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«Nous assistons à une prolifération d’ informations futiles»

Publié le 03/05/2017, par dans Non classé.

La diffusion des informations en Algérie est sujette à une « horrible pollution», estime le docteur Yamine Boudhane. L’universitaire livre les conclusions de ses travaux sur les nouveaux médias, sans la moindre complaisance.
– Des millions d’Algériens sont présents sur les réseaux sociaux au moment où de nombreux sites d’information et autres blogs se livrent à une course effrénée pour capter l’intérêt des internautes. Peut-on dire dans ce contexte de diversité que l’Algérien est informé « correctement» ?

Effectivement, des millions d’Algériens, notamment les jeunes, se tournent principalement vers les réseaux sociaux, en premier lieu Facebook, et les blogs pour obtenir des informations politiques, sportives, artistiques…, et ce, en s’abonnant aux pages de certains médias classiques dotés de sites web et qui partagent les liens des articles et des vidéos sur les réseaux sociaux. Il y a aussi ceux qui s’abonnent aux pages personnelles de certains journalistes ou blogueurs devenus de véritables leaders d’opinion qui guident les conceptions et les orientations de nombreux jeunes sur les questions d’actualité.

Nous constatons en outre que des jeunes, engagés avec force, qui suivent et commentent les questions publiques de façon permanente sur les réseaux sociaux, se sont transformés, eux aussi, en leaders d’opinion. Ils influencent leurs amis et les amis de leurs amis. Les publications de ces jeunes engagés (commentaires, photos ou vidéos) sont partagées par un grand nombre de personnes et deviennent ainsi une source d’information pour leurs abonnés.

Mais, naturellement, n’est pas journaliste quiconque diffuse une information. Tout comme on ne peut considérer comme média quiconque propose des informations gratuites ou payantes. Nous vivons une horrible pollution dans la diffusion d’informations en Algérie. Les internautes se trouvent face à « une tempête informationnelle», où les vérités et les rumeurs sont mêlées. Le non-respect des règles d’éthique et de déontologie journalistiques a conduit à la propagation de la désinformation, la falsification, le mensonge, le manque de crédibilité, la subjectivité…

– Les fausses informations (fake news) foisonnent sur internet et sont parfois reprises par la presse écrite et des médias audiovisuels…

La non-vérification des informations à la source et le recours aux infos publiées par certaines pages sur les réseaux sociaux sans avoir examiné au préalable les références de leurs propriétaires, la course au scoop, tout cela fait que certains journalistes tombent dans le piège des « fausses informations».

Des journaux et des chaînes de télévision ont repris des informations et des vidéos qui se sont avérées par la suite fausses et « fabriquées». Certains médias s’excusent et publient des rectificatifs, alors que d’autres ignorent la question.
Le recours aux informations disponibles sur les réseaux sociaux est une pratique courante dans tous les pays du monde.

Mais plusieurs Etats sont en train de prendre des mesures fermes pour contenir le phénomène des informations mensongères. En Allemagne, de lourdes amendes sont infligées à ceux qui propagent des informations mensongères sur les réseaux sociaux. Des médias, à l’exemple de la BBC, utilisent des applications (FIB) pour découvrir les informations trompeuses.

– Des titres connus de la presse écrite occidentale ont arrêté leur édition papier pour se concentrer sur le web. Comment voyez-vous l’avenir des journaux papier algériens à moyen terme ?

Effectivement, de nombreux médias dans le monde se tournent vers le numérique, surtout avec les crises économiques que vivent les journaux suite au recul des recettes publicitaires, occasionné par les politiques d’austérité adoptées par les annonceurs. Le choix du numérique est favorisé par le fait que les lecteurs se sont orientés vers les médias sociaux et les sites d’information électroniques.

La hausse des prix du papier et des coûts de l’impression et de distribution, le recul des subventions de l’Etat destinées aux médias — notamment au niveau des pays ayant des économies rentières comme l’Algérie — ont accentué cette tendance. Tous ces facteurs réunis ont poussé les journaux à se tourner vers l’édition électronique, comme ce fut le cas pour The Independent (Royaume-Uni) et le journal libanais Essafir.

– Les médias algériens sont-ils en mesure de jouer le rôle de quatrième pouvoir ?

La presse est censée jouer le rôle de surveillant de l’exercice du pouvoir et de représentant de l’opinion publique qui transmet ses préoccupations fidèlement et avec objectivité. Mais la réalité est tout autre.

Des dizaines de titres de la presse se sont transformés en registres du commerce qui cherchent des parts de publicité, tandis que leurs propriétaires sont devenus des gérants d’entreprises commerciales en quête de gains. De nombreux journaux se sont rangés du côté de responsables au pouvoir auxquels ils ont prêté allégeance.

Il est difficile, dans cette pollution générale de l’espace médiatique algérien, de voir émerger une presse capable d’assumer le rôle d’un véritable quatrième pouvoir. Les journaux qui assument ce rôle sont souvent assiégés : on peut les priver de publicité, intimider leurs journalistes et les empêcher d’accéder aux sources de l’information.

– Que pensez-vous du contenu véhiculé par les sites d’information et des médias algériens en général ?

Je crois que le contenu de la plupart des sites d’information en Algérie manque de ce qu’on appelle « les valeurs informationnelles» telles l’importance, la neutralité, la nouveauté, la pertinence… La plupart de ces sites versent dans l’excès et l’exagération, voire le mensonge et l’intox. Ils n’apportent pas de connaissances utiles pour le lecteur.

Malheureusement, des journaux et des chaînes de télévision satellitaires sont tombés dans les mêmes pratiques. Nous assistons aujourd’hui à une prolifération d’informations traitant du charlatanisme, des fantômes, des viols, des meurtres et autres informations futiles et superficielles.
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