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«Nous vivons dans un système né dans la violence, maintenu par la force et perpétué par la manipulation des scrutins»

Publié le 26/09/2017, par dans Non classé.

Responsable au sein de la Fédération de France du FLN durant la Guerre de Libération nationale, avocat, ancien membre du HCE (Haut comité d’Etat), instance présidentielle née après la démission du président Chadli, Me Ali Haroun trouve indispensable de revenir à l’histoire pour comprendre la situation d’impasse dans laquelle se trouve le pays. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il argumente en revisitant les événements à la veille de l’indépendance, et juste après…
– Comment un pays comme l’Algérie, avec ses ressources naturelles et humaines, qui a fait une Révolution historique, puisse se retrouver aujourd’hui dans une situation d’impasse ?

Certes, notre pays a mené une guerre de libération qui marquera l’histoire. On ne peut en dire autant de la période post-indépendance. D’où la situation d’impasse que vous évoquez. Pour comprendre le présent, il est indispensable de revisiter le passé.

Au risque de paraître radoteur, je rappelle encore une fois la fracture fondamentale du Congrès de Tripoli, le 6 juin 1962, fracture qui a disloqué un consensus national édifié par sept années et demie de sacrifices d’une intensité rarement atteinte dans d’autres pays. Sans doute de 1954 a 1962 l’intégralité du peuple ne s’est-elle pas rassemblée sous les plis du FLN et les administratifs invétérés, les harkis, la  » Troisième force» et les résidus du MNA, sont demeurés hors du consensus national.

Mais la Révolution « lancée dans la rue», selon l’expression de Larbi Ben M’hidi, a été reprise à bout de bras par la très grande majorité des Algériens, unis dans l’action et convaincus de sa victoire. Par la vertu de ce consensus, le colonialisme est vaincu et l’indépendance conquise.

Au-delà des ressources humaines et des richesses naturelles, c’est une volonté générale tendue vers le même but qui a permis le succès de cette action inimaginable, conçue par le « CRUA» (Comité révolutionnaire d’unité et d’action, ndlr), décidée par les « 22» et entreprise par les « 6». Ce consensus, brisé le 6 juin 1962 et jamais rétabli explique, s’il ne justifie pas, cette situation d’impasse.

– On ne voit pas très bien le lien entre la cassure dont vous parlez et l’état de notre pays 55 ans plus tard…

Pour mieux saisir ce lien, il conviendrait d’en rappeler avec plus de détails les motivations occultées par les pouvoirs successifs et que la génération actuelle semble ignorer. Après le cessez-le-feu et à la veille de l’indépendance, le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), organe suprême du FLN, se réunit à Tripoli (Libye) pour définir le programme idéologique et décider de la « Direction» (ou Bureau politique) du parti unique de l’Algérie naissante.

Ces décisions doivent être prises lors d’un Congrès extraordinaire, dont le président est Mohamed Benyahia, assisté de deux vice-présidents : Omar Boudaoud et Ali Kafi. La séance est ouverte le 28 mai 1962 à 9h30. Après avoir discuté de la « Plateforme» dite alors projet de Hammamet, qui est adoptée à l’unanimité par 69 voix, soit 52 membres présents et 17 représentés, l’on passe à la désignation des membres du « Bureau politique» qui devait constituer après ce vote l’Autorité suprême jusqu’au prochain congrès (article 28 des statuts du FLN).

Dans sa séance de nuit du 3 juin, l’assemblée désigne la commission chargée de « déterminer les prérogatives (du Bureau politique) et de désigner les personnes (qui le composent)». Sur proposition de Bentobbal, elle comprend Hadj Benalla, Mohamed Benyahia, Omar Boudaoud et Kadi Mohamed (Boubekeur). Présidée par Benyahia, elle est chargée de procéder aux « consultations» pour proposer à l’assemblée plénière une liste susceptible de recueillir l’adhésion des deux tiers des votants.

Cette majorité qualifiée des deux tiers, de même que le vote à bulletin secret concernant la désignation des membres du CNRA sont exigés par les statuts du FLN (articles 29 et 26). Cette commission de « sondages» a entendu, individuellement, chacun des participants, recueilli ses observations, noté ses propositions. Mais, dans les couloirs, l’ambiance, surchauffée, se détériore au fur et à mesure que les rumeurs de mésentente entre Ahmed Ben Bella et ses amis, d’une part, le GPRA de l’autre, se répandent et se précisent.

Il est vrai que parmi cette cinquantaine d’hommes venus des maquis, de la clandestinité, des prisons ou des camps, alors réunis pour une décision de la plus haute importance historique et dont beaucoup se rencontraient pour la première fois, il n’était pas évident de parvenir à une compréhension et entente immédiates.

Les événements de l’année précédente avaient en effet engendré, entre le GPRA et l’état-major général, une grave opposition et Ben Bella, vice-président du GPRA, semblait convaincu du bien-fondé de ces accusations contre le président et ses ministres, spécialement les « Trois B» : Belkacem Krim, Abdelhafid Boussouf et Abdallah Bentobbal. Si l’on y ajoute les dissensions, qu’une longue détention commune avait rendues inévitables, l’on comprend aisément l’existence de groupes distincts et opposés.

Par contre, ce qui n’était plus un secret pour personne, c’était la franche adversité opposant Ben Bella à Boudiaf, parvenue à un point de non-retour. Un soir, Ben Bella demande à voir un membre de la Fédération de France du FLN. Mes amis me proposent. Nous nous retrouvons dans une chambre de l’hôtel « El Mehari». La discussion se poursuit tard le soir. Il m’explique que sa proposition d’une liste de cinq plus deux (les cinq détenus d’Aulnoy, plus Hadj Benalla et Saïd Mohammedi) pour constituer le Bureau politique est la mieux placée pour parvenir aux deux tiers des voix.

Le bon sens commandait cependant que l’on ne pouvait, décemment, éliminer de la première direction de l’Algérie indépendante les trois hommes qui furent, ces dernières années, les véritables meneurs de la Révolution et leur exclusion aurait constitué non seulement une ingratitude manifeste, mais encore une grave erreur aux conséquences susceptibles d’ébranler les fondations initiales de notre futur Etat. Du moins, le pensais-je.

Aussi me paraissait-il nécessaire d’adjoindre, aux « Cinq», Krim, Boussouf et Bentobbal qui, malgré toutes les critiques encourues (la mort de Abane Ramdane, leur neutralisation réciproque et son impact négatif) avaient, au travers des dangereuses tempêtes essuyées, mené le bateau « Algérie» à bon port.

Nous accostions aux rivages de l’indépendance et il ne semblait pas concevable qu’un homme qui, pour des raisons Lire la suite

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