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Moines de Tibhirine assassinés : Des prélèvements remis à la France

Publié le 11/06/2016, par dans Non classé.

Après d’incroyables tergiversations et d’interminables polémiques sur la question de souveraineté, le pouvoir d’Alger a fini par remettre aux autorités françaises les prélèvements réclamés.
Une juge française a emporté des prélèvements effectués sur les têtes des moines trappistes de Tibhirine assassinés le 21 mai 1996. L’Agence France presse (AFP), qui a donné hier l’information, cite une source judiciaire et l’avocat des familles.

Ces prélèvements avaient été effectués en automne 2014 lors de la deuxième visite en Algérie du juge Marc Trévidic, seulement les autorités algériennes avaient refusé, au départ, qu’ils soient transférés en France en avançant l’argument que l’Algérie avait, elle aussi, les compétences nécessaires pour les analyser. Presque deux ans après l’exhumation des têtes des moines assassinés, les autorités accèdent à la demande de la justice française.

Après un voyage en Algérie cette semaine, la juge d’instruction Nathalie Poux a pu rapporter « les scellés dont les experts avaient besoin pour mener leur mission», a expliqué à l’AFP la source judiciaire.

Ces prélèvements peuvent éclairer l’enquête sur les circonstances de l’exécution des moines et la date de leur mort. La même source indique aussi que les juges français ont, de leur côté, remis à leurs homologues algériens des prélèvements génétiques effectués sur des membres des familles des moines pour les besoins de l’enquête menée en Algérie.

Les sept moines de l’ordre cistercien de la stricte observance avaient été enlevés, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, de leur monastère Notre-Dame de l’Atlas, sur les hauteurs de Médéa. Leur assassinat avait été revendiqué environ deux mois plus tard par un communiqué du Groupe islamique algérien (GIA).

Seules leurs têtes avaient été retrouvées sur une route. La justice française et les familles des moines avaient émis des doutes sur la version officielle du crime terroriste ; la thèse d’une bavure de l’armée algérienne a été soutenue par certains. D’autres sont même allés jusqu’à conclure à une implication possible des Services secrets militaires algériens.

« C’est une avancée importante que nous attendons depuis un an et demi et qui lève l’un des obstacles à la recherche de la vérité et de la justice», a déclaré à l’AFP l’avocat des familles des religieux, Patrick Baudouin.

Selon l’avocat cité par l’agence française, « il faut rester prudents, mais les experts pensent que la conservation des prélèvements a été correcte et que les échantillons sont exploitables». Cet avocat — qui est l’un des animateurs des cercles qui se demandaient « qui tue qui ?» en Algérie — voyait dans l’attitude des autorités algériennes une volonté de cacher la vérité.

« On ne peut pas ne pas conclure de ce refus obstiné que les Algériens ont des choses à cacher et que, dans cette affaire, leur version constamment assénée, officielle, selon laquelle ce sont les islamistes du GIA qui ont enlevé, séquestré et assassiné les moines, n’est plus crédible», avait-il soutenu.

Et même que « l’on peut dire (je ne l’ai pas dit jusqu’à présent) que ce refus obstiné des autorités algériennes de coopérer est un aveu de reconnaissance de responsabilité dans la disparition des moines !» Ceux qui ont toujours douté que les moines ont été assassinés par le GIA se sont constamment appuyés sur une version du général François Buchwalter, attaché de défense à l’ambassade de France à Alger entre 1995 et 1998.

Cet ancien officier de la Direction générale de la surveillance extérieure (DGSE, le contre-espionnage français) faisait en réalité état de confidences d’un Algérien dont le frère était officier de l’ANP qui lui aurait rapporté que des militaires algériens auraient tiré, à partir d’hélicoptères, sur un bivouac qu’ils découvriront par la suite être celui des moines.

Mais la thèse s’est avérée invraisemblable et très peu crédible, de l’avis même de l’ancien juge Marc Trévidic, chargé de l’enquête, qui l’a remise en cause après les premiers constats fait après l’exhumation des têtes des moines en 2014. Même Patrick Baudouin avait reconsidéré ses « vérités» en soutenant que selon les premiers résultats, la version de Buchwalter est « fragilisée».

Des aveux d’anciens chefs terroristes ont totalement dissipé les doutes sur l’identité des assassins des moines de Tibhrine. Abou Mohamed, un émir du GIA dont le témoignage a été rapporté dans un film documentaire et repris par le magazine français Marianne, affirme : « Quand Djamel Zitouni (ancien chef du GIA) a pris la décision de se débarrasser des moines. Il n’était pas facile de prendre leur corps en entier, alors ils les ont décapités.» « Ils ont enterré les corps dans les montagnes de Bougara.

Et moi, j’ai emmené les têtes dans une voiture pour les jeter sur la route.» Mais au-delà de cette polémique qui a alimenté les débats politiques ici et en France, la question qui se pose est de savoir pourquoi l’Algérie a mis tout ce temps pour accéder à la demande de la justice française.

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