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«Nous soupçonnons des pratiques de surfacturation»

Publié le 14/02/2017, par dans Non classé.

– Avec une facture de 8,3 milliards de dollars, la Chine a terminé 2016 en tant que premier fournisseur commercial de l’Algérie pour la quatrième année consécutive. Pourquoi l’Algérie importe-t-elle autant de produits de ce pays asiatique ?

D’abord, il y a un contexte mondial. On s’inscrit dans les exportations mondiales de la Chine et ce pays a détrôné depuis trois ou quatre ans l’Allemagne sur le plan mondial. Dans ces conditions, pour nous c’est un phénomène naturel. Si des importateurs algériens se sont adressés à la Chine, c’est parce que ce pays a montré une grande offensive mondiale.

Nous importons pratiquement tout de Chine parce que ce pays est devenu l’atelier du monde. A titre d’exemple, l’automobile, la téléphonie mobile et les produits électroménagers grand public représentent un très grand segment des importations du pays. Il y a aussi le rapport qualité-prix qui est plus avantageux, même si la Chine est confrontée à une forte concurrence turque, notamment en matière d’habillement.

Ceci dit, en Chine il y a des produits originaux et des produits contrefaits. Aujourd’hui, la contrefaçon constitue une niche de la compétitivité chinoise. Actuellement, il y a beaucoup de différends entre l’Union européenne et la Chine en matière de lutte conte la contrefaçon sur le textile et l’habillement. Au-delà des produits importés, c’est surtout leur médiocre qualité qui constitue un danger pour la santé du consommateur. Nous constatons que le marché algérien est inondé de produits chinois contrefaits. Et, pire encore, il n’y pas de garde-fous ni de garanties.

En Europe, le phénomène de la contrefaçon chinoise est pris en charge car il y a des sociétés de contrôle à l’origine. En outre, il y a beaucoup de produits chinois importés qui transitent par Dubaï via une zone franche de très grand trafic. La question du paiement des importations transitant par Dubaï reste une énigme. Il y a deux flux : l’un est physique et l’autre financier. Dans le cas du flux financier, on commerce beaucoup avec Dubaï. Quand il y a ce phénomène-là, ce n’est pas normal ! Est-ce que ces paiements sont effectués en Chine ou à Dubaï ?

Nous soupçonnons des pratiques de surfacturations. Je dois aussi souligner qu’avant 2016 on n’avait pas un éclairage sur les opérations du commerce extérieur en Algérie. On avait seulement 6000 sous-positions tarifaires. Mais, avec le nouveau tarif douanier, intervenu en septembre dernier, on est passé à 15 940 sous-positions tarifaires. Une première depuis l’indépendance. Ce n’est que maintenant qu’on va avoir un éclairage exhaustif.

– La Chine est le partenaire avec lequel l’Algérie enregistre un déficit commercial chronique depuis plusieurs années. Pourquoi, d’après vous, les exportateurs algériens n’arrivent pas à se positionner sur le marché chinois ?

Les Chinois importent d’Algérie surtout de la matière première dont des huiles acides et des déchets de cartons. Nous avons des possibilités d’exportation de produits agricoles, notamment de la datte vers ce pays où vit une grande communauté musulmane. Mais les exportateurs algériens de produits agricoles sont confrontés à un sérieux problème : ils (Chinois) demandent à ce qu’il y ait une convention bilatérale pour l’accès des produits agricoles algériens en Chine.

Actuellement, les produits agricoles transformés sont interdits d’accès. Nous avons saisi par écrit le ministère de l’Agriculture, mais il n’y a aucun écho. Or, on devrait automatiquement appliquer le principe universel de la réciprocité, c’est-à-dire interdire l’entrée des produits agricoles chinois. Si on avait adopté ce principe, les Chinois auraient vite réagi. Je considère qu’il y a une négligence au niveau du ministre de l’Agriculture. Il n’y a pas de doute, la relation commerciale entre les deux pays est à sens unique.

– Ne pensez-vous pas qu’il faudrait définir une nouvelle stratégie d’exportation hors hydrocarbures, notamment en termes d’accompagnement, de soutien et d’allégement des procédures bureaucratiques ?

On en est encore loin ! A mon sens, on n’a pas posé les vrais problèmes. Ceux-ci ont été contenus un peu dans la stratégie industrielle de 2007, mise en place par Abdelhamid Temmar. Exporter, c’est d’abord la connaissance de la demande mondiale. Un pays, c’est comme une entreprise. Dans le cadre de la chaîne des valeurs, quels sont les avantages comparatifs que le pays s’insère ?

La question fondamentale est de savoir quels sont les métiers mondiaux d’un pays. Soit bâtir à partir d’une industrie existante ou des atouts existants, soit aller vers une industrie qui n’est pas encore née mais qui irait vers une demande mondiale dynamique. A titre d’exemple, dans le secteur gazier, il y a un produit dérivé qui s’appelle l’éthane avec lequel on peut avoir par vapocraquage d’autres produits dérivés (éthylène et propylène). C’est une industrie en amont décisive pour la compétitivité des produits plastiques.

L’Algérie importe en moyenne 1,2 milliard de dollars de dérivés de plastiques. Si on s’insère dans cette vision globale, l’Algérie, grâce à la matière première, peut attirer des investisseurs et faire de la plasturgie son métier. Pour les produits agricoles, le pays a aussi les conditions nécessaires pour l’exportation, notamment vers la partie européenne.

La vision stratégique consiste à bâtir sur des filiales préalablement identifiées sur la base d’analyses. Or, actuellement la vision du gouvernement est figée et ce n’est pas le bon chemin. Récemment, le PDG du groupe Sonatrach affirmait qu’il n’y aura pas de pétrole en 2040-2050. Ça serait dramatique pour le pays ! Comment allons-nous vivre, sachant que l’essentiel des revenus proviennent des hydrocarbures ? C’est inimaginable alors qu’on n’a pas encore construit des instruments alternatifs. Lire la suite

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