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Notre confrère croupit en prison depuis une année : Libérez Saïd Chitour !

Publié le 05/06/2018, par dans Non classé.

Aujourd’hui, 5 juin 2018, est un bien triste anniversaire. Mon fils Saïd Chitour est incarcéré depuis une année. 365 jours ! (…)
Alors que les mères profitent de leurs enfants en ce mois sacré de Ramadhan, moi je pleure à chaque rupture du jeûne.

Sa femme, mes petits-enfants et moi-même cachons nos larmes pour protéger les enfants de Saïd, mon fils. Je désespère à mon âge, 83 ans, et d’énormes problèmes de santé, de serrer de nouveau mon fils dans mes bras, mon rêve le plus cher.»

Ces mots sont tirés de l’émouvante lettre ouverte adressée par la maman de Saïd Chitour au président de la République alors que notre confrère boucle, ce mardi 5 juin, une année d’incarcération à la prison d’El Harrach.

Saïd Chitour est journaliste et fixeur pour de nombreuses chaînes de télévision. Il a collaboré avec plusieurs médias internationaux de renom dont la BBC et le Washington Post.

Il a été arrêté, rappelle-t-on, le 5 juin 2017, en plein Ramadhan, à l’aéroport international d’Alger, au moment où il rentrait d’un déplacement en Espagne.

Il a été déféré devant le tribunal de Dar El Beïda qui l’a placé aussitôt sous mandat de dépôt. Il est poursuivi en vertu de l’article 65 du code pénal qui dispose : « Est puni de la réclusion perpétuelle quiconque, dans l’intention de les livrer à une puissance étrangère, rassemble des renseignements, objets, documents ou procédés dont la réunion et l’exploitation sont de nature à nuire à la défense nationale ou à l’économie nationale.»

Problème : à ce jour, nul ne sait exactement quelle est la teneur des présumés « documents confidentiels» – comme cela a été dit – qu’il aurait remis à des chancelleries étrangères.

« On ne connaît pas les motifs de cette interpellation-incarcération», déclarait son frère Mohand Tahar à la presse quelques jours après l’arrestation de Saïd. « Mon frère clame son innocence. Il reçoit peu de visites.

Ce n’est que le 26 juin (2017), soit 20 jours après son incarcération, que notre mère et moi avons pu le voir.» (Liberté du 5 juillet 2017) Me Khaled Bourayou, l’un de ses avocats, faisait remarquer dans les colonnes d’El Watan : « Il n’y a aucun document prouvant que ces faits ont été commis.»

Et de préciser : « Pour avoir ce genre de renseignements, il faut accéder aux sources qui les détiennent. Saïd Chitour n’a ni la qualité, ni la fonction, ni le statut pour obtenir ces informations. Ce n’est qu’un simple journaliste fixeur.

Comment aurait-il pu détenir des renseignements classés secret-défense ou d’Etat ? Mieux encore : si Saïd Chitour avait livré des informations de nature à nuire à la défense nationale, pourquoi le ministère de la Défense ne s’est pas constitué partie civile ?» (El Watan du 8 juillet 2017).

« La détention préventive de Chitour est excessive»

Cette affaire remet une nouvelle fois sur le tapis les dysfonctionnements de la justice dans notre pays et le recours abusif à la détention préventive.

Plus d’un mois après son incarcération, l’organisation Reporters sans frontières dénonçait justement l’emprisonnement prolongé de notre confrère en demandant sa libération.

« La détention préventive de Chitour est excessive puisque l’utilisation de cette mesure devrait être exceptionnelle et doit être justifiée par des éléments du dossier clairement énoncés, comme le risque de fuite ou de trouble à l’ordre public, qui ne sont pas réunis ici», pointait l’ONG dans un communiqué daté du 12 juillet 2017.

Il a fallu attendre le 29 octobre 2017, soit près de cinq mois après son incarcération, pour que « l’affaire Saïd Chitour» soit examinée par la chambre d’accusation près la cour d’Alger.

Le 12 novembre 2017, la chambre d’accusation du tribunal de Bir Mourad Raïs rendait son verdict : l’affaire est renvoyée devant le tribunal criminel pour être jugée pour les mêmes motifs, sous le couvert de l’article 65 du code pénal. A ce jour, aucune date n’a été fixée pour la tenue du procès.

RSF a lancé une pétition ainsi qu’une campagne sur les réseaux sociaux sous le hashtag #FreeChitour. « Selon ses avocats, son dossier reste complètement vide», insiste RSF, avant d’alerter : « Chitour risque la prison à vie selon l’article 65 du code pénal.»

Une autre pétition a également été mise en ligne pour demander la libération de Saïd Chitour, accompagnée cette fois d’une première lettre ouverte adressée par Louisa Chitour, la mère du journaliste, au président Boutelika. « Après avoir prié, je viens vous implorer pour m’aider à finir ma vie en paix», écrit Mme Chitour.

Elle note avec stupéfaction : « (Mon fils) est accusé du pire des crimes : celui de trahir son pays !» Mme Chitour se fait alors un devoir de rappeler le long passé patriotique de la famille et sa participation active au combat libérateur : « La maison de mon père Arab Nath Touati était le quartier du GPRA à Tunis.

Amirouche, Benkhedda, Abane Ramdane et bien d’autres (dont des survivants comme le Commandant Azzeddine) étaient dans leur demeure chez mon père.

Mon mari et père de mes enfants a transporté armes et moudjahidine dans sa voiture des Ponts et Chaussées à Bordj Bou Arréridj…»

Elle a tenu à mettre en lumière également le précieux travail de son fils durant les années 1990 : « Monsieur le Président, durant la décennie noire, au moment où une grande partie des intellectuels et journalistes algériens – comme une partie de mes enfants – ont fui la barbarie, Saïd Chitour, comme beaucoup de ‘‘oûchaq El Djazaïr » (les passionnés de l’Algérie), a décidé d’y rester.

Il s’est battu, souvent au péril de sa vie, avec sa plume et toute son énergie pour l’image et l’intégrité de l’Algérie. Durant plus d’un quart de siècle, il a fait découvrir les beautés et les grandes richesses culturelles, historiques et artistiques de notre beau pays, non seulement aux journalistes, aux universitaires et chercheurs mais également aux touristes — avant la décennie noire, il était guide touristique.

Beaucoup d’entre eux m’ont appelé ces derniers mois pour me dire que c’est à travers les yeux et la passion de mon fils qu’ils ont appris à adorer notre El Djazaïr.»

Puisse l’appel de khalti Louisa adoucir le cœur de ceux qui lui ont pris son fils… Lire la suite

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