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Lorsque la justice protège les intérêts du clan présidentiel

Publié le 21/03/2016, par dans Non classé.

Après avoir quitté le pays dans la précipitation, refusé de répondre aux convocations de la justice, en tant que témoin, Chakib Khelil, ancien ministre de l’Energie, revient en Algérie par la grande porte, suscitant interrogations et stupéfaction chez les Algériens.
Interrogations sur la suite à donner au scandale Sonatrach 2, en instruction au pôle judiciaire spécialisé d’Alger et pour lequel il a fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, et stupéfaction en raison du tapis rouge qui lui a été déroulé à l’aéroport d’Oran alors que, jusqu’à preuve du contraire, son dossier est toujours pendant au niveau du pôle judiciaire spécialisé d’Alger.

En effet, il est important de rappeler que l’annulation de la procédure du mandat de dépôt par la chambre d’accusation en décembre 2013, dans la discrétion la plus totale, a été justifiée par « un vice de procédure lié au principe de privilège de juridiction. Etant donné son statut de ministre, Chakib Khelil ne pouvait être poursuivi ou entendu que par un juge de la Cour suprême».

Cette annulation ne peut pas effacer d’un trait le dossier instruit par le pôle judiciaire d’Alger, et pour lequel de nombreuses personnalités du domaine de l’énergie avaient été inculpées et placées sous contrôle judiciaire.

Les faits n’ont pas été « fabriqués», comme l’affirme Amar Saadani, par des agents du DRS. Il s’agit de révélations contenues dans des commissions rogatoires émises par plusieurs pays, notamment l’Italie, faisant état « de graves faits liés à la corruption et au blanchiment de fonds à travers des transactions douteuses», avait expliqué dans sa conférence de presse du 12 août 2013 l’ex-procureur général près la cour d’Alger, Belkacem Zeghmati, débarqué de son poste en septembre 2015.

Commis entre 2013 et 2011, ces faits, avait précisé le procureur général, ont valu des mandats d’arrêt à Chakib Khelil, son épouse, ses deux enfants, Farid Bedjaoui et à quatre autres personnes. Mieux, Zeghmati va même jusqu’à affirmer que Chakib Khelil « a refusé de répondre aux convocations du juge et aux accusations de corruption, en prétextant son incapacité de voyager pour des raisons de santé. Raison pour laquelle un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui».

Lors de cette conférence de presse, le magistrat avait même déclaré : « Les juges algériens n’ont pas attendu les Italiens pour mener à bien leur enquête.» En fait, Zeghmati n’avait pas tort.

La première enquête sur Sonatrach a été ouverte dès 2007, une fois que le décret présidentiel de la création du service de police judiciaire, au sein du DRS, a été promulgué et sa mise en service opérée. Les premiers éléments d’information auxquels sont arrivés les enquêteurs se limitaient au dossier Sonatrach 1 relatif aux contrats de télésurveillance, de la réalisation du gazoduc GK3 et de l’étude de réfection du siège de Ghermoul.

Toute la direction de la compagnie a été déférée devant le parquet d’Alger en janvier 2010, après plus de six mois d’enquête préliminaire. Jusque-là, Chakib Khelil n’a à aucun moment été inquiété.

Même lorsque Belkacem Boumediene, vice-président de l’activité Amont, avait évoqué avec lui les informations auxquelles étaient parvenus les officiers du DRS durant l’été 2009. Khelil va jusqu’à rassurer les cadres dirigeants de Sonatrach mis en cause, en affirmant publiquement qu’il n’y a pas d’affaire Sonatrach et en constituant un groupe d’avocats pour les défendre, avant d’être dissuadé, vu la gravité des faits. Quelques mois plus tard, Chakib Khelil est démis de son poste, alors que l’instruction se poursuivait.

Lorsque le juge chargé de l’affaire délivre des commissions rogatoires à plusieurs pays, il ne s’attendait certainement pas à recevoir des réponses surprenantes vers la fin de l’année 2012. Du côté du DRS, les officiers de la police judiciaire ne se sont pas arrêtés au premier dossier. Leur enquête s’est poursuivie jusqu’à fin 2012. Leurs informations vont être confortées par celles contenues dans les commissions rogatoires.

Sonatrach 1 s’avère être du « pipi de chat» devant Sonatrach 2, où les noms de Chakib Khelil, de son épouse, de ses deux enfants et celui de Farid Bedjaoui sont cités.

Février 2013, la colère du Président…

Un rapport détaillé est remis au président de la République, qui profite de la célébration de l’anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures pour se démarquer de son « homme de confiance». Dans un communiqué lu en son nom, le président de la République refuse de « passer sous silence» les scandales liés à la gestion de Sonatrach en disant : « Ces informations soulèvent notre révolte et réprobation, mais je fais confiance à la justice de notre pays pour tirer au clair l’écheveau de ces informations, pour situer les responsabilités et appliquer avec rigueur et fermeté les sanctions prévues par notre législation.» Chakib Khelil est de plus en plus discret, lui qui avait déclaré, lors de sa dernière apparition à l’APN, au début de l’année 2010, que l’affaire Sonatrach visait « le clan du Président».
En Italie, l’affaire Saipem-Sonatrach fait la une de tous les médias.

Des pots-de-vin d’un montant de 197 millions d’euros ont été versés par Saipem pour obtenir, entre 2007 et 2009, sept contrats totalisant 8 milliards d’euros grâce à l’entremise de Farid Bedjaoui, homme de confiance de Chakib Khelil. Présenté par la presse italienne comme une pièce maîtresse du système de corruption, Pietro Varone avait jeté un pavé dans la mare en citant les noms de l’ancien ministre et de son homme de confiance, Farid Bedjaoui, affirmant que les commissions étaient versées à la Pearl Partners Limited basée à Hong Kong.
Les révélations du tribunal de Milan (Italie) accélèrent l’affaire en Algérie et suscitent la réaction du procureur général, Belkacem Zeghmati.

Dans un communiqué, ce dernier affirme que « l’implication de personnalités algériennes dans des faits à caractère pénal et plus précisément de corruption dans l’exercice de leurs fonctions au sein d’institutions de l’Etat sont en relation avec l’information judiciaire déjà ouverte auprès du pôle pénal spécialisé de Sidi M’hamed dans le cadre de l’affaire dite Sonatrach 2».

Le 28 avril 2013, le président Bouteflika est évacué vers l’hôpital militaire Val-de-Grâce, en France, à la suite d’un grave malaise cardiaque.

Alger et Milan, mêmes objectifs

La convalescence du Président dure jusqu’au mois de juillet. Très Lire la suite

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