formats

L’état des lieux de la débidonvillisation

Publié le 17/12/2015, par dans Non classé.

Depuis le 21 juin 2014, les opérations de relogement vont bon train dans le cadre d’une vaste campagne d’éradication de l’habitat précaire menée par la wilaya d’Alger. Un programme de construction de plus de 84 000 logements sociaux a été lancé pour accueillir plus de 72 000 familles issues des bidonvilles, immeubles menaçant ruine et autres taudis indécents et insalubres moisissant dans l’Algérois. Plus de
30 000 familles ont d’ores et déjà été relogées dans les nouvelles cités en attendant la réception des autres sites de recasement. A quoi ressemble la nouvelle vie des ex-habitants des bidonvilles ? Qu’est-ce qui a changé pour eux ? Comment se reconstruisent-ils? Comment sont accueillis ces nouveaux locataires ? Sont-ils totalement satisfaits ? Qu’est-ce qu’ils aiment, qu’est-ce qu’ils n’aiment pas dans la vie de cité ? Reportage à Sidi-Hamed (Meftah), Bentalha et Souidania.
Adossé au muret d’un petit jardin surélevé, Ammi Ahmed prend allègrement un bain de soleil au bas de son immeuble. Ahmed Bouchareb de son nom complet, 72 ans, briquetier à la retraite, s’habitue peu à peu à sa nouvelle adresse. Il semble avoir déjà pris ses marques dans cette cité à la peinture toute fraîche érigée sur les hauteurs de Sidi Hamed, petite localité agricole située à environ 4 kilomètres au sud-ouest de Meftah, dans la wilaya de Blida.

Ici, nous sommes à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau de la capitale. Ammi Ahmed est l’un des plus anciens habitants de Haï Remli, le fameux bidonville de Semmar (Gué de Constantine) réputé pour être le plus grand bidonville de la capitale, voire du pays tout entier, avec plus de 4000 baraques. 2390 familles issues de ce bidonville ont été relogées à Sidi Hamed depuis le 7 octobre dernier, selon les statistiques officielles. « El Hamdoullah, nous avons tout ce qu’il faut.

Le quartier est agréable. J’ai un F3. Nous avons dû refaire tout de même les finitions, mais pour le reste, rahmat rabbi. Nous avons toutes les commodités : l’eau courante, le gaz, l’électricité», se réjouit le vieux retraité. C’est la première fois que Ammi Ahmed loge dans un immeuble. « Je ne me suis pas encore habitué à la vie en hauteur, surtout que je loge au 5e étage», confie-t-il dans un sourire, des sacs de victuailles posés à ses pieds. Il reprend son souffle avant de faire monter les courses.

Une ville clés en main

Force est de le reconnaître : pour un urbanisme de l’urgence, le site est assez bien aménagé, avec des espaces verts, des sentiers dallés, des allées gazonnées, des aires de jeu… Les façades sont de différentes couleurs où se mêlent le jaune pâle, le vert olive, l’ocre et l’abricot. Les immeubles s’étalent à perte de vue. 3555 logements au total, un chiffre qui donnera fatalement son nom à une énième cité anonyme, et qui donne surtout le tournis. En empruntant la RN29, celle qui passe par Bougara, Larbaâ et Meftah, on aperçoit de loin l’imposant ensemble immobilier qui trône sur les piémonts de l’Atlas blidéen. Le bouquet de cités flambant neuves écrase littéralement le paysage. A 4 km avant Meftah, nous bifurquons à droite pour monter vers Sidi Hamed.

Une toute nouvelle route, pavée de lampadaires et de petits palmiers, grimpe jusqu’aux hauteurs du nouveau site. Outre les blocs d’habitation, plusieurs équipements viennent compléter le décor : établissements scolaires (5 écoles primaires, deux CEM et un lycée de 1000 places), un bureau de poste, un marché de proximité, des locaux commerciaux…

Sont prévus également une antenne APC, un commissariat de police, un centre commercial et un dispensaire, l’idée étant d’assurer le maximum de services in situ. Cela renseigne sur le désir des concepteurs du programme de mettre en place une « cité intégrée» pour couper avec la « doctrine» des cités-dortoirs et de « l’urbanisme ghettoïque».

Le nom de Sidi Hamed claque d’emblée comme une réminiscence des cauchemars des années 1990. Le village était sorti de l’anonymat suite à un massacre que les habitants de la région ne sont pas près d’oublier : celui perpétré dans la nuit du 10 au 11 juin 1998, et qui avait fait 103 morts selon le bilan officiel. Aujourd’hui, c’est une véritable ville clés en main qui a pris forme à la place du petit bourg d’autrefois. De fait, le contraste est saisissant entre l’ancien petit hameau agricole, à la physionomie typique des villages de la Mitidja, avec leurs fermes coloniales, leurs vergers, leurs bassins d’irrigation et le nouveau pôle urbain.

Un demi-siècle à Haï Remli

Revenons à Ammi Ahmed. Le néolocataire de la cité des 3555 logements nous racontera sa vie par le menu, avec truculence, et, parfois, amertume. Le moins que l’on puisse dire est qu’il aura tout vu. Ammi Ahmed est originaire de la wilaya de M’sila, précisément de la commune de Maadid (qui abrite notamment la fameuse Qalaâ des Béni Hammad fondée en 1007 par Hammad Ibn Bologhine). Dans sa jeunesse, il est marqué par le massacre de Mellouza. « J’y ai perdu des cousins, affirme-t-il. C’était terrible, les frères tuaient les frères, comme aujourd’hui nos partis s’écharpent entre eux.

Pourtant, Messali était un grand moudjahid, Bellounis était moudjahid aussi (commandant en chef de l’armée du MNA, ndlr)… Les frères s’entretuaient et la France se frottait les mains». Ammi Ahmed se marie très jeune. « Je me suis marié durant la Révolution. A l’époque, il n’y avait ni contrat de mariage ni rien. A 17 ans, j’avais déjà deux ou trois enfants». En tout, il aura 12 enfants, Allah ibarek. « La plupart d’entre eux sont nés à Remli», dit-il. Ahmed Bouchareb aura passé près d’un demi-siècle dans ce bidonville tentaculaire. « Je me suis installé à Remli en 1966, raconte-t-il. J’avais 21 ans à l’époque. J’avais été embauché dans la grande briqueterie du coin.

L’usine m’avait assuré un petit logement. Comme nous étions à l’étroit, j’ai construit une baraque. J’étais parmi les premiers occupants de Haï Remli. A l’époque, il y avait de l’espace, nous étions à peine une cinquantaine de familles. La mairie n’interdisait pas aux gens de construire, autrement, il n’y aurait pas eu autant de monde. L’un ramenait son cousin, Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé L’état des lieux de la débidonvillisation
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair