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L’objectif du pouvoir est de récupérer l’opposition

Publié le 24/06/2016, par dans Non classé.

Le 1er juin, Jil Jadid se retirait de la Coordination pour la liberté et la transition démocratique (CTLD), coalition de l’opposition regroupant un large éventail de courant politique. Soufiane Djilali s’explique sur ce divorce politique et prévient contre les nouveaux pièges du régime.
– Pourquoi avoir quitté la CLTD ? Pensez-vous que la coalition est arrivée à bout ou que l’essoufflement a eu raison de l’opposition ?

Oui, on peut le dire ainsi. En fait, il y a quelques mois déjà, j’avais relevé que nos rencontres mensuelles étaient devenues stériles. Nous avions épuisé les raisons communes qui nous avaient réunis et n’étions plus en mesure de renouveler nos perspectives. Il y avait aussi, comme une épée de Damoclès sur nos têtes le fait qu’à tout moment la situation pouvait exiger des élections anticipées, qu’elles soient présidentielles ou législatives et nous n’étions pas sur la même longueur d’onde pour affronter ensemble un tel défi. Le groupe étant idéologiquement hétéroclite, nous ne pouvions nous entendre que sur des positions pratiques et des exigences politiques qui cadrent avec la plateforme de Zéralda.

La CLTD avait réussi à créer tout de même des événements politiques essentiels et reconfigurer l’opposition ces deux dernières années. C’était dommage de la voir se neutraliser elle-même. J’ai alors tenté de faire des ouvertures sur des sujets politiques pratiques pour dépasser le blocage : engagement de tous à ne jamais ouvrir une « négociation» individuellement, à s’entendre sur une position commune concernant les élections, à discuter sur un programme commun, à débattre d’un modèle de Constitution, etc. Je reconnais n’avoir pas pu convaincre les partenaires de l’intérêt d’un tel agenda.

En fait, mon sentiment est que chacun estimait qu’il fallait maintenir la CLTD, mais qu’en même temps, chacun voulait rester totalement libre de tout engagement. En gros, l’image de la CLTD faisant de l’opposition était bonne à prendre, mais les uns et les autres se sentaient en droit de négocier directement avec le pouvoir et opter pour la participation aux élections sans prendre l’avis des autres. J’en ai parlé ouvertement à tous de cette situation. J’ai même proposé que l’on puisse arriver à un consensus pour « atterrir» en douceur en trouvant une formule plus souple, à l’image d’un forum par exemple et en renforçant l’ICSO.

Je comprends très bien les réticences des membres de perdre un tel outil et je n’avais pas réussi à les convaincre à passer à autre chose. A ce blocage de perspectives, s’est ajoutée l’insistance récente d’aller vers un gouvernement d’union nationale. Je dois dire qu’un seul membre en faisait état publiquement, mais tous les autres s’en accommodaient. Et cela je ne l’ai ni compris ni accepté. Je ne peux pas accuser quiconque d’avoir négocié en dessous de la table, mais ma confiance a été ébranlée. Il me fallait alors tirer la conclusion : soit j’accepte la situation et je me tais, soit j’assume mon retrait de la CLTD. Moralement, je n’avais plus le choix.

– Vous n’aviez pas peur de rendre service au pouvoir en affaiblissant ainsi l’opposition ?

Nous nous sommes posé cette question au sein du Conseil politique de Jil Jadid. Il ne fallait en aucun cas porter préjudice à l’opposition, mais en même temps nous ne pouvions pas nous laisser prendre dans un piège par manque de lucidité. D’ailleurs, nous avions évité de faire du tapage médiatique. Pourtant, je pense que le pouvoir était très au fait de l’évolution interne de la stratégie de certains membres de la CLTD et se frottait les mains.

Quelle belle prise il en ferait ! En 2017, la contestation du pouvoir aurait été close. Pratiquement tous les partis seraient impliqués dans la gestion du pays. Il n’y aurait plus de remise en cause de la légitimité du système et l’opposition aurait à partager le bilan gouvernemental. N’est-ce pas là une aubaine pour le régime ? Il aurait réduit à néant le travail de l’opposition, brisé de nouveau le peu de confiance que nous avions acquise auprès de l’opinion publique, impliqué l’opposition dans sa gestion calamiteuse et rester plus que jamais maître du jeu.

Et ce que je dis n’est pas une vue de l’esprit. Avez-vous remarqué l’attitude des médias appartenant au pouvoir par rapport à cet événement ? Si le geste de Jil Jadid avait causé du tort à l’opposition, soyez sûr que le pouvoir aurait saisi l’occasion, par ses médias et ses partis, pour claironner la débandade chez l’ennemi. Eh bien, il n’y a eu rien de tout cela, sinon une gêne à peine voilée. D’ailleurs, comme en échos aux paroles de ceux qui demandaient la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, M. Ouyahia a tendu la main à l’opposition lors de sa dernière sortie médiatique et M. Saadani lui fait, ces derniers temps, les yeux doux.

La stratégie du pouvoir est ainsi claire et nette : éteindre toute contestation par la distribution de quotas aux législatives, suivi de quelques postes ministériels et repartir d’un bon pied pour préparer la succession de M. Bouteflika dans la tranquillité. L’objectif du pouvoir était de récupérer dans son giron une CLTD devenue porte-parole de l’opposition. Je préfère me voir exclu du champ politique que de m’associer à cette entourloupe.

– Comment peut-on continuer à faire de la politique dans un contexte imposé par le pouvoir qui assassine tout ce qui est politique justement ?

Tout le dilemme est là. Le pouvoir veut domestiquer toute l’action politique. C’est sa nature qui l’impose. C’est à la société de réagir. La classe politique doit prendre du recul. Elle doit assumer sa responsabilité. Le régime algérien doit céder la place à un nouveau mode de gouvernance. Non seulement il est totalement anachronique mais l’ampleur de la prédation est devenue un danger potentiel pour la sécurité nationale. Le problème est qu’au fond, l’opposition ne croit pas en elle-même, elle pense que le pouvoir est invincible et qu’il lui faut, pour survivre, s’inscrire dans son jeu. Dans ces conditions, les calculs politiciens reprennent le dessus.

A mon sens, l’opposition doit rester sur des positions très strictes. Il faut réclamer des règles du jeu politique aux normes Lire la suite

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