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«Nous sommes en état d’urgence économique et sociale»

Publié le 05/06/2016, par dans Non classé.

Dans cet entretien, l’expert Mohand Amokrane Cherifi estime que les réponses techniques sont insuffisantes face à la situation de crise qui prévaut et que seul le « primat du politique peut en venir à bout».
L’Algérie est confrontée à une baisse durable de ses recettes pétrolières. Les mesures du gouvernement, l’austérité à court terme et l’adoption d’un « nouveau modèle économique» permettront-elles de faire face à la situation ? Y a-t-il danger en la demeure ?

Cette question comme celles qui suivent sont centrées sur nos problèmes économiques et sociaux dans un contexte de chute des recettes pétrolières et sur la capacité du système à y répondre. S’agissant d’une crise systémique et multidimensionnelle qui touche de nombreux pays, il est communément admis que les réponses techniques sont nécessaires mais insuffisantes, car seul le primat du politique peut en venir à bout.

Ce fut l’un des premiers enseignements que j’ai reçu de notre défunt président Hocine Aït Ahmed, en ajoutant à cette vérité première que l’enjeu du combat pour un développement durable exige le primat des citoyens sur la politique afin que cette dernière reflète effectivement les choix démocratiques de la société. Je voudrais en même temps souligner que mon intention n’est pas de sous-estimer les difficultés ni de les surestimer, mais de parler vrai en apportant un éclairage sur cette situation complexe résultant de causes internes et de facteurs externes sur lesquels le pays n’a pas prise.

Ceci dit, l’Algérie n’est pas le seul pays à connaître une baisse de ses recettes pétrolières. Ce qui différencie l’Algérie des autres pays pétroliers, c’est la politique économique et financière menée avant et pendant cette chute des prix des hydrocarbures. Avant, certains pays, pas tous, ont anticipé cette baisse des ressources et ont pris un certains nombre de dispositions : diversifier leur économie, assurer des placements judicieux de leurs fonds à travers des achats d’actifs à l’étranger, ou comme c’est le cas de l’Algérie, constituer des réserves pour combler des déficits budgétaires conjoncturels.

Malheureusement, notre pays n’ayant pas pu ou su diversifier à temps l’économie, risque de voir ses réserves vite épuisées si la tendance des marchés pétroliers n’est pas à la hausse dans un proche avenir. Cela étant, les pays pétroliers qui continuent à dépendre du pétrole ne sont pas tous sous la pression de leur population, comme c’est le cas de notre pays. Une analyse des désordres sociaux qui agitent ces pays a montré que les régimes démocratiques ont pu maîtriser la situation à travers des institutions réellement représentatives et des débats citoyens.

L’austérité y est acceptée parce qu’elle se traduit par une allocation équitable et transparente des ressources en préservant les catégories sociales les plus démunies. De plus, ces pays ne connaissent pas de scandales de corruption ou de détournement de la rente qui alimentent la défiance des populations à l’égard de leurs dirigeants. Y a-t-il pour autant un réel danger pour notre pays ? Cela dépendra du choix que l’on fera :

– soit compter sur le capital international à travers l’endettement extérieur et les investissements directs étrangers, ce qui reviendrait à se dessaisir du pouvoir économique, à brader les ressources nationales sans perspective d’un développement autocentré, en un mot hypothéquer la souveraineté nationale sans espoir de changement. C’est un choix risqué pour l’Algérie.

– Soit compter sur les potentialités nationales publiques et privées et le soutien de la population à travers la démocratisation accélérée du système de gouvernance, ce qui sauvegardera l’indépendance nationale, ses ressources et sa souveraineté, avec une austérité librement consentie. Cela revient à redonner le pouvoir effectif à la population à travers ses représentants démocratiquement élus.

Cette option considère l’investissement étranger comme un complément minoritaire et non comme un substitut majoritaire à l’investissement public et privé national, en l’orientant vers des secteurs et des régions à développer avec des obligations d’intégration, de formation, de transfert de technologie et un bilan devises positif. Le choix du compter sur soi pour surmonter la crise actuelle et construire ensemble l’avenir doit en principe réunir le plus large consensus.

Dans une telle optique, tout modèle économique qui ne prendrait pas en considération cette option risque d’être perçu comme antinational, voire antisocial. Surtout s’il est adopté sans consultation des principaux acteurs politiques et ceux de la société civile. C’est en cela que la démarche participative, neutre et sans exclusive, de reconstruction du consensus national, que nous avons initiée pour élaborer un projet commun fondé sur la démocratie et l’Etat de droit, qui rassemble les algériens et reflète leurs aspirations, prend tout son sens aujourd’hui et devient incontournable.

Le pouvoir, et avec la baisse des ressources, sera-t-il en mesure à la fois de satisfaire les besoins sociaux, de diversifier l’économie et de créer des emplois ?

Ce sera difficile, pour ne pas dire impossible. Sans sous-estimer ni l’engagement ni la capacité des hommes en charge des différents secteurs d’activité, aucun programme économique et social ne pourra aboutir aux résultats escomptés sans un changement du système actuel de gouvernance, que je considère inadapté aux aspirations et à l’évolution de notre société, car non décentralisé et non participatif.

Il ne faut pas s’attendre à des transformations économiques et sociales rapides et profondes sans participation effective de la population. Comme le système actuel ne fixe pas de cap clair dans ce sens, tout laisse penser qu’il est à la croisée des chemins et qu’il ne sait pas encore quelle direction prendre, vers la gauche sociale ou vers la droite libérale, quelle vitesse adopter et quels changements sont nécessaires pour être en phase avec la société qui avance et le monde qui progresse.

Dans tous les cas, une des grandes actions à entreprendre est l’appropriation de l’Etat par les citoyens. Tant que les citoyens réduits à l’état d’assistés percevront l’Etat comme n’étant pas le leur, leurs besoins et leurs revendications ne cesseront pas et seront difficiles à satisfaire à l’avenir. Car sans implication des citoyens dans la gestion du pays et l’allocation des ressources, à travers leurs représentants démocratiquement élus à tous les niveaux de décision, il sera difficile d’obtenir leur adhésion à des programmes d’austérité Lire la suite

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