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Louisa Hanoune : «La menace du chaos est réelle»

Publié le 19/01/2017, par dans Non classé.

Pour la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), la participation aux législatives « dépasse de loin la question des élections». Compte tenu du fait que dans un contexte mondial et régional tendu, le scrutin devient un rendez-vous avec le destin. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, elle explique la position de son parti et met en garde contre une somalisation du pays…
– Vous venez d’annoncer la participation du PT aux prochaines élections législatives, qui vont se tenir dans une situation que vous-même qualifiez de « très dangereuse». Une telle décision ne va-t-elle pas cautionner le système qui est à l’origine des dérives ?

Un parti authentique se détermine par rapport à une élection en fonction de la situation politique. C’est précisément parce que la conjoncture est, de notre point de vue, la plus dangereuse depuis l’indépendance que cette décision a été prise. Même durant la guerre contre le terrorisme, l’Etat était soudé, fort et avait pour objectif de préserver le pays et l’unité nationale.

Au sein de la société, même s’il y avait des déchirures atroces, la préservation du pays était le dénominateur commun à un moment où le Plan d’ajustement structurel avait, en définitive, prolongé la vie du terrorisme et fragilisé le tissu social. Aujourd’hui, la situation est différente pas seulement en interne, mais aussi à l’international.

Nous sommes face à une situation que personne ne pouvait imaginer il y a dix ans. Il y a une tendance à la généralisation de la guerre sociale contre les travailleurs et les peuples sur tous les continents, à commencer par l’Europe et les Etats-Unis, et la guerre contre les pays opprimés comme le nôtre, c’est-à-dire en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et dans une partie de l’Europe de l’Est.

En réalité, notre pays se trouve dans un environnement chargé de terrorisme, de contrebande, de trafics mais aussi de convoitises étrangères par l’installation de bases militaires pas seulement américaines, mais aussi européennes. C’est une crise sans précédent. Aucun pays ne peut prétendre être épargné, sauf celui qui a une immunité sociale plus importante que l’immunité politique.

D’ailleurs, un régime totalitaire peut durer longtemps s’il s’assure une immunité sociale. Nous l’avons vécu sous Houari Boumediène. Cependant, si sur le plan social il y a une descente en enfer, comme c’est le cas aujourd’hui, le pays perd cette immunité partielle acquise entre 2008 et 2014 — à travers les augmentations de salaires, la création de postes d’emploi, même précaires, au profit des jeunes à travers les dispositifs d’aide mis en place, le logement, etc. — qui a permis d’échapper au pseudo « printemps arabe».

La conjugaison de plusieurs facteurs a changé la donne. Sur le plan social, il y a une perte quasi totale de l’immunité et qui se poursuit, de la provocation en permanence ciblant la majorité à travers des décisions ou des lois — comme celle sur la retraite —, la suppression d’emplois dans la Fonction publique, le gel des salaires et l’entrée de plain-pied dans la récession. En même temps, sur le plan politique, le rétrécissement des libertés est devenu intolérable.

Devant un tel contexte, deux choix s’imposent : décider d’abandonner le terrain et adopter l’attitude de spectateur, ou alors prendre ses responsabilités et se dire que nous n’avons pas le droit de laisser le pays aller à la dérive sans tenter de le sauver. Un véritable parti politique se positionne en fonction des intérêts du pays. Au PT, nous considérons que ces législatives seront une charnière. Elles ne ressemblent à aucune autre élection depuis l’indépendance. Cette décision a été déterminée par la caractérisation des enjeux du moment.

Il y a conjugaison de processus extrêmement dangereux qui menacent le pays d’une « somalisation» certaine. Nous sommes arrivés à la conclusion que le maintien du système, c’est la mort programmée du pays. Il est obsolète et périmé. Il n’est porteur que de violence, de décomposition, de pollution politique et de corruption à grande échelle érigée en système. Dans ces conditions, qu’allons-nous faire si nous ne participons pas au scrutin ?

– Dans de telles conditions et avec un tel système, ces élections ne risquent-elles pas de mener le pays vers le chaos ?

La menace du chaos est réelle. Les forces de réaction veulent davantage de régression sur le terrain social et des libertés afin de préserver les intérêts d’une infime minorité oligarchique prédatrice, avec laquelle elles ont fait jonction et qui elle aussi a l’intention de se servir des élections pour accaparer le pouvoir politique à la manière du scrutin de 2010 en Egypte, sous le règne de Hosni Moubarak. Toute l’opposition a été écartée parce que les oligarques ont décidé de prendre les centres de décision politiques après avoir accaparé les centres de décision économiques et financiers.

– Ne sommes-nous pas déjà dans cette situation ?

Pour l’instant, les oligarques sont dans les décisions économiques et financières, mais pas dans les centres politiques. Ces personnes travaillent pour leur intérêt. Elles ont des liens avec l’étranger. Si c’étaient simplement des riches, cela ne poserait pas de problème. Mais celles dont je parle constituent un danger pour la souveraineté du pays.

L’enjeu est l’existence même du pays. Allons-nous rester les bras croisés ? La politique est un long processus. Notre parti est né de luttes dans la clandestinité, sur le terrain des revendications démocratiques et sociales. Nous ne sommes pas nés en 2012 ou en 1988. Nous avons une histoire et un lien direct avec la Révolution algérienne depuis 1945. Nous avons boycotté les municipales en 1990, les législatives de 1991 parce que nous sentions le bain de sang. Et le temps nous avait donné raison.

Nous nous sommes abstenus en 1995 et retirés des élections communales en 1997à cause de la censure. En, 2012, nous avions décidé de ne participer qu’aux assemblées de wilaya. A chaque fois, c’étaient l’état du pays et les enjeux du moment, mais aussi les intérêts du parti qui dictaient nos décisions. Il ne faut pas se leurrer. Aujourd’hui, un parti seul ne peut contrer un tel cours dévastateur. Il y a des patriotes à tous les niveaux, qui œuvrent Lire la suite

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