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Les raisons d’un limogeage

Publié le 05/12/2015, par dans Non classé.

Saâd Damma a été limogée, jeudi dernier, de son poste de président-directeur général de l’opérateur Mobilis et remplacé par Mohamed Habib qui occupait, jusque-là, la fonction de directeur général adjoint d’Algérie Télécom.
Un changement justifié par le ministère de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication (MPTIC) par « la volonté des pouvoirs publics d’insuffler une nouvelle dynamique à l’entreprise dans un environnement extrêmement concurrentiel pour un secteur qui connaît des évolutions et des transformations rapides» et à l’effet de confier « la gestion de l’opérateur à l’entreprise mère Algérie Télécom qui désignera un directeur général par intérim en attendant l’installation d’un nouveau président-directeur général».

Contacté par nos soins, Mohamed Habib nous a déclaré qu’il a été pris au dépourvu par cette nomination et c’est Imane Houda Feraoun, ministre de la Poste et des TIC, qui lui a annoncé en personne cette nomination et lui a demandé de « représenter les intérêts de la maison mère et que j’avais toute sa confiance».

Il faut rappeler que le capital de Mobilis vient d’Algérie Télécom et que, légalement, le propriétaire est Algérie Télécom, sauf si l’Etat décide un transfert d’actifs. Mais pourquoi une telle décision alors que l’opérateur de téléphonie mobile a enregistré de bons résultats financiers ? Au 30 septembre 2015, les revenus de Mobilis ont enregistré une forte progression de plus de 16% par rapport à la même période de 2014, a précisé une source près de l’opérateur et citée par l’APS.

L’ensemble des indicateurs financiers arrêtés à la fin septembre dernier ont permis de dégager des soldes « positifs» avec un résultat brut d’exploitation de 24 milliards de dinars et un résultat avant impôts de 9,9 milliards de dinars, selon l’opérateur. Le nombre de clients a connu une « forte progression», atteignant les 15,1 millions d’abonnés à fin septembre 2015. Un observateur de l’évolution des TIC en Algérie, relativise : « Ce n’est pas aussi brillant que ça. Un chiffre d’affaire n’est pas le seul indicateur. Il faut savoir qu’on peut augmenter les coûts des liens de la 3G de 30% et augmenter aussi le budget de communication de 95%.»

L’opérateur s’est engagé avec la Fédération algérienne de football (FAF) pour un accord de partenariat qui va durer jusqu’à 2019, après en avoir conclu un autre avec le Comité olympique algérien (COA). Le montant de la transaction avec la FAF n’a pas été dévoilé, mais des sources proches du dossier ont révélé qu’il s’élèverait à 1200 milliards de centimes. Il a aussi signé un accord avec la Ligue de football professionnel pour que le nom de l’entreprise accompagne celui des Ligues 1 et 2 de football.

Des dépenses justifiées par le besoin d’améliorer l’image de marque de l’entreprise, de gagner en notoriété et bousculer un peu un de ses concurrents directs Ooredoo, qui avait opté pour les mêmes procédés pour se faire une place dans la cour des grands. Mais la goutte qui a fait déborder le vase est le partenariat conclu récemment avec Orange : les appels passés de l’opérateur français vers les lignes Mobilis sont facturés à un tarif exceptionnel. Conséquence directe : commercialement parlant, ce n’est pas intéressant puisqu’on brade la minute d’appel algérienne qui devient l’une des plus faibles au monde.

Le désormais ex-PDG de Mobilis voulait-il aller vers une autonomisation vis-à-vis de la maison mère ? En tout cas, le courant ne passait plus entre lui et Azzouau Mehmel, PDG d’Algérie télécom. Il évitait de le croiser même pendant les sorties ministérielles. D’autres opérations ostentatoires de l’ex-DG de Mobilis lui ont été fatales.

La plus connue est la signature très médiatisée, en août 2013, d’un partenariat avec une agence représentant le Real de Madrid par laquelle le club madrilène devait se déplacer à grands frais à Alger pour un match amical. Evoquant la question du coût de la venue du club de la capitale espagnole, Saâd Damma a toujours insisté sur le fait que cet accord n’a coûté aucun centime à l’opérateur mobile algérien, précisant que ce sont les partenaires de l’entreprise, à savoir ZTE, Ericsson et Sony, qui ont pris entièrement en charge le coût global de cette opération. Cependant, quelle est la contrepartie accordée à ces partenaires ?

La question a son importance. Mais au-delà de tous ses aspects, au niveau du MPTIC, il y a une conviction : il y a un contexte économique à prendre en compte. Dans le projet de loi des finances 2016, l’Etat prend automatiquement 25% des dividendes (bénéfices) des entreprises économiques publiques affectées au budget de l’Etat. Donc, l’Etat doit avoir des entreprises très profitables. Les entreprises publiques déficitaires peuvent voir leur capital ouvert aux opérateurs privés.

Autre paramètre : aujourd’hui, la tendance mondiale est à la convergence. Le secteur de la téléphonie est en pleine ébullition, en plein changement. Avec la 3G, la distinction entre le fixe et le mobile n’a plus lieu d’être : on va presque autant sur internet avec son mobile qu’avec son ordinateur et dans quelques années ce rapport de force se sera inversé. L’histoire des filiales n’est plus d’actualité. L’opérateur Orange, par exemple, commercialise tout ce qui est service sous la marque commerciale du mobile. Lire la suite

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