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«Nous devons favoriser l’émergence de grands partenariats politiques»

Publié le 25/03/2018, par dans Non classé.

Figure politique et diplomatique de premier plan, l’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, sera à Alger demain pour un séjour de trois jours. A cette occasion, il a accordé à El Watan une interview dans laquelle il décrypte les principales problématiques qui agitent le monde.

Du Moyen-Orient plongé dans une instabilité sans fin, au bouleversement des rapports de forces internationaux en passant par le terrorisme et la violence qu’il sème partout.

Farouche défenseur de la paix et pourfendeur de la guerre, l’homme au célèbre discours à l’ONU en 2003 exprimant la forte opposition de son pays à une intervention militaire en Irak voulue par les néoconservateurs américains, de Villepin dit combien cette guerre a ouvert un nouveau cycle dans le désordre mondial.

A contre-courant de la doxa interventionniste, l’ancien chef de la diplomatie française sous Jacques Chirac reste l’une des voix – rares – qui résistent à l’empire de la guerre. « La guerre n’engendre que la guerre. Seule la politique est susceptible de créer des mécanismes de stabilité durable et efficace», défend-il. Il plaide la fin de l’humiliation des faibles par les puissants.

C’est en prophète de la paix qu’il sillonne le monde pour prêcher le pacifisme et le règlement politique des conflits. C’est le sens de son voyage en Algérie, où il donnera une conférence mardi sous le thème « Réconcilier les silences : donner sa parole pour la paix».

Vous effectuez un voyage en Algérie. Que représente ce pays pour l’ancien chef de la diplomatie française ?

C’est une relation qui ne se compare à aucune autre, faite de passions et de malentendus, ainsi que d’une histoire commune douloureuse. C’est aussi pour moi un souvenir précis, celui de la visite de Jacques Chirac à Alger et Oran en 2003 et de l’immense accueil qui lui fut réservé, et qui faisait écho à son déplacement de 2001 venu assurer les victimes de Bab El Oued du soutien et de la solidarité de la France.

Cette solidarité naturelle entre nos deux peuples, elle avait été aussi démontrée, lorsque j’étais ministre des Affaires étrangères, sur la question de l’Irak : la France et l’Algérie y ont affirmé un même refus de la guerre.

Quelle appréciation faites-vous des relations entre l’Algérie et la France ; sont-elles à la mesure des multiples défis auxquels font face les deux nations ?

C’est une relation qui touche toutes les dimensions de notre vie. Elle comporte une forte dimension humaine, avec un grand nombre de Franco-Algériens qui chérissent la double culture. Une dimension économique, bien sûr, alors que nos deux pays sont deux partenaires essentiels l’un pour l’autre.

Une dimension sécuritaire également, l’Algérie représentant un partenaire majeur dans la lutte contre le terrorisme. Je pense néanmoins que ces relations pourraient être renforcées, à l’heure où nos deux pays font face à des défis partagés : terrorisme, migration, diversification industrielle sont autant de sujets sur lesquels nous avons tout intérêt à construire des propositions conjointes, car ils nous concernent de part et d’autre.

Comment les élites politiques françaises (gauche et droite) perçoivent l’Algérie et sa relation avec la France ?

Je crois qu’on a encore tendance aujourd’hui à la percevoir comme une relation compliquée, faite d’un mélange paradoxal de passion sincère et d’inimitiés récurrentes.

Même si elle s’est beaucoup apaisée, la relation entre nos deux pays souffre encore de cette mémoire vive de la guerre de décolonisation et des blessures profondes qu’elle a engendrées de chaque côté. Néanmoins, l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération française, qui a grandi dans une France de l’après-colonisation et qui est portée par des convictions européanistes et mondialistes, pourrait contribuer à changer la donne.

A ce titre, la visite d’Emmanuel Macron du 6 décembre dernier a fait montre d’avancées importantes, en particulier sur le plan de la coopération sécuritaire et l’intention sincère de réconcilier les mémoires algérienne et française.

Des deux côtés de la Méditerranée, on ambitionne de bâtir un couple algéro-français sur le modèle franco-allemand, mais il semble que cette ambition souffre de beaucoup de malentendus. Pourquoi, selon vous ?

Il existe des points communs entre la relation franco-allemande et la relation franco-algérienne : tout d’abord cette capacité à dépasser le traumatisme des violences de la guerre et cette volonté de renouer un lien fort en dépit du passé douloureux.

Ensuite, cette relation particulière qui constitue une porte d’entrée vers une union régionale élargie : Union européenne à partir du couple franco-allemand, Union méditerranéenne qui reste à bâtir depuis la France et l’Algérie.

Mais au-delà de ces similitudes, notre relation est exceptionnelle par sa dimension humaine. Ce furent un million d’Européens qui vécurent en Algérie, et plus de trois millions de descendants algériens en France. A mesure que les écarts de niveau de vie entre nos deux pays se combleront, nous pourrons parvenir à bâtir un couple franco-algérien d’envergure. Cela nécessite d’inventer un modèle original de relation, au-delà de l’exemple franco-allemand.

L’histoire coloniale continue d’impacter le présent et vraisemblablement le futur des relations entre Alger et Paris. Quels sont les gestes nécessaires à faire pour refermer la plaie coloniale ?

Le temps des grands symboles politiques viendra. Aujourd’hui, il s’agit de faire feu de tout bois et de miser sur toutes les initiatives, à la fois culturelles, sociales et politiques susceptibles de symboliser et soutenir le désir de réconciliation.

Cela passe probablement par le fait de donner la parole aux derniers témoins de la guerre, alors que nous sommes à présent dans l’urgence de reconstituer une histoire orale de l’Algérie durant cette période. Il faut saluer les gestes symboliques annoncés par le président Macron, à l’image de l’envoi en Algérie d’une copie des archives françaises sur la relation avec l’Algérie.

Votre nom est intimement lié à l’opposition de la France à une intervention militaire en Irak en 2003, mais la guerre a eu lieu. Ne pensez- vous pas que cette date marque la fin de la diplomatie internationale ?

Depuis 2001, nous sommes entrés dans une spirale guerrière, portée par la progression de l’esprit néoconservateur à travers le monde, qui a considérablement déstabilisé le Moyen-Orient, depuis l’Irak jusqu’à la Libye, en passant par la Syrie et le Yémen. Cela rend l’effort diplomatique Lire la suite

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