la période sombre des années quatre-vingt-dix et qui ont  » mit les mains dans le cambouis » prédit un avenir pâle pour le CREAD.

 » Il va devenir une usine avec des ouvriers spécialisés, sans âme et sans recherche. Il produira de la marchandise de mauvaise qualité ». Il va rejoindre la liste des autres centres comme le CRASC, le CNRPAH et L’INESG qui moisissent. Ainsi donc et au terme d’une carrière universitaire dédiée à la formation des générations d’étudiants, à diriger des travaux de recherches, d’enquêtes sociales et d’élaboration intellectuelle à accumuler des connaissances, le ministère de l’Enseignement supérieur -via son administration – n’a pas trouver mieux pour les « récompenser» que de les confiner dans leur seul amphithéâtre. En attendant de les voir partir à la retraite le plus tôt possible. L’administration universitaire semble être pressée de voir ses aiguilleurs de la société quitter les lieux.

Rien de plus étonnant d’une administration qui n’a de cesse de leur infliger une violence multiforme. Une administration qui dans un langage policier somme des chercheurs de faire leur cartons séance tenante n’est pas digne du lieu qu’elle dirige. Elle ne peut se réjouir d’une telle forfaiture. Traiter des figures universitaires de haut rang à l’intérieur même d’un centre de recherche est la pire des violations des franchises universitaires.

Une suprême atteinte au savoir, à la connaissance et à la pensée. Cette forfaiture n’est pas un acte isolé. Elle participe d’une politique plus globale dont l’objectif est de caporaliser l’université, de dévitaliser la recherche et à terme en finir avec la pensée critique. La finalité est priver la société d’une élite universitaire autonome. Une bien meilleure manière de soumettre les espaces libres.

Figure universitaire rebelle, Khaola Taleb-Ibrahim est à ce titre formelle.  » les autorités politiques ne veulent pas d’une élite pour le pays. Elles refusent de donner à l’université son rôle de production intellectuelle et autonome et d’être la vigie de la société». Réduite à leur plus simple expression, les sciences sociales et humaines est devenue le maillon faible dans la chaîne universitaire.

Le parent pauvre de la recherche. Discréditées, dévalorisées et malmenées, le champs universitaire qui couvre les sciences sociales et humaines ont subi une une politique de désertification. Elles sont classées en bas de l’échelle des sciences. « Les centres de recherches et l’université sont devenue de terre en jachère » a cinglé le grand sociologue Tayeb Kennouche. « Nous assistons à une marchandisation de la société.

La mise à mort du CREAD c’est nous dessaisir de la société algérienne. Se passer des sciences sociales et humaines c’est accepter de ne plus se penser soi-même, c’est priver la société de penser par elle-même, c’est laisser la mission aux autres de penser à sa place», brocarde-t-il. Ceux qui président à la mise en place des politiques universitaires doivent être interpeler par cet état de fait. Ils doivent prendre conscience de l’urgence à replacer sciences sociales au cœur du projet politique nationale et faire confiance aux chercheurs nationaux. Estimer que les sciences sociales n’ont pas d’utilité s’est commettre une grave erreur stratégique.

Point de développement sans elles. Les contre-performances, le cafouillage dans lequel s’enferrent des responsables politiques et surtout leur incapacité à mettre en place des politiques publiques fiables et efficaces sont dues en grande partie à leur refus d’écouter ce que disent les chercheurs, à ne pas prendre en compte les enquêtes sociales produites dans différents domaines.

Peut-on comprendre ce qui se passe dans la Vallée du M’Zab sans lire les travaux d’une fatma Oussedik, peut-on lutter contre le désastre de l’économie informelle sans suivre les recommandations d’un Mourad Boukella ou bien comprendre la problématique linguistique sans associer Khaola Taleb-Ibrahim? Pour le sociologue Zoubir Arous,lui aussi concerné par la décision du CREAD  » il s’agit de la remise en cause d’une stratégie et d’une philosophie de la recherche qui avait pour mission de produire du savoir au profits des grandes questions de la société. Sans la recherche, les pouvoirs publiques ne peuvent élaborer des politiques efficientes.

Pour de processus de développement. Cette mise à mort nous rappelle celle des années soixante-dix qui nous a conduit à la terreur des années quatre-vingt-dix. » Cinglant rappel. Lire la suite

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