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Médias: l’importance d’un discours équilibré sur la migration

Publié le 30/01/2017, par dans Non classé.

Une récente étude européenne a identifié les principaux défis de la couverture médiatique de la migration dans la zone Euro-méditerranéenne. Les experts des pays concernés, dont l’Algérie, décortiquent la complexe relation entre médias et le thème de la migration. Entre stéréotypes et éthique, les clés d’une compréhension approfondie sont indispensables.
Depuis des décennies, en Europe, penser et repenser la migration est une préoccupation majeure. Plusieurs programmes, études, expertises ont été rédigées afin de comprendre les rouages de la migration. D’autres travaux ont été réalisé ont également analysé la manière dont les médias traitent cette thématique, offrant des clés de compréhension et surtout de pratique. Ces analyses ont servi, par la suite, à d’autres pays comme exemple ou bases comparatives.

Des pays comme le Maroc, la Libye, l’Algérie et la Tunisie sont extrêmement concernés, puisqu’ils connaissent une arrivée importante de populations déplacées, essentiellement originaire d’Afrique subsaharienne. Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile, immigrés…autant d’identifiants qui appuient une stigmatisation permanente, des clichés et stéréotypes encouragés par certains médias.

Le 25 janvier, les résultats préliminaires d’une importante étude sur le rapport des médias des deux côtés de la Méditerranée et la migration, ont été présenté à Bruxelles, en Belgique. Cette initiative européenne a chargé l’Ethical Journalism Network de mener cette étude, dans laquelle des journalistes de dix sept pays examinent de quelle manière les médias nationaux ont abordé la migration en 2015 et 2016.

Formation

L’étude couvre neuf pays de l’UE et huit pays du sud de la Méditerranée, dont l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, etc. L’étude en question dévoile que les journalistes sont souvent mal informés sur la nature complexe de la migration. Les sources sont souvent inaccessibles, l’information demeure opaque. En parallèle, les auteurs de l’étude mettent en lumière des exemples de journalisme de qualité sur la migration.

Un ensemble de recommandations préliminaires dont un appel à la formation, au financement de l’action des médias et à d’autres activités visant à soutenir et à favoriser un journalisme sur la migration, de manière plus objective. En Algérie, l’idée de formation des médias sur des thématiques liées à la migration et le droit international a encouragé des collectifs à organiser des consultations et des ateliers allant dans ce sens.

En 2012, l’Institut Panos Europe organise une série d’ateliers de formation de journalistes sur le thème de l’amélioration de la couverture médiatique des migrations dans les zones Afrique de l’Ouest, du Maghreb et Europe. Chaque atelier regroupe douze journalistes et chacun participera à un atelier dans son pays d’origine et à un autre atelier dans l’un des autres pays de l’activité. Deux ateliers ont été organisé à Alger et à Oran.

Droits

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus. La formule est frappante dans le cas des migrations car les termes renvoient à des droits spécifiques et ne sont pas interchangeables à loisir. Une victime de traite n’est pas une victime de trafic. Un demandeur d’asile n’est pas un réfugié.” affirme Charles Autheman, ancien responsable de programme à l’Institut Panos (rappelons que l’institut a fermé en 2015, après 29 ans d’actions et d’activités, ndlr), “Derrière les mots se cachent des droits qui, avec le temps, peuvent évoluer.

Depuis plusieurs années, la communauté internationale se mobilise pour éviter l’emploi du terme « migrant illégal » car un individu peut se trouver en situation « irrégulière » mais ne peut pas être « illégal » par définition.” explique Charles Autheman, en ajoutant “Dans le même esprit, nombreuses sont les personnes qui défendent le terme « travailleur domestique » en lieu et place de « bonne » ou « femme de ménage » afin de reconnaître le caractère de travail que constitue cette profession et éviter également de restreindre une activité à un seul genre.” dit-il.

Pour l’observateur et expert qui a assisté aux ateliers organisés en Algérie, souligne que les journaliste algériens impliqué dans cette formation “ont pu à la fois appréhender les enjeux migratoires algériens mais également se rendre au Sénégal, en Mauritanie, en Tunisie ou en Espagne, afin d’élargir leur connaissance du sujet au niveau méditerranéen et ouest-africain.

Deux formations, organisées à Alger et Oran ont permis de mener un travail de reportage de terrain et d’outiller ces professionnels de concepts concrets afin de favoriser un meilleur traitement du sujet.” se souvient Charles Autheman. Depuis l’expérience fructueuse de l’Institut Panos en Algérie, peu d’initiatives ont été organisées. Les recommandations et observations de certains rapports n’ont pas été appliquées, ni même retenues comme références pour couvrir la migration chez nous.

Attaques

Ce point est soulevé lors de la couverture des événements dramatiques, notamment entre 2015 et 2016: l’affaire du viol collectif d’une migrante, les expulsions massives, les migrants morts brûlés dans un hangar à Ouargla, les attaques contre migrants à Béchar, et récemment à Dely Brahim. Pour Brahim Mahdid, Coordinateur communication à Amnesty International Algérie “Chez nous, les médias ont une grande influence, et surtout une grande responsabilité. Malheureusement, certains d’entre eux – des deux rives de la Méditerranée- manipulent la réalité et présentent ces migrants, réfugiés et demandeurs d’asiles, qui ont fui la guerre et la violence dans leurs pays pour vivre en sécurité, comme des  » envahisseurs » et  » criminels » qui  » menacent notre sécurité » ou qui sont  » porteurs de maladies ».” déclare-t-il.

“Ce discours alimente le racisme, favorise la discrimination et le rejet de ces personnes.” affirme Brahim Mahdid, en fin observateur côtoyant les médias depuis plusieurs années, il constate que “peu de journalistes sont formés pour couvrir ce sujet et, par conséquent, peu font, par exemple, la différence entre un réfugié, un migrant et un demandeur d’asile. Les mots ont leur importante ! D’ailleurs, c’est dans cette optique qu’Amnesty International Algérie lancera, cette année, une série de séminaires de formations au profit des journalistes algériens sur le traitement de l’information relative à cette thématique, mais aussi aux violences contre les femmes et la peine de mort. Ces séminaires seront animés par un professeur à l’école nationale supérieure de journalisme.” annonce-t-il. Lire la suite

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