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«L’islam n’est pas un catalogue de prescriptions»

Publié le 03/08/2017, par dans Non classé.

Dans cet entretien, le cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie Alawiyya depuis 1975, dissèque avec lucidité les grandes plaies de notre époque, entre violences, conflits, mondialisation sans âme, crise des réfugiés et montée des extrêmes. Il interroge également les sociétés musulmanes, majoritairement engoncées dans une religiosité étriquée et spirituellement desséchée, réduisant l’islam à un « catalogue de prescriptions» et d’interdits. Fidèle à ses convictions humanistes, le cheikh Bentounès plaide pour une culture du « vivre-ensemble» dont la clef de voûte est « l’éducation à la paix». Pour lui, la paix n’est pas un vœu pieux mais un programme d’action. « C’est même le programme le plus urgent», insiste-t-il.
– Vous militez ardemment depuis quelques années pour l’institution d’une « Journée internationale du vivre-ensemble» sous l’égide de l’ONU. Où en êtes-vous avec cette initiative ?

Ça avance mais avec difficulté. Vous savez, avec un sujet et un objectif comme celui-là, les gens, d’emblée, n’y croient pas. Donc, il faut les persuader. Il y a un moment disons… de réflexion parce qu’on a affaire à des Etats. Il y a des personnes qui adhèrent. Mais faire adhérer des Etats, ce n’est pas simple.

On sait que le monde est bâti sur des intérêts égoïstes. Alors, il faut convaincre les uns et les autres que c’est dans l’intérêt de tous, que personne n’a le tout, que chacun a une partie, et qu’il est impératif de mettre ces parties en synergie, les unes avec les autres, pour qu’on puisse préparer l’avenir. Parce que nous, notre prétention, ce n’est pas de changer le monde mais de donner au moins un sens aux générations à venir.

Comment vont-elles vivre dans un monde où la société humaine s’entredéchire ? Où le pauvre n’a pas sa place, où la puissance des puissants ne fait qu’augmenter, et où des peuples entiers, qu’ils soient du Nord ou du Sud, sont en détresse ? Tout le monde est embarqué dans la même galère. Nous essayons de semer une espérance, une graine d’espoir chez nos jeunes filles et nos jeunes garçons. Nous veillons à ce qu’ils aient au moins l’espoir que leurs descendants ne vivront pas dans un monde de sang, un monde de violence, d’incompréhension et de domination.

C’est peut-être idéaliste, mais nous n’avons rien à perdre. Nous avons essayé tous les systèmes, tous les communismes, tous les socialismes, tous les capitalismes, tout ce qu’on veut, et on est toujours au même point. Nous n’arrivons pas à nous comprendre, nous n’arrivons pas à redonner à l’humanité du sens en nous. L’humanité demeure un terme philosophique, abstrait, métaphysique, mais il n’est pas concrétisé, il n’est pas juridique, ce n’est pas une personne, ce n’est pas quelque chose qui peut parler, qui peut se défendre, parce que nous nous excluons les uns les autres, alors que nous sommes les membres de ce corps qui s’appelle « l’Humanité».

Comment lui donner une raison d’être ? Et comment partager entre nous le savoir, les connaissances, ces avoirs gigantesques qui sont chez les uns et qui ne savent pas quoi faire avec sinon acheter des armes pour se battre encore ? Et d’autres qui, au lieu d’employer cette technologie au bien-être de l’humanité, l’emploient à fabriquer des armes encore plus sophistiquées et des engins de mort encore plus puissants.

Il y a un moment où chacun de nous doit se poser la question : de quel côté je suis ? Est-ce que je fais partie de ces êtres humains qui cherchent égoïstement à vivre en paix, dans un environnement de paix, et à partager l’air, l’eau, la terre et tout ce qu’elle nous donne comme fruits, comme énergie, comme produits, équitablement, dans la mesure du possible ? Il est primordial de mettre cette éducation à la paix comme fondement de la construction de la personne humaine.

Il faut qu’elle soit inscrite dans nos écoles, dans notre pédagogie, de sorte que nos enfants grandissent avec l’affirmation que nous sommes UN, que nous formons une humanité malgré nos différences, malgré nos multiples philosophies, religions, langages, couleurs. Et personne d’entre nous ne peut vivre en dominant l’autre. Passons du système pyramidal où il y a une élite qui détient tous les avoirs et tous les pouvoirs, à un autre système : le concept du cercle où nous sommes à égale distance du centre.

Cela veut dire à égale distance en termes de dignité, il n’y a pas de race supérieure ; il n’y a pas de race d’esclaves et de race de maîtres. Donc, comprenons qu’il est dans notre intérêt d’œuvrer pour ce « Mieux-vivre-Ensemble» et de l’inculquer par la culture de la paix. Pourquoi il y a des académies de guerre, des académies de football, des académies de billard, des académies de tout ce qu’on veut, sauf celle de la paix ?

– Au-delà de la dimension symbolique, solennelle, dans le fait d’instituer une Journée internationale du vivre-ensemble, quel est, concrètement, le « contenu» de ce vivre-ensemble ? Comment l’envisagez-vous d’un point de vue, disons, procédurier ?

L’aspect procédurier est d’une simplicité presque enfantine. Il faut commencer par poser les fondements de ce vivre-ensemble. Sur quoi va-t-on l’ériger ? D’abord, sur la dignité et le respect de chaque être. Ça, c’est la première des choses. Deuxième point : on constate que la religion est devenue un prétexte pour s’opposer les uns aux autres. Et c’est surtout l’islam qui est aujourd’hui montré du doigt.

Quelle est la responsabilité des religieux dans la paix ? Il faut qu’ils le disent, il faut qu’on les entende tous, quelle que soit leur confession, y compris ceux qui disent n’avoir aucune religion. Quelle est leur responsabilité vis-à-vis de la paix ? Troisième point : l’éducation. Il faut absolument introduire cette éducation à la paix dans les écoles, sinon on n’avancera pas.

L’ONU a fixé 17 objectifs à l’horizon 2030, les fameux ODD (les Objectifs du développement durable, ndlr). Nous souhaitons lier chacun de ces objectifs au vivre-ensemble. Il y a ceux qui ont la technologie, ceux qui ont le savoir, ceux qui ont les moyens financiers, ceux qui ont la jeunesse, ceux qui ont des territoires… Comment réunir toutes ces possibilités Lire la suite

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