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«Les zaouïas constituent un important réservoir de voix électorales»

Publié le 03/06/2018, par dans Non classé.

Entretien réalisé par Salima Tlemçani

Après avoir été exclues du champ religieux, les zaouïas reviennent en force. Elles ont même envahi le terrain politique, alors qu’un de leurs principes est justement de ne pas s’y aventurer. Comment expliquer une telle évolution ?

Durant les années 1970, le président Boumediène gérait d’une main de fer tout courant qu’il considérait comme une menace pour le socialisme, qui repose sur l’unicité du choix politique, et il ne le cachait pas. Pour lui, la religion devait être un facteur d’union et non de discorde. De ce fait, il ne fallait pas qu’elle s’immisce dans la politique.

Ainsi, les zaouïas et les écoles coraniques devaient rester dans l’ombre. Elles étaient exclues de toutes les manifestations religieuses et leurs responsables interdits de quitter le territoire national et les tribunes religieuses institutionnelles. Des pressions énormes étaient exercées sur les confréries Tidjania et El Hibria, qui étaient au premier rang, mais aussi sur d’autres zaouïas qui avaient de l’influence. Le changement a commencé sous feu Chadli Bendjedid.

Il fréquentait la zaouïa Belahoual de Mostaganem, que dirigeait cheikh Abdelkader et où d’importantes manifestations religieuses étaient organisées. Sa relation avec cette zaouïa a été pour beaucoup dans le nouveau regard porté sur les confréries.

Bendjedid a autorisé la plus grande conférence internationale consacrée à la Tidjania et à laquelle ont pris part de nombreuses personnalités du soufisme venues du monde entier. Il a rendu visite à la zaouïa Belkadia à Tlemcen, puis à celle de Sidi Mohamed Belekbir à Adrar, qui comptait à l’époque plus d’un millier d’élèves.

Ces rencontres ont eu un impact sur le regard porté sur les zaouïas. Avec le président Abdelaziz Bouteflika, c’est autre chose. L’homme a été baigné dans le milieu des zaouïas, parce que son défunt père était un mokadem dans la confrérie El Hibria.

Il a connu de nombreuses personnalités du soufisme, que ce soit de l’Ouest, où il est né et a grandi, ou au sud du pays, durant la Guerre de Libération nationale, lorsqu’il se déplaçait au Mali. Il avait une approche différente de celle de Boumediène.

Cela a permis à ce courant de reprendre sa place, surtout que c’est venu juste après les années 1990, où les gens étaient à la recherche d’un islam plus serein, plus paisible et plus tolérant.

Ce retour des zaouïas peut-il émaner d’une décision politique, ou est-ce le résultat de cette politisation de l’islam dont vous parlez, et de ses conséquences néfastes vécues par les Algériens durant les années 1990 ?

En fait, les dirigeants politiques étaient devant trois choix. Après les années 1980, nous étions devant le phénomène de l’islam politique, c’est-à-dire l’exercice de la politique au nom de l’islam. Ce choix a été adopté par certains partis et les conséquences ont été désastreuses : 300 000 morts, je dis bien 300 000 morts, et je pèse mes mots. Le deuxième choix est la laïcité de l’Etat.

C’est-à-dire séparer la religion de la politique. La troisième voie consiste à faire de l’islam spirituel une alternative à la politique au nom de l’islam. Après l’expérience sanglante des années 1990, beaucoup ont penché pour cette dernière voie.

L’expérience spirituelle permet aux gens de retrouver leur équilibre, de s’entraider pour le bien, d’aimer Dieu, de s’aimer et de s’éloigner de tout ce qui le contrarie. Cette voie ouvre les perspectives d’un meilleure vivre-ensemble dans ce monde qui voit l’islam à travers ceux qui exercent la politique au nom de la religion. Les premiers signes de l’adoption de cette voie c’est, d’abord, les nominations politiques.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante, un homme de zaouïa est désigné ministre des Affaires religieuses. Mieux encore. A chaque élection présidentielle, la machine des zaouïas se met en branle pour soutenir le président Bouteflika, un enfant des zaouïas et un fervent adepte du soufisme.

Les zaouïas ne se sont pas contenté du rôle sociétal, éducatif et religieux. Elles ont décidé d’être dans le champ politique pour avoir une place à l’intérieur du cercle de décision. Le Président a choisi d’aller vers les zaouïas par conviction spirituelle et politique, sans pour autant tourner le dos aux partis islamistes ou autres organisations religieuses.

Il l’a fait en étant convaincu que cet héritage religieux est important et peut être exporté dans le monde entier. Il faut savoir que la tarîqa Tidjania représente aujourd’hui 350 millions d’adeptes dans le monde. Ce nombre émane d’un recensement précis des descendants directs des chouyoukh, des fonctionnaires et des adeptes. Il n’y a pas 600 millions, comme l’a affirmé le khalifa de cette confrérie, ni 500 millions comme l’a déclaré le défunt Belkacem Khelifaoui, un de ses chouyoukh.

Presque tous les dirigeants des pays du Sahel appartiennent à cette tarîqa, qui a cinq places fortes dans le monde : Irak, Syrie, Egypte, Algérie et Maroc. Je regrette que le régime politique algérien n’ait pas utilisé durant des décennies la Tidjania comme une force d’appui à la diplomatie algérienne, à la promotion du tourisme religieux et de résolution des conflits continentaux.

J’ai moi-même écrit et plaidé pour la construction d’une cité religieuse à Aïn Madhi, avec une grande mosquée, de grands hôtels, une université islamique, un grand hôpital, un centre commercial, etc., qui pourrait drainer, dans les années à venir, au moins un million de touristes par an. Les revenus d’un tel projet sont inestimables.

Quelles sont les zaouïas les plus influentes ?

Il existe six voies initiatiques mères répandues dans le monde. La première est la tarîqa El Kadiria, avec ses 27 filières dans le monde, dont la plus célèbre est Batal Al Haji en Tchéchènie.

En Algérie, il y en a 17, parmi lesquelles la tarîqa Al Manzilia à Oued Souf, la tarîqa Al Kadiria Al Kountia à l’extrême Sud, la tarîqa El Kadiria de Mascara, etc. En deuxième position vient la tarîqa Rifaiya, qui se trouve en Irak, en Syrie et au Koweït. Son dernier et célèbre cheikh est Ahmed Youcef Hachem Errifai, cinq fois ministre des Affaires religieuses, décédé récemment.

Suit la tarîqa Al Khalwatia avec une filière en Algérie, puis la tarîqa Rahmania, présente en Kabylie, à Alger et à Bou Saâda et Lire la suite

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