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«Lorsqu’il n’y aura plus de violence dans la rue, nous aurons éradiqué la violence dans les stades»

Publié le 14/05/2018, par dans Non classé.

Entretien réalisé par Salim mesbah

Comment expliquer la recrudescence de la violence dans les stades ?

Le phénomène de la violence n’est pas spécifique au football ni à la société algérienne. Il a de tout temps existé et est souvent favorisé par des éléments déclencheurs qui se construisent tout au long d’un processus très complexe.

Je dis complexe, car il s’agit de prédispositions acquises par les jeunes à travers toutes les différentes étapes de leur socialisation (au sein de la famille et à l’école), mais relatives également aux contextes social, économique, culturel et idéologique dans lesquels ils évoluent quotidiennement. Si nous prenons par exemple les dessins animés qui sont programmés pour nos enfants sur les écrans de nos télévisions, nous remarquerons que tous contiennent des scènes de violence, très souvent reproduites à chaud par nos enfants.

Mais pour revenir à la violence dans les stades, certains éléments participent à l’aggraver, comme par exemple les antécédents entre équipes, les affaires de coulisses et surtout les enjeux de fin de saison (qualifications et relégations), que les autorités doivent prendre en considération afin d’en atténuer les conséquences.

Mais avant d’entrer dans les stades, il faut avouer que déjà dans la rue les violences verbales et symboliques (gros mots, insultes, tags et graffitis) sont monnaie courante dans les pratiques quotidiennes de nos jeunes qui, ne l’oublions pas, vivent dans leur grande proportion une situation de chômage et qui n’ont aucune perspective d’avenir.
Très souvent, franchir le pas vers l’acte de violence reste chez ces jeunes le seul moyen de paraître, d’exister ou de laisser leur empreinte.

Le stade est-il devenu le seul espace de liberté pour les jeunes ?

Je dirais plutôt un espace de permissivité extrême. Dans cet espace, les jeunes supporters crient, insultent et dénoncent également le système dans lequel ils vivent. Nous retrouvons cela dans les paroles des chants des supporters, qui ne parlent pas que de leur club de football, mais également de la réalité du vécu chez ces jeunes. C’est donc aussi, comme vous l’avez dit, l’un des rares espaces de liberté. Ce qui désole néanmoins, c’est que cette liberté accordée à nos jeunes dans les stades franchit souvent des limites de violences insoupçonnées.

L’effet de groupe et de foule est important dans l’émergence de cette violence…

Oui, il est clair que dans n’importe quelle manifestation de masse, l’effet de groupe et de foule qui participe à créer de l’anonymat participe à faciliter le recours à des formes de violence. Et c’est surtout à travers les joutes verbales de groupes de supporters adverses qu’émergent certaines formes de ces violences et qui peuvent ensuite prendre des proportions alarmantes, sans que cela ne soit relatif à des enjeux pouvant être considérés comme proportionnés.

La rivalité entre quartiers, le sens de l’honneur et le passage à l’acte peuvent-ils expliquer cette violence ?

Oui, et je pense que nous avons là une grande part d’explication par rapport au passage à l’acte de violence. C’est ce sentiment d’appartenance symbolique à une équipe et les rivalités avec d’autres équipes qui créent chez les jeunes des sentiments de fierté, de joie, de peine et de colère qui se traduisent chacun par un réflexe ou une réaction particulière chez nos sujets.

Le ministre des Affaires religieuses veut faire venir des imams dans les stades. Est-ce une solution ?

Nous n’avons rien à perdre en essayant. Mais je ne pense pas qu’ils y seront très performants et je doute fort bien que les jeunes se laissent faire sur la seule parcelle de liberté qui leur reste au sein de leur territoire. Il ne s’agira pas seulement pour ces imams de combattre la violence physique, mais également son lot de violences symboliques, verbales… comme ils doivent également se préparer à y combattre la consommation et la vente de produits illicites (qui très souvent participe et incite à cette violence). Si le stade est souvent considéré comme une échappatoire pour les jeunes, on dit aussi souvent que c’est une soupape de sécurité qui permet aux jeunes de respirer. Voudrait-on les priver du dernier espace de liberté qui leur reste ?

Quelles sont les solutions pour enrayer ses violences ?

Il faut être strict ! Infliger des sanctions et des amendes aux fauteurs de troubles et engager des poursuites judiciaires contre ceux qui provoquent n’importe quel genre de violence.

En un mot, il s’agit d’instituer tout un programme dans lequel il faudra apprendre la civilité aux citoyens.

Ce sera, à mon avis, que lorsqu’il n’y aura plus de violence dans la rue que nous aurons éradiqué la violence dans les stades. Lire la suite

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