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L’OS, cette organisation marginalisée…

Publié le 07/11/2017, par dans Non classé.

Nacer Eddine Aït Mokhtar, chef de l’OS. Sa vie est digne d’un roman époustouflant. Gisela Goethner, auteure du livre « La Guerre d’Algérie en France : Mémoires et combats 1956-1962» raconte passionnément le parcours de cet homme dont elle fait connaissance dans le feu de l’action de la guerre de libération avant de devenir son épouse.
Voilà en effet un homme qui laisse tomber ses études de médecine, après d’énormes sacrifices et d’obstacles surmontés sur le chemin de la réussite, de surcroît dans l’univers étouffant du système colonial français des années 1950, pour suivre une formation militaire d’officier avant de s’engager dans la lutte de libération nationale.

La Fédération de France du FLN venait ainsi de mettre la main sur un jeune étudiant dynamique et débordant d’énergie qui aura la tâche de lancer, sous la férule de la direction politique de la Fédération du FLN en France, l’Organisation secrète (OS), sur le modèle de l’OS de Belouizdad, Aït Ahmed, puis Ben Bella de la fin des années 1940, qui a permis quelques années plus tard le déclenchement de la guerre d’indépendance. Adjoint de Saïd Bouaziz, il sera ainsi le premier chef, entre 1957 et 1960, qui incarnera la lutte armée au nom du FLN sur le sol français.

Il s’agissait en effet pour le FLN alors d’ouvrir un nouveau front sur le territoire français afin de soulager les maquis en Algérie de la pression grandissante qu’ils subissaient sous les actions violentes des militaires français. Nacer Eddine Aït Mokhtar arrivera ainsi avec toute une équipe de militants au long cours et plus déterminés que jamais à mettre en place une organisation aussi secrète qu’efficace sur le terrain de la lutte armée. Les membres aguerris de cette organisation, ayant suivi une formation militaire intensive, ont réussi à mener des actions spectaculaires qui ont sérieusement mis à mal les autorités françaises.

« En 1958, l’action de la fédération de France du FLN va prendre une ampleur insoupçonnée. (…) Pendant que les combats s’intensifiaient en Algérie, la fédération du FLN entreprit des opérations d’envergure, en France, en exécution de la directive du CCE. Un plan d’action avait été élaboré pour être mis en œuvre dans la nuit du 24 au 25 août 1958. Le 24 août, à minuit, plusieurs objectifs à caractère économique et militaire sont attaqués, sont visés des raffineries, des dépôts de carburant, des centres industriels, des usines d’armement et des installations militaires.»

Ces effectifs, composés d’éléments provenant généralement des groupes armés et ayant subi un entraînement particulier à caractère militaire dans les camps de l’ALN de Larache au Maroc, s’élevaient, en 1958, à environ 300 hommes. Mais l’Organisation devait aussi mener d’autres actions, comme l’exécution de harkis ou contre des personnalités particulièrement hostiles à la cause de l’indépendance, comme Jacques Soustelle, ancien gouverneur général d’Algérie, ou contre des collaborateurs notoires ….

Ce livre, Mme Aït Mokhtar l’a écrit sur la base des documents légués par son mari et de son propre vécu aux côtés de son chef, étant elle-même engagée dans la Guerre de Libération nationale. Elle aborde d’ailleurs avec minutie la partie où elle fait la connaissance de celui qui deviendra son mari et son chef. Elle relate comment, à l’indépendance, il se désintéresse de la chose du pouvoir ; il décide de reprendre ses études de médecine et finit par arriver au plus haut degré de l’échelle avec un grade de professeur. Il troque ainsi sa carrière de politique ou de militaire, dont il n’avait du reste pas le statut, pour celle de scientifique.

Mais avant, elle aborde l’épisode de sa fuite en Allemagne après avoir été découvert par les limiers français en 1960. Le livre, inédit (hormis celui publié par l’historien Daho Djerbal), reste une référence sur cette organisation méconnue par les Algériens. D’autres responsables lui ont succédé à la tête de l’Organisation ou ont officié au sein de sa hiérarchie. Très documentée, cette contribution à l’écriture de l’histoire sur la Guerre de Libération nationale est d’une valeur certaine. Elle pose en même temps un regard sans complaisance sur la période post-indépendance.

A ce titre, Nacer Eddine Aït Mokhtar, à travers ce livre post-mortem, semble avoir laissé une dernière cartouche à tirer sous le ciel algérien afin de secouer les consciences et dénoncer une espèce de « fait accompli» de l’histoire aux dépens de ses compagnons de lutte. Car son témoignage a la force d’un coup de feu, quand il déclare : « La lutte des émigrés algériens pour l’ouverture d’un deuxième front, qui a porté la guerre en plein cœur du territoire ennemi, fut un exemple unique dans les annales de la colonisation dans le monde entier (…).

Les observateurs étrangers qui vivaient en France ou qui s’y trouvaient temporairement étaient obligés de voir, de se poser des questions et de conclure à la réalité du problème algérien qui est celui du combat pour l’indépendance, mené sous l’égide du FLN et de l’ALN. Ils y étaient confrontés à la dure réalité d’un Etat de guerre. Plus tard, cette organisation qui faisait partie de l’ALN sera frappée d’ostracisme et de marginalisation. Elle fera un pan volontairement occulté par le pouvoir de Ben Bella, suite à ses prises de position de 1962, et dès lors, par esprit de vengeance, elle sera même dépossédée du titre honorifique de l’ALN, sigle sous lequel les militants de l’émigration menaient leur combat.

Du point de vue du premier président de l’Algérie indépendante, ces frères ‘‘n’étaient pas habilités » (voir déclaration de Ben Bella à l’Assemblée pour citation exacte). Il est grand temps que les autorités compétentes rétablissent enfin ces djoundiates et djounoud dans leur droit et les considèrent comme des citoyens à part entière. Il est indéniable que les frères de l’émigration avaient contribué d’une manière la plus exhaustive à la lutte pour la Libération nationale avec des réseaux d’organisation irréprochable, dès lors qu’ils étaient engagés dans l’ALN, donc appartenant à une armée, et leurs chefs étaient soit des officiers, soit des entraînés dans les bases militaires en vue d’exécuter des missions spéciales et dangereuses en territoire ennemi. Leur engagement était volontaire, total, soumis à Lire la suite

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