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«L’objectif de l’Opep est difficile à atteindre, mais indispensable pour stabiliser le marché»

Publié le 01/10/2016, par dans Non classé.

Après l’annonce d’un accord pour une réduction des niveaux de production, quels sont les défis auxquels l’OPEP sera confrontée dans les prochains mois ?

L’OPEP s’est donnée un défi majeur en annonçant qu’elle avait décidé de se donner un niveau objectif de production de 32,5 millions à 33 millions de barils par jour, lorsqu’elle se réunira le 30 novembre prochain à Vienne. Ce faisant, elle se met elle-même sciemment sous pression pour s’obliger à parvenir à un accord. D’une part, la problématique est difficile à résoudre, notamment pour ce qui est de la répartition de ce niveau de production entre les 14 pays membres de l’Organisation et, d’autre part, l’échec serait catastrophique parce qu’il provoquerait une nouvelle baisse des prix du pétrole.

Justement, dans quelle mesure l’OPEP pourra-t-elle mettre en application l’accord d’Alger ?

Ce qui est intéressant dans les chiffres annoncés par l’Opep, c’est qu’une souplesse y est prévue, car les ministres sont tout à fait conscients de la difficulté de la tâche. Les niveaux réels de production de plusieurs pays membres de l’OPEP ne sont pas connus et les chiffres annoncés par les uns et les autres sont remis en question par les pays concernés. Il y a donc un problème de vérité des chiffres à régler d’abord, afin de pouvoir ensuite discuter de la répartition du niveau de production global entre les pays membres.

Déjà dans le passé, ce problème a été difficile à résoudre et parfois l’OPEP échouait dans cette problématique. Aujourd’hui, la question est encore plus délicate, parce que les incertitudes sont plus nombreuses et plusieurs pays sont en phase d’augmentation de leurs capacités de production, comme l’Irak et l’Iran. En plus, nous avons des pays comme la Libye et le Nigeria qui sont plongés dans des problèmes politiques internes qui affectent lourdement leurs niveaux de production. La tâche sera donc extrêmement difficile et c’est probablement pour cela que l’OPEP a voulu se forcer la main en annonçant d’ores et déjà qu’elle se donnait un objectif de production de 32,5 à 33 millions de barils/jour.

L’OPEP a également décidé d’instaurer une commission de suivi. Certains observateurs parlent d’une grande nouveauté…
Je crois que la grande nouveauté, c’est vraiment d’annoncer par avance un objectif, difficile à atteindre, mais indispensable pour stabiliser le marché et les prix, alors que, par ailleurs, le monde du pétrole a changé, en ce sens qu’on est plus dans l’industrie des années 1990 ou même 2000, notamment avec l’apparition des schistes aux Etats-Unis.

La structure de l’industrie pétrolière a changé et la production de pétrole ou de gaz de schiste est aujourd’hui extrêmement réactive aux variations des prix et très imaginative dans les solutions à trouver pour faire face à un environnement économique changeant. Il sera très difficile à l’OPEP de naviguer dans cette nouvelle configuration du marché pétrolier, tout en gardant la cohésion de ses membres.

Qu’en est-il de la Russie ? Pensez-vous qu’elle va rejoindre l’OPEP dans sa démarche visant à stabiliser le marché ?

Il faut rappeler que l’échec de la réunion de Doha, en avril dernier, a fortement impressionné les Russes qui ne voulaient pas reprendre les discussions avec l’Opep, tant que l’Organisation n’a pas mis de l’ordre dans ses affaires et trouvé un accord applicable en matière de production. La Russie s’est donc mise en marge des discussions qui ont eu lieu à Alger et a dit, clairement, par deux fois, que la balle était dans le camp de l’Opep. Lorsque celle-ci parviendrait à un accord, elle verrait ce qu’elle pourrait faire de son côté.

Comment analysez-vous la réaction du marché suite à l’accord annoncé ?

Le marché a réagi fortement à la hausse, parce qu’il a été surpris par la publication d’un objectif de production chiffré que personne n’attendait. On pensait que l’OPEP publierait une déclaration d’intention, mais elle a été plus loin en annonçant des objectifs chiffrés. Dans un deuxième temps, il y a eu un petit repli des prix, parce que les observateurs et les opérateurs ont commencé à se dire qu’il s’agit d’un objectif très ambitieux, mais reste à savoir si l’Organisation pourra y arriver, en raison des difficultés évoquées, d’autant que quelques ministres de l’OPEP ont eu la malhabileté de discuter publiquement de ces chiffres, ce qui en a rajouté un peu aux doutes que les opérateurs nourrissaient sur le marché quant à la capacité de trouver une solution d’ici au 30 novembre prochain.
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