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Mouloud Hamrouche à Batna : «Le pays est dans l’impasse»

Publié le 06/12/2015, par dans Non classé.

A la tribune de la salle La Victoire, devant un auditoire d’anciens maquisards, l’invité des Aurès s’est gardé d’évoquer les personnes. Il assure que « la situation est encore plus grave que ce qu’ils imaginent».
« Je ne vais pas m’attarder sur les personnes. La situation exige de moi – ici à partir de Batna, capitale des Aurès — d’être franc, car la situation appelle à une vigilance et une conscience pour une mobilisation forte pour l’Algérie», a-t-il précisé, avant de se lancer dans le vif du sujet.

L’ombre des événements inhérents aux arrestations d’officiers supérieurs de l’armée et particulièrement l’inédite sortie médiatique de l’ex-patron du DRS, le général de corps d’armée Mohamed Mediène, dit Toufik, planait sur la conférence. Mais elle a été vite dissipée quand l’orateur s’est employé à s’attaquer de front aux raisons qui brident le pays et leurs conséquences désastreuses.

« D’évidence, notre système politique ne sait pas comment en finir avec la crise qui n’a que trop duré. C’est une crise de système de pouvoir. Il ne sait pas aujourd’hui comment mettre fin aux échecs successifs», fait remarquer Mouloud Hamrouche.

Périls

« C’est avec beaucoup de regret que je me présente ici, devant vous, pour observer que les objectifs du projet national, notamment celui de la construction d’un Etat national, ne sont pas encore réalisés.» Il affirme, non sans insister sur le rôle historique des Aurès, que la situation actuelle « est caractérisée par des perturbations, de l’instabilité et du dénigrement des hommes».

Rappelant la lourde facture payée en raison de l’obstination à maintenir le statu quo, Hamrouche assure que l’impasse actuelle « provoque le dépérissement de l’idée nationale et la régénération de comportements et de situations qui poussent à la destruction de la volonté nationale au profit des tendances régionalistes, ce qui exposerait notre identité à de multiples agressions et dérives dangereuses».

Encore plus précis dans son analyse de la crise actuelle à laquelle fait face le pays, le chef de file des « réformateurs» constate que la conjoncture actuelle « fait face à deux dangers imminents et que ses instruments de gestion de gouvernance sont dans l’incapacité totale d’y faire face.

Le premier danger réside dans la lutte des parties qui détiennent les instruments du pouvoir, ce qui fait que l’on recourt uniquement au remplacement des hommes par d’autres considérés conformes à leurs intérêts (parties en lutte). Je dois dire que le changement des hommes, aujourd’hui, est le plus grand danger pour la stabilité».

Le second péril qui menace le pays d’effondrement, selon l’ancien Premier ministre sous Chadli, se niche dans « l’absence d’une politique sérieuse rapide pour la crise économique, conséquence de la double chute des hydrocarbures et de leurs prix.

Les mesures prises et les ajustements opérés conduisent à l’amplification des difficultés des entreprises et des catégories aux revenus faibles». Une critique à peine voilée de la loi de finances 2016.

L’OS et les pères fondateurs

« La situation a besoin de réponses politiques dans tous les domaines ; chaque décision non étudiée, non comprise et dont l’origine n’est pas claire et surtout pas soumise au contrôle va sans doute déstabiliser le pays», met-il en garde.

Celui qui avait conduit les réformes politiques et économiques au début des années 1990 avant d’être brutalement stoppées appuie encore son propos estime que « l’affaissement des structures de l’Etat et le dépérissement de l’idée nationale ainsi que le rétrécissement de la dimension nationale dans les différentes décisions coïncident avec une situation d’impasse totale porteuse de menaces, alimente les éléments de division et paralyse les hommes et les institutions».

Le propos résume toute l’inévitabilité de la crise algérienne. Une fatalité ? Si l’ancien Premier ministre refuse de se présenter comme un homme qui « redonne espoir», il arbore l’étendard de la « volonté» qui sommeille en chacun de nous.

Pour ce faire, il va chercher dans le passé. Il convoque une séquence particulière de l’histoire qui prend tout son sens car prononcée dans les Aurès, un haut lieu du combat libérateur.

« Aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de réaffirmer l’existence d’une volonté nationale claire», dit-il. « Il faut rappeler que la constitution, l’élaboration et la maturité de cette volonté et surtout les instruments de sa concrétisation ont commencé avec la naissance du Mouvement national.

Elle a pris forme avec la mise en place de l’Organisation secrète (OS). Elle a constitue le début de l’expression de la volonté nationale qui dépassait les frontières tribales et de la région.»

Hamrouche rappelle à ce propos que le premier noyau à avoir exprimé cette volonté « est un groupe d’hommes jeunes, inscrits dans l’OS. Ses membres ont par la suite le Front et l’Armée de libération nationale et ont décidé du 1er Novembre 1954».

L’orateur, qui a baigné dans l’esprit du combat libérateur dès son enfance, érige ces militants de l’OS au rang des « pères fondateurs». « Ils ont pu réaliser un consensus et élaborer des solutions consensuelles qui avaient dépassé les divisions traditionnelles et tout obstacle culturel, tribal ou régional.

Ils ont pu mettre en place un projet national pour les Algériens». L’évocation de la Guerre de Libération nationale et du combat pour l’indépendance parle fortement aux maquisards des Aurès.

Faire un retour vers ce passé glorieux ne relève pas de la nostalgie, mais remet au goût du jour l’idée de la volonté sans laquelle rien ne pourra être entrepris pour briser l’impasse historique qui enserre le pays. Mais surtout pour construire un Etat qui « signifie l’édification d’une volonté nationale renouvelable et permanente.

Un édifice qui protège tout le monde, l’unité de son territoire et surtout la liberté des citoyens». Un Etat moderne, dans lequel « l’armée défend l’Etat et non le gouvernement, car elle n’est pas la base sociale du pouvoir mais sa colonne vertébrale. Le pouvoir est conjoncturel, il change avec le changement des hommes et des politiques, mais l’Etat reste», préconise-t-il.

Un système devenu obsolète

Mais pour le moment, cette volonté n’est pas au rendez-vous. « La situation va en s’aggravant», prévient-il. Hamrouche met en garde contre le maintien du statu quo : « La politique qui consiste à défendre la situation actuelle, qui refuse le renouvellement, la réforme et le progrès revient à se placer à contresens de l’histoire.

Cela doit cesser et vite.» Tels étaient les Lire la suite

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