formats

Marche historique des médecins à Oran

Publié le 10/01/2018, par dans Non classé.

La marche nationale des médecins résidents a finalement eu lieu comme prévu, hier à Oran, avec pas moins de 15 000 blouses blanches battant le pavé, selon les organisateurs.
En effet, des milliers de médecins, dont la plupart des résidents, mais aussi des pharmaciens et des dentistes, ont répondu à l’appel du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) et se sont rassemblés très tôt le matin au Centre hospitalo-universitaire Docteur Benzerjeb.

Dès 9h, les manifestants étaient déjà organisés : banderoles, pancartes, haut-parleurs et blouses de médecin. La marche a débuté à partir du CHU, peu après 10h, suivant un itinéraire sécurisé par la police.

Les médecins grévistes donnaient de la voix en chœur sur la rue des Frères Bouchakour derrière l’hôpital, suivant un rythme parfaitement synchronisé, pour ensuite arriver à l’avenue Cheikh Abdelkader qui mène vers la station radio El Bahia, puis le boulevard du Colonel Ahmed Ben Abderrezak. Une halte a été observée au niveau de la place des Frères Ould Ahcène en face du siège de la wilaya, les passants sortant leurs smartphones devant cette marche impressionnante des médecins et réagissant à leurs slogans.

La marche a continué jusqu’au monument du Chahid Zabana, sur le rond-point et la place du même nom pour faire demi-tour, en passant de nouveau sur le même itinéraire. « Nous n’avons pas peur !», « Y’en a marre!», « Dignité, fierté», ou encore « Quelle honte, ministère sans décision», étaient les slogans scandés en français, en arabe littéraire et en derja par les médecins qui ont exprimé leur colère et leur ras-le-bol face à leurs conditions d’études et de travail.

Malgré la force des messages et la colère des grévistes, cette marche historique a été vécue comme une fête de délivrance et un signe fort de solidarité, d’union, de mobilisation, mais aussi une leçon de militantisme, tant sur le plan organisationnel que sur le niveau de conscience et de l’engagement. Pour rappel, cette marche nationale a été décidée suite à la répression violente dont ont été victimes les résidents grévistes à l’hôpital Mustapha Bacha, à Alger, la semaine dernière.

Le Camra a lancé un appel qui a été soutenu par les autres organisations du secteur de la santé, notamment les médecins enseignants et autres partis politiques et syndicats. Les membres du Camra qui revendiquent principalement la révision du système du service civil, se sont félicités de l’organisation « réussie» de cette marche ainsi que du soutien et de la présence des autres médecins.

Le Dr Tayleb Mohammed a déclaré : « Nous sommes 15 000 médecins à marcher aujourd’hui. Nous avons été soutenus par beaucoup de monde, notamment le Syndicat des enseignants chercheurs (Snechu, ndlr), les médecins externes, les médecins internes, les médecins du privé et nous les remercions d’être avec nous aujourd’hui.» Lors d’un point de presse improvisé au milieu de la marche, ce docteur a assuré que « la grève continuera tant qu’aucun document officiel écrit noir sur blanc n’aura été communiqué».

« Nous ne croyons pas aux déclarations faites sur les chaînes de télévision», a-t-il lancé, faisant référence à l’intervention du ministre de la Santé lundi soir sur Canal 3. Et de commenter les propos du ministre, le Dr Tayleb ajoute : « En réalité, il n’a rien annoncé. Sur la question de la possibilité de remplacement pour les spécialistes, je peux affirmer que ça ne veut rien dire, car il n’y a pas chez qui remplacer dans le Sud.

Toutefois, nous voulons envoyer un message aux citoyens pour qu’ils comprennent ce qui se passe. Les médecins spécialistes n’ont jamais revendiqué l’annulation du service civil. Nous voulons que les conditions d’exercice de notre métier soient améliorées, notamment dans les zones dites reculées et c’est justement pour une meilleure prise en charge des patients.

Si nous avions un cadre favorable, sachez que beaucoup de médecins s’installeraient dans ces zones après avoir terminé leur service civil. Cela réduirait aussi la pression sur les grandes villes, celles du Nord.» Pour sa part, le Dr Ikbal Abderrahmane, membre du Camra, a rappelé qu' »aucune décision n’a été prise suite à la réunion de 15 minutes tenue avec le ministre de la Santé». Il a également souligné le problème du service militaire national : « Le médecin spécialiste qui a plus de 30 ans ne bénéficie pas de la grâce et est considéré comme insoumis. Nous voulons l’égalité avec le reste des citoyens sur ce point.

D’ailleurs, nous n’avons pas de statut particulier et nous ignorons quelle est notre tutelle», a-t-il expliqué. Ce résident a également réagi aux propos rapportant que des policiers ont été agressés par des médecins. Il déclare : « C’est faux ! Aucun médecin n’a jamais agressé un policier. Ce qui s’est passé à Alger est une injustice. Les policiers sont entrés jusqu’à 15 mètres à l’intérieur de l’hôpital, ce qui est inacceptable.

Et il y a des médecins blessés.» Par ailleurs, le Snechu qui soutient les résidents a annoncé le boycott des examens de fin de spécialités, le fameux DEMS. Le Dr Remini Anour, chirurgien à Oran et membre du bureau national du Snechu, s’est exprimé : « C’est un jour historique et mémorable.

Des médecins, pharmaciens, et chirurgiens-dentistes des quatre coins du pays ont marché à Oran pour la dignité et l’honneur des professionnels de la santé dont le silence n’a que trop duré.» En somme, les médecins résidents viennent d’envoyer un message fort à travers cette impressionnante marche pacifique qui a plongé les artères principales d’Oran dans une ambiance bouleversante, démontrant un degré de civisme et d’engagement digne des héros de tous les jours, les médecins.
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé Marche historique des médecins à Oran
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair