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Octobre 1988, une histoire qui reste à écrire

Publié le 05/10/2017, par dans Non classé.

Il y a 29 ans jour pour jour, l’Algérie était ébranlée par le soulèvement populaire d’Octobre 1988. Près de trois décennies après cet événement majeur, force est de constater que très peu de choses, à bien y regarder, ont été écrites sur cette séquence décisive de notre histoire contemporaine.
Nous devons noter également que très peu de films, de documentaires, de romans, d’essais, de pièces de théâtre, d’œuvres visuelles, se sont emparés de ce matériau incandescent. Mais fort heureusement, il n’est pas dit que l’histoire a livré son verdict sur cet épisode crucial. Des documents, des archives viennent de temps en temps lever le voile sur un pan de ces événements.

De nouvelles pièces, de nouveaux récits, viennent alors compléter cette histoire en pointillés et rafraîchir la mémoire collective à l’endroit de ce moment fondateur. C’est ainsi que, grâce à l’historien Daho Djerbal, nous avons pu mettre la main sur un précieux document qui vient apporter un nouvel éclairage sur l’insurrection d’Octobre 1988.

Intitulé Bulletin de Liaison n°1, ce document se veut un organe d’information autonome réalisé par le Comité de coordination inter-universitaire (CCIU) de la Région Centre dans le feu des convulsions de ce remuant automne 1988. Ce comité est issu d’une assemblée générale qui s’est tenue le 17 octobre 1988 à l’Université des sciences et de la technologie Houari Boumediène (USTHB) de Bab Ezzouar, l’un des campus les plus actifs tout au long de ces folles journées.

« Soustraire le combat démocratique aux manipulations du pouvoir»

Ce comité inter-universitaire comprenait principalement les enseignants de l’Algérois (Alger, Bab Ezzouar, Blida, Boumerdès, Tizi Ouzou). Dans un texte de présentation, les auteurs précisent à propos de cet organe : « Ce bulletin répond à un besoin d’information souvent exprimé aussi bien par les universitaires que par un très grand nombre de citoyens soucieux de savoir ce qui se passe effectivement dans ce pays et d’être au fait des actions qui sont menées pour que se concrétise la démocratie».

Et d’insister sur l’attachement de la société algérienne à l’idéal démocratique et sa détermination à préserver la dynamique en cours de toute velléité de manipulation de la part du régime : « Depuis le soulèvement populaire du 5 Octobre et le déchaînement de la répression qui l’a suivi, la société algérienne, encore en état de choc, exprime partout sa volonté d’accéder au combat pour la démocratie.

Elle entend se l’approprier, l’assumer pour son propre compte, pour le soustraire aux manipulations politiciennes du pouvoir qui prétend en orchestrer les montées et les chutes par le jeu des appareils d’information et de propagande dont il s’obstine à se réserver le monopole». Les rédacteurs ajoutent que ce canal « se propose aussi d’être un organe de liaison entre toutes les forces démocratiques au sein de la communauté universitaire et œuvrer pour leur rassemblement afin que la formidable espérance née des manifestations d’Octobre devienne réalité grâce à nos luttes quotidiennes».

Manif’ des lycéens d’El Harrach et premières barricades à Bab El Oued

Le bulletin dresse une chronologie détaillée des événements depuis le début des émeutes. Les auteurs rappellent au préalable que « cette explosion populaire a été précédée pendant tout l’été 1988 de mouvements de colère de la population dans plusieurs villes du pays (Tazmalt, Mostaganem, Béjaïa, Sétif…) mais aussi par des mouvements de grève dans plusieurs entreprises du pays (SNVI Rouiba et zone industrielle d’Alger).

Ces signes avant-coureurs ont culminé dès la fin du mois de septembre par le mot d’ordre de grève générale pour le 5 Octobre 1988». Le 4 octobre, tous les signaux sont au rouge. La situation sociale dans la capitale est explosive : « Dès le début de la journée, une angoisse palpable règne sur Alger. En fin de matinée, les lycéens d’El harrach sortent dans la rue et sont violemment réprimés par les forces de l’ordre.

Dans la soirée, des manifestations éclatent dans les quartiers de Bab El Oued, Chevalley, Fougeroux, Climat de France ainsi qu’à Bachdjarrah. Cette nuit, la première barricade a été dressée à Bab El Oued avec un camion du service de nettoiement. Les heurts avec les forces de l’ordre sont très violents (utilisation de gaz lacrymogènes) et durent jusqu’à l’aube. C’est au cours de cette journée que les premières arrestations sont opérées», indique le document. Ainsi, lorsque le jour se lève en ce mercredi 5 octobre 1988, Alger était déjà sur un baril de poudre.

« Le mouvement s’étend à d’autres quartiers de la capitale (El Biar, Bouzaréah, Ben Aknoun, Alger-Centre, 1er Mai, Belcourt, Hussein Dey, El Harrach, Kouba) et à plusieurs villages de l’Algérois (Dély Ibrahim, Boufarik, Blida, Aïn Taya, Bordj El Bahri, Chéraga, Aïn Benian, Staoueli…). Les manifestants détruisent sur leur passage tout ce qui symbolise 1’Etat, la répression, l’arbitraire, les pénuries et le luxe (ministères de l’Education et de la Jeunesse et des Sports, commissariats de police, kasmas, Souks El Fellah, Galeries, Riad El Feth, ainsi que certains magasins privés de luxe). Ce jour-là, les premiers morts de l’intifadha sont signalés».

« L’armée tire sur la foule»

Le Bulletin poursuit en faisant l’inventaire des villes et des quartiers embrasés ainsi que le bilan des morts et des blessés. L’état de siège est décrété dès le 6 octobre. L’armée tire dans le tas. C’est le choc. « De grosses manifestations et de violents accrochages ont lieu vers 10h dans le centre-ville (Didouche Mourad, Mohamed V) et vers 12h à Belcourt et la place du 1er Mai. La police (commissariat de la rue Robertsau) et des francs-tireurs (rue Ferhat Boussad) tirent sur les manifestants.

Devant l’ampleur de l’intifadha, l’état de siège est instauré dans Alger et l’Algérois et l’armée encercle les quartiers populaires et protège les quartiers résidentiels dès le début de l’après-midi. A El Biar, vers 17h, un char tombe en panne et les soldats tirent sur les manifestants ; 2 morts sont dénombrés et le bilan s’alourdit d’heure en heure dans tous les quartiers de la ville. En effet, l’armée tire sur la foule qui tente d’incendier le magasin Districh de la place des Martyrs».

Le 7 octobre, après la prière du vendredi, « deux marches silencieuses partent de Bab El Oued et de Belcourt vers l’hôpital Mustapha pour Lire la suite

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