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L’Etat ne joue pas son rôle de régulateur

Publié le 14/04/2016, par dans Non classé.

La hausse des prix ne se limite pas aux marchés de détail, elle touche aussi les marchés de gros du pays.
Depuis quelques jours, les prix des fruits et légumes affichent une hausse vertigineuse, mettant à mal le budget des ménages au revenu moyen. Cette hausse ne se limite pas aux marchés de détail, mais aussi aux différents marchés de gros du pays. En début de semaine, la pomme de terre était cédée à 65 DA le kilo au marché de gros de Attatba, dans la wilaya de Tipasa. La hausse n’a pas épargné la courgette, l’oignon, le poivron vert, la tomate ou la carotte.

Ce n’est qu’hier que les prix ont sensiblement baissé. La pomme de terre, produit phare de l’alimentation, est affichée à 45 DA le kilo, de même que la carotte. Les navets et le chou vert sont à 40 DA/kg, les aubergines et la tomate à 60 DA/kg, le chou-fleur, le concombre, l’artichaut et la betterave à 60 DA/kg et l’oignon à 40 et 60 DA le kilo.

« Tout le monde ne peut pas se permettre d’aller faire ses provisions dans les marchés de gros», s’emporte Bahia, fonctionnaire et maman de cinq enfants, rencontrée au marché Réda Houhou d’Alger. « Avec 1000 DA, il m’est impossible de faire mes achats de fruits et légumes pour deux jours», se plaint-elle. Dans son couffin à moitié vide, 3 kg de pomme de terre à 75 DA/kg, 5 bananes à 300 DA (le kilo est à 280 DA), une poignée de fraises à 280 DA et deux kilos d’oignons à 140 DA. Elle a dû débourser encore 500 DA en plus pour acheter des carottes à 70 DA/kg, un kilo de tomates à 70 DA, un kilo de courgettes à 100 DA et un autre d’artichauts à 100 DA.

« J’ai dépensé près de 1500 DA rien que pour ces quelques fruits et légumes. La viande est intouchable. Ma famille et moi avons presque oublié le goût de la viande fraîche tant je n’achète que de la viande congelée», ajoute-t-elle avant de prendre le bus à destination du marché de Bab El Oued. Selon Bahia, on peut y faire de bonnes affaires, notamment en matière de prix, grâce aux marchands informels qui y pullulent.

Les chambres froides pointées du doigt

Interrogés sur cette hausse des prix, les vendeurs de fruits et légumes au marché Réda Houhou jettent la balle dans le camp des mandataires. Selon Mohamed, un quinquagénaire, la marge bénéficiaire est infime et cette hausse est la retombée logique de la flambée des prix au niveau des marchés de gros. Pour le président de la commission nationale des mandataires, Medjber Mohamed, les grossistes n’y sont pour rien.

« Cette dernière augmentation du prix de la pomme de terre est due aux mauvaises conditions climatiques qui ont empêché la récolte. Etant donné que les prix obéissent à la règle de l’offre et de la demande, ils ont tous baissé. La pomme de terre est à 45 DA, de même que la tomate. Cette baisse a touché tous les autres produits.

En plus, nous n’avons pas le droit de spéculer parce que les produits sont périssables et nous sommes obligés detout vendre dans la journée», explique-t-il. Et de pointer du doigt les services du ministère de l’Agriculture chargés de la gestion des chambres froides, censés assurer le rôle de régulateur en ces périodes creuses de l’année et pallier au manque de produits agricoles frais. Ainsi, la production existe en abondance, sauf qu’il y a un immense dysfonctionnement dans la distribution car l’Etat ne joue pas son rôle de régulateur du marché.

Le même constat est relevé par Boulenouar El Hadj Tahar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens. Pour lui, cette hausse s’explique par trois facteur majeurs, dont la période creuse entre les saisons de récolte entre les régions du Sud et de l’Ouest. « Même si l’Algérie accuse un déficit de près de 1,5 million de tonnes de ce produit très demandé, le manque dans la production ne se fait pas réellement sentir.

Durant cette saison 2015-2016, la production de pomme de terre a dépassé le seuil des 4,6 millions de tonnes. En attendant l’arrivée de la grande production de l’Ouest, puis celle des Hauts-Plateaux, les chambres froides auraient dû jouer leur rôle de régulateur pour éviter la spéculation. Cela remet aussi en cause tout le système de stockage et celui des chambres froides. Le troisième facteur est le manque de marchés de proximité, ce qui augmente la différence entre le prix de gros et celui de détail», explique notre interlocuteur.

Dans cette ambiance de spéculation et de manque d’organisation, le citoyen et l’agriculteur sont les uniques parties à en payer le prix. Le premier n’arrive pas à joindre les deux bouts dans ce flot de dépenses et son pouvoir d’achat s’érode. Le second se retrouve à vendre sa récolte au prix de revient pour qu’elle arrive entre les mains des citoyens à deux fois, voire trois fois son prix réel. L’Etat va-t-il y mettre fin ? A l’horizon, pas de lueur d’espoir ni d’intervention sur le terrain.

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