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Mission délicate pour le gouvernement

Publié le 08/05/2017, par dans Non classé.

La forte abstention qui a marqué le dernier scrutin législatif vulnérabilise davantage les institutions de l’Etat, appelées à prendre des mesures audacieuses pour faire face à la crise.
On peut penser que rien n’a changé dans le paysage politique algérien. Le statu quo est reconduit à l’issue des élections législatives du 4 mai, entachées de fraude, comme le dénoncent les partis politiques. Certainement !

Mais il faut bien l’admettre, dans l’immobilisme imposé au pays, il y a une nouvelle donne : si l’on s’en tient aux chiffres officiels, 17 millions d’Algériens ont fait savoir leur mécontentement contre les politiques publiques basées sur la rente pétrolière et les échecs qu’elles ont générés : incapacité de construire une économie digne de ce nom, gaspillage, chômage, corruption, clientélisme et injustice sociale. Le bon sens voudrait qu’on tienne compte du rejet massif exprimé dans les urnes de jeudi dernier.

Ce serait un aveuglement que de faire semblant de ne pas voir cette réalité poignante traduite par un phénoménal taux d’abstention — bulletins nuls et blancs. Le message envoyé par les abstentionnistes ne souffre aucune ambiguïté. C’est la manière dont est géré le pays qui se trouve largement contestée, dans un contexte de grave crise économique appelée à durer, et exiger des Algériens des sacrifices difficiles à supporter.

Le gouvernement, qui voulait un quitus populaire par le biais des dernières élections pour conduire les réformes qu’il entend mener, ne l’a donc pas eu. Et ce sera encore un exercice périlleux de faire adopter des lois et une orientation économique tournée inéluctablement vers plus d’austérité avec une Assemblée populaire nationale (APN) mal élue avec pas plus de 6 millions de voix d’un corps électoral de plus de 23 millions d’inscrits et au milieu, faut-il encore le souligner, d’une large dénonciation de fraude.

C’est dans cette posture peu enviable que se retrouvera le nouveau gouvernement qui verra, certes, l’arrivée de nouvelles têtes aux postes ministériels, mais portera sûrement les mêmes couleurs politiques et appliquera le même agenda économique. Comment comptera-t-il s’y prendre sans accentuer le sentiment de rejet dont il fait l’objet ?

Les projections des experts économiques et celles du FMI sont négatives pour le pays. Dans son dernier rapport, l’institution de Bretton Woods prévoit un taux de croissance de 0,6% du produit intérieur brut (PIB), un taux de chômage qui atteindra 13,2% et une inflation qui saigne déjà terriblement les ménages.

Ceux qui président aux destinées du pays seront encore une fois dans l’obligation de produire une nouvelle loi de finances, celle de 2018, autrement plus austère que la précédente qui a vu l’augmentation des prix des carburants et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 19%. D’où puisera-t-il les ressources pour financer les politiques sociales ? Le Fonds de régulation des recettes (FRR) aura été totalement siphonné à la fin de l’année. Franchira-t-il clairement le pas pour aller vers des coupes drastiques dans les politiques de subventions sociales ?

Les défis qui se présentent à l’Exécutif sont multiples. Il est d’un côté fragilisé par le cinglant avertissement des électeurs qui ont refusé de lui signer un chèque en blanc pour mener « les réformes économiques», et de l’autre l’amenuisement significatif des recettes provenant des hydrocarbures qui ont fait jusque-là son bonheur.

Il sera en réalité coincé entre les tenailles d’un terrible manque de légitimité — l’impopularité de ceux qui gèrent le pays a dépassé tous les pronostics — et la nécessité d’opérer des ajustements douloureux sur les plans économique et financier. Et en politique, il y a une règle immuable : on ne peut pas demander des sacrifices au peuple quand on manque de légitimité.
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