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Noureddine Boukrouh : «Combattre le 5e mandat ou la succession héréditaire»

Publié le 10/09/2017, par dans Non classé.

Depuis quelques mois, Noureddine Boukrouh multiplie les contributions pour dénoncer la situation du pays après le quatrième mandat de Ab delaziz Bouteflika. Dans cet interview, il revient sur les motivations qui l’ont poussé à s’exprimer de manière aussi tranchée.
Depuis 2011 et après une longue absence, vous avez repris votre plume pour vous exprimer sur les problèmes qui concernent autant l’Algérie que la région en général. Qu’avez-vous fait entre 2005 et 2011 ?

Effectivement, je n’ai rien publié dans la presse nationale entre 1999 et 2011, année du déclenchement des révolutions arabes que j’ai accompagnées en les commentant dans une bonne cinquantaine de contributions.

De décembre 1999 à avril 2005, je ne pouvais pas m’exprimer sur la politique nationale ou les évènements internationaux, car cela étant incompatible avec des fonctions officielles.

Je m’acquittais de mes tâches au sein du gouvernement et faisais même des « extras», puisqu’il m’arrivait de représenter le Président dans des manifestations internationales et de rédiger à sa demande des discours qu’il devait prononcer à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Une bonne vingtaine, je crois, car il aimait bien mon style.

Après ma sortie du gouvernement, je me suis rendu aux Etats-Unis pour récupérer auprès de la famille (de Malek) Bennabi un lot de documents et de manuscrits inédits qui n’ont pas été ouverts depuis sa mort et qui m’ont servi à finaliser un grand travail sur lui (L’islam sans l’islamisme : vie et pensée de Malek Bennabi, dont la préface a été signée par sa fille et l’introduction par un professeur d’université américain.

Ce legs m’a permis aussi d’offrir aux Algériens les Mémoires de Malek Bennabi au grand complet sous le titre Mémoires d’un témoin du siècle : l’Enfant, l’Etudiant, l’Ecrivain, les Carnets, en 2007. Seule la première partie en français (l’Enfant) et la deuxième partie en arabe (l’Etudiant) étaient connues d’un public restreint, car la première n’a pas été rééditée depuis 1965 et la seconde est sortie à Damas en 1970.

Je me suis ensuite consacré à mes propres écrits de 1970 à 2012 que j’ai regroupés en deux volumes, l’un traitant de l’islam (Que faire de l’islam ?) et l’autre de l’Algérie et des révolutions arabes (Réformer peuple et pouvoir). J’ai aussi voyagé en Corée du Sud et dans quelques pays arabes et européens.

Lorsque les révolutions arabes ont éclaté, j’ai réagi comme en 1979, quand je me suis rendu en Iran pour vivre de l’intérieur la révolution, et en 1980 en Turquie juste après le coup d’Etat. En 2011, il n’y avait pas lieu de se déplacer, car les révolutions se déroulaient dans plusieurs pays en même temps et les chaînes TV les retransmettaient en direct.

Il fallait juste bien analyser, ce qui m’a incité à exhumer quelques idées qui couvaient en moi depuis les années 1970 sur la thématique de la réforme de l’islam, étant donné sa profonde intrication avec la politique dans les pays musulmans. On ne modernisera pas les musulmans, et en particulier les Arabes et les Amazighs, si on ne modernise pas l’islam.

C’était prématuré dans les années 1970, il fallait que le contexte évolue, qu’il atteigne le point de rupture pour qu’enfin on réalise que sans une réforme intellectuelle et psychologique sans précédent, les Arabes et les Amazighs resteraient les derniers, en queue de peloton. J’ai alors publié, à titre de test, une quinzaine de contributions sur le sujet, en arabe et en français, dans les médias algériens qui ont suscité des remous dans les milieux islamiques.

Ces écrits ont été publiés l’an dernier sous forme d’un livre en français La nécessaire rénovation de l’islam et d’un autre en arabe Hatmiyattajdid al islam. Enfin, j’ai publié, l’an dernier, en arabe Jawharfikr Malek Bennabi en deux volumes. Avec ça, j’en aurai fini avec la mise à disposition du public de la pensée bennabienne.

Depuis 2014, vos écrits se sont concentrés sur la situation politique en Algérie. Vous vous en prenez frontalement au système Bouteflika. Qu’est-ce qui vous motive ?

Avant 2014 il y a 2013, année où j’ai publié un article au mois de juin sur la maladie du Président qui était encore en soins à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. Une campagne pour sa destitution pour cause de maladie battait son plein dans le pays, et un des ténors de l’analyse politique, Chafik Mesbah, polarisait l’attention avec une théorie de la transition assortie de propositions opérationnelles passant par la destitution du Président que je trouvais aussi illégale que farfelue.

J’ai alors rédigé un article sous le titre de « Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?», où je démontais son argumentaire et suggérais une autre démarche, car nous étions à dix mois de la fin du troisième mandat et une commission nommée par le Président avant son accident était déjà à l’œuvre sur le chantier de la réforme de la Constitution. C’est le seul article que j’ai écrit en 2013.

C’est pour vous dire que je n’avais rien contre le Président, que je ne développais aucune obsession ou vindicte contre lui, et que je l’ai défendu dans cet article et dans des émissions TV, notamment sur Ennahar TV.

Pour avoir fait partie de son gouvernement pendant plus de cinq ans et avoir eu le loisir de l’observer, l’étudier, l’analyser et même le pratiquer, je connaissais son attachement au pouvoir, mais pas au point qu’il mettrait sa personne sur un plateau de la balance et toute l’Algérie sur l’autre. Lorsque, en mars 2014, il fit connaître son intention de se présenter à un quatrième mandat dans l’état où il était, il n’était plus à mes yeux un homme malade physiquement mais, plus grave encore, mentalement. Du jour où il a proclamé sa candidature à aujourd’hui, j’ai publié une cinquantaine de contributions rien que sur lui et le quatrième mandat.

Ce qui me motive ? Je vous l’ai prouvé j’espère. Non pas une haine recuite contre lui ou une envie de le remplacer, comme s’illusionnent certains sur eux-mêmes, mais ce qui est devenu en moi une révulsion pour ce que symbolise désormais cet homme aux yeux des Algériens conscients et du Lire la suite

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