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Les réalités et les divagations du gouvernement

Publié le 16/05/2016, par dans Non classé.

La loi de finances complémentaire, qui se prépare, donnera certainement des réponses. Elle portera surtout les stigmates d’une situation financière de crise.
Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a dit, hier à l’ouverture officielle du Salon du tourisme d’Alger, une vérité en annonçant que « 2017 sera une année difficile économiquement», mais il a proféré un mensonge en soutenant que « le gouvernement est capable d’y faire face et maîtriser la situation». La réalité de l’économie nationale est connue de tous, elle est même attestée par des chiffres officiels. Selon des données livrées il y a quelques jours par le ministère des Finances, le déficit budgétaire atteint 1326 milliards de dinars sur les 2 premiers mois de l’année en cours. C’est-à-dire en hausse de 304% par rapport à la même période de 2015.

Autrement dit, la somme avoisine les 13 milliards de dollars. Et à cette cadence de la courbe déficitaire, « le manque à gagner atteindra facilement les 78 milliards de dollars sur l’année». Sur quelle base l’Exécutif, qui donne de fausses assurances aux Algériens, pourrait-il rétablir les équilibres ?

Pour un pays qui vit essentiellement des revenus que lui procurent les hydrocarbures, il y a mille et une raisons d’en douter. Les prix du pétrole peinent pour l’instant à remonter. Le Venezuela, qui était dans la même configuration économique et la même gouvernance que notre pays, est déjà à genoux, en proie à une terrible instabilité politique. Le gouvernement qui a siphonné la rente cumulée dans le Fonds de régulation des recettes (FFR) pensait-il avoir trouvé la parade en lançant d’abord la captation de l’argent de l’informel — une opération qui ne semble pas donner les résultats attendus — ensuite l’emprunt national obligataire qui donne aussi l’impression de battre de l’aile ?

Les experts ne misent pas un sou sur l’efficience de la politique de replâtrage que le gouvernement Sellal présente comme une solution miracle qui préconise une alternative à l’économie de rente. Sauf à être d’une béate crédulité, l’Exécutif en place est-il capable de sortir le pays de sa dépendance vis-à-vis des revenus pétroliers en quelques mois seulement, voire en deux ou trois années, alors qu’il n’a pas su le faire en 17 ans ?

Le gouverneur de la Banque d’Algérie, qui s’exprimait dernièrement devant l’Assemblée populaire nationale sur « La vulnérabilité des finances du pays face aux chocs extérieurs et la chute brutale des prix du pétrole sur le marché international», avait présenté des statistiques inquiétantes sur la réduction de la fiscalité pétrolière qui finance les budgets de l’Etat.

Quels sont les moyens que le Premier ministre, qui a réuni avant-hier ses ministres les plus impliqués dans la gestion de l’économie, compte mettre en place pour juguler la crise qui s’annonce encore plus grave l’année prochaine ? Un nouveau modèle économique qui sera fait d’austérité et de coupes budgétaires, d’inflation et de jours sombres pour les citoyens algériens et les couches les plus vulnérables de la société ?

Pour beaucoup, l’Exécutif, qui a eu la main généreuse pour acheter la paix sociale, sera, tôt ou tard, amené à faire des choix douloureux. Certains pensent dèjà au retour à l’endettement extérieur avec tout ce que cela suppose comme réformes difficilement supportables pour la collectivité. Est-ce là le nouveau modèle économique dont parlent les membres de l’Exécutif ?

La loi de finances complémentaire, qui se prépare, donnera certainement des réponses. Mais elle portera surtout les stigmates d’une situation financière de crise. Dans l’incapacité de mobiliser des ressources qui se font de plus en plus rares en raison de l’imprévision, de l’absence de vision et de projet, l’Exécutif sera alors dans l’obligation de revoir sa feuille de route en matière de dépenses publiques.

Une question se pose : les tenants du pouvoir ont-ils la crédibilité, la légitimité et les moyens pour faire adhérer les Algériens, déjà étouffés par l’amenuisement de leur pouvoir d’achat, à la seule démarche qui reste valable pour sauver les meubles — l’inévitable politique d’austérité — avec bien sûr peu de chances d’inverser la balance ? Mais à ces véritables questionnements, le Premier ministre a préféré placer le débat sur un autre terrain, celui de l' »ingérence étrangère» et de la stabilité. Lire la suite

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