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L’homme au long combat

Publié le 07/04/2016, par dans Non classé.

Fidèle à ce qu’il a été sa vie durant, il est parti dans la dignité qui sied aux hommes d’exception.

L’emblématique et plus vieux prisonnier du Mouvement national, Mohamed-Saïd Mazouzi, a été accompagné à sa dernière demeure, hier, au cimetière de Ben Aknoun (Alger) par ses anciens compagnons de combat. Mansour Boudaoud, Rédha Malek, Ali Haroun, Mouloud Hamrouche, d’anciens ministres, des généraux à la retraite comme Mohamed Touati et Abdelhamid Djouadi. Le chef de l’Etat était représenté par ses deux frères, Nacer et Saïd.

Il y avait également beaucoup d’anonymes qui se sont massés à l’entrée du cimetière pour rendre un dernier hommage à un homme dont le nom et le parcours sont intimement liés à l’histoire de l’Algérie contemporaine. Une histoire racontée brillamment par le diplomate Lahcène Moussaoui, qui a recueilli les mémoires de ce combattant à part dans J’ai vécu le pire et le meilleur. Un livre dans lequel il évoque davantage ses compagnons de lutte que lui-même. Moussaoui a eu toutes les difficultés du monde à le convaincre de parler.

Il a fallu compter sur le soutien de celle qui a été aux côtés du vieux combattant dans les moments les plus durs, jusqu’au bout, sa femme, Saliha. Courageuse et toujours souriante, même dans les instants de doute. Pleine de vie et de dignité, elle est de la veine des femmes des montagnes qui résistent aux tourments de l’histoire. C’est chez elle aussi que le vieux combattant a trouvé de l’abnégation. Ce qui a fait de lui un homme sensible aux conditions des femmes. Ce n’est pas un hasard si, lors de la signature de ses mémoires, à la librairie Tiers-monde, il avait choisi de s’entourer de ses deux filles. C’était aussi cela, Mohamed-Saïd Mazouzi.

Hasard de l’histoire, l’emblématique ministre du Travail sous Boumediène est parti au moment où le pays vit au rythme de scandales de corruption. La turpitude dans laquelle baigne le pays le révoltait. Comment ne pas être indigné, lui qui était un exemple de rectitude morale, d’intégrité et surtout d’une modestie légendaire.

« C’était un homme qui a servi son pays sans se servir, il avait le patriotisme chevillé au corps, c’était sa religion», témoigne un des ces anciens codétenus. Mazouzi était l’anti-héros. Dès son jeune âge, il s’engage dans le Mouvement national. Et c’est avec Omar Oussedik, Ali Halet et surtout son meilleur ami parti très jeune, Ali Laimèche, qu’ils constituèrent le noyau de Tizi Ouzou, vers la fin des années 1930. Il est arrêté et condamné à la perpétuité en 1945.

C’est dans les prisons coloniales qu’il rencontre ceux qui vont devenir, quelques années après, dirigeants de la guerre indépendantiste, notamment Abane Ramdane qu’il croise à la prison d’El Harrach au lendemain du déclenchement de la guerre. Mazouzi passe 17 ans derrière les barreaux. A l’indépendance, son souhait était de « ne plus construire de prisons dans l’Algérie indépendante», se souvient un membre de sa famille.
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