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«On a mis en place plusieurs mécanismes pour permettre à l’élève de mieux réagir»

Publié le 22/11/2017, par dans Non classé.

– De plus en plus d’élèves ont recours aux cours particuliers. Cela révèle-t-il d’un besoin de remédiation non satisfait par l’école ?

La pratique des cours particuliers n’est pas un phénomène récent en soi. Il prend, comme partout dans le monde, une dimension sociale plus importante, sur un plan quantitatif, à telle enseigne qu’on parle actuellement de l’émergence d’un marché relatif au soutien scolaire, que ce soit en résidentiel ou à distance, par le biais d’internet.

Il est inquiétant quand il relève d’un déclassement des instances légales et légitimes de l’éducation et de la formation des populations d’élèves, allant jusqu’à porter atteinte au principe sacro-saint de la gratuité de l’éducation, droit reconnu dans notre Constitution.

Il s’agit de cadrer l’activité et de la circonscrire dans un cadre légal et dans le respect de l’éthique éducative et de la législation en vigueur dans le domaine de l’activité commerciale dans notre pays, étant donné qu’à la base, il s’agit d’une prestation payante, soumise ou à soumettre à des règles de travail, comme cela se déroule partout dans le monde.

Ceci peut être aussi considéré comme une évolution positive dans les aspirations légitimes des familles algériennes à assurer non plus une simple scolarité, mais beaucoup plus, c’est-à-dire une réussite optimale à leurs enfants. C’est en ce sens que nous pouvons comprendre cette tendance dont les raisons sont multiples et multiformes : pour la majorité, les cours de soutien sont perçus comme une aide aux enfants dont les parents ne peuvent pas assurer, par faute de temps ou par indisponibilité, le suivi de leurs études. Faire appel à un soutien spécialisé peut être perçu ainsi.

Au niveau du ministère, on a mis en place plusieurs mécanismes pour permettre à l’élève de mieux réagir quand il est en face de difficultés d’apprentissage, puisqu’un volume horaire destiné à la pédagogie de soutien et à la pédagogie de remédiation est assuré par l’institution scolaire. En outre, le ministère, par le biais d’experts et de professionnels nationaux, a mené une étude depuis l’année dernière sur les réponses des élèves aux examens nationaux, centrés sur les langages dits fondamentaux : la langue arabe, les mathématiques et la langue française.

Cette étude a permis de recenser une masse importante d’erreurs. A partir de ce diagnostic, une typologie a été réalisée et pour chaque type d’erreur, des fiches pédagogiques de remédiation ont été conçues pour permettre à chaque enseignant de répondre de manière efficace à des situations d’accumulation, voire de fossilisation de dysfonctionnements relevant, généralement, des processus d’apprentissage.

L’ensemble des fiches de remédiation constitue un parcours personnel et un traitement différencié de chaque élève, constituant ainsi son « port-folio», document d’accompagnement du parcours de chaque élève. Le plan national stratégique de formation, qui sera mis en place par le ministère, s’appuie sur une démarche diagnostique rigoureuse, centrée, entre autres, sur ce genre de difficultés des élèves et de palliatifs trouvés par des parents.

L’école publique a pour mission non seulement d’assurer la scolarité mais de garantir la réussite. Seule une telle entreprise basée sur le qualitatif et la professionnalisation des personnels de l’éducation par la formation, telle que nous sommes en train de la construire actuellement, est en mesure de réduire et diminuer le recours à ce genre de pratique.

– Ces dernières années, les cours de soutien chez des particuliers sont proposés même pour les élèves du primaire. La surcharge des programmes est citée comme étant un des facteurs poussant les parent à chercher ce « soutien». Qu’en pensez-vous ?

Les programmes algériens ne sont ni surchargés, ni sous-chargés, ils restent dans les standards internationaux en termes d’objectifs, de contenus et de méthodes; par contre, le temps scolaire, dans son ensemble, est appelé à s’adapter encore plus auxdits standards en matière de stock de semaines d’enseignement qui est de 36 semaines. Il s’agit moins d’une surcharge pédagogique que d’un enseignement massé.

Encore que celles et ceux qui parlent de programmes surchargés n’hésitent à assurer des cours particuliers à leurs enfants, dans des conditions matérielles loin des normes requises pour n’importe quel établissement public en Algérie. Les cours de soutien sont minimes dans le cycle primaire et pour les niveaux intermédiaires. Par contre, ils sont enregistrés massivement pour les classes d’examen, celles préparant les élèves à des évaluations certificatives, telles que la 4e AM et la terminale.

De par son histoire, l’Algérie véhicule une frustration historique, liée à la période coloniale et au processus de démantèlement de ses cadres et élites traditionnels. L’école algérienne dans ses fondements est nationale, équitable, publique, obligatoire et républicaine. Il y a un principe de redevabilité historique en matière d’éducation.

Les cadres du ministère sont conscients que seule une démarche, portée par des indicateurs de qualité, est en mesure de recadrer sur ce qui fonde l’école et ses missions de base : la pensée scientifique, l’équité et la citoyenneté. Sur ce point et sur d’autres, il y va aussi de la responsabilité de toutes et de tous.

– Pourquoi le ministère et ses différentes directions n’ont pas réussi à éradiquer le phénomène ? Des enseignants proposent des cours payants le soir à leurs propres élèves.

C’est une dérive, c’est vrai ! Car l’éthique impose à un enseignant de ne pas proposer des cours payants à ses propres élèves. Nous ne pouvons agir que sur les questions d’éthique liée à la pratique enseignante. Il est aussi du devoir des partenaires sociaux, surtout les syndicats, de faire pareil. Nous inscrivons dans nos cours de formation continue les questions d’éthique dans le cadre de la Charte d’éthique du secteur de l’éducation.

Le ministère n’a pas pour mission de contrôler l’activité pédagogique en dehors des établissements publics et privés, agissant dans un cadre formel et légal. En dehors de cette configuration, l’activité relève de l’informel et par conséquent du registre du contrôle commercial, lequel est adossé à des missions dont sont redevables d’autres secteurs et acteurs de l’activité nationale, dans ses segments d’enseignement et de formation.
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