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Les procès se suivent et les condamnations s’accumulent

Publié le 13/06/2017, par dans Non classé.

Ensanglantée par des violences meurtrières à intervalles réguliers, la vallée du M’zab n’en finit pas de panser ses plaies. Agressée et malmenée, la cité millénaire est profondément blessée. Ses enfants persécutés, poursuivis, emprisonnés et condamnés. Les multiples procès n’ont pas mené à l’éclatement de la vérité sur les raisons d’une crise violente, mais à la condamnation des figures militantes mozabites. Avant-hier au tribunal criminel de Médéa, c’était le tour de l’ex-P/APC, Nacer-Eddine Hadjadj.
Le feuilleton judiciaire des événements de la vallée du M’zab s’est poursuivi au tribunal criminel de Médéa sans déroger à la règle des condamnations. Avant-hier, c’était au tour de Nacer-Eddine Hadjadj, ex-maire de Berriane (Ghardaïa) et membre de la direction nationale du Rassemblement pour le culture et la démocratie (RCD), de passer à la barre. En détention depuis le 25 juillet 2015, il fait face à des accusations graves : « importation d’armes à feu catégorie 5 sans autorisation», « détention d’armes à feu sans autorisation» et « attroupement armé».

De lourdes charges consignées dans l’arrêt de renvoi et pour lesquelles le représentant du ministère public devra fournir des preuves matérielles et tangibles de la culpabilité de l’accusé. A la barre, Nacer-Eddine Hadjadj, visiblement affaibli par les longs mois d’incarcération, rejette en bloc les accusations. « Je me trouve au banc des accusés, parce que je suis victime d’un complot. Ce n’est pas la première fois qu’on essaye de m’abattre.

J’ai été maire élu en 2007 sur la liste du RCD, je jouis d’une popularité dans ma commune. Certains réseaux aux intérêts occultes n’ont pas admis mon élection à la tête de la commune. J’ai été ciblé parce que je dérange la mafia locale», répond l’accusé aux questions du juge pour expliquer les raisons et le contexte politique qui l’ont conduit en prison.

Rappelant son engagement politique au sein du parti de l’opposition depuis longtemps, cette figure de proue du mouvement politique du M’zab assume pleinement devant le tribunal d’avoir participé à des rassemblements de protestation, d’avoir défendu les victimes des dépassements des autorités administratives et policières, « mais jamais dans ce que l’accusation appelle ‘‘attroupement armé ». Je suis un militant pacifique qui appartient à un parti légal qui milite pour l’instauration de la démocratie en Algérie et de manière pacifique», réfute-t-il. Etrange question du juge ! « Vous défendez seulement une catégorie de la population (les Mozabites, ndlr)» ?

Réplique sereine du dirigeant du RCD : « J’appartiens à un parti qui défend les droits de tous les citoyens sans tenir compte de leur appartenance doctrinale ou autre.» Dans les documents versés à l’instruction, il y a des déclarations officielles du RCD, des photos de l’accusé en compagnie de Saïd Sadi, des DVD de manifestations politiques remontant à janvier 2011, à Alger. Ce qui fait dire à l’avocate Fetta Sadat : « Sommes-nous ici pour faire le procès du RCD.

Il est en prison, parce que victime de son engagement, de son appartenance partisane, il n’y a aucune preuve tangible. Manifestement, on ne lui pardonne pas l’implantation du RCD dans cette région.» « Est-ce à lui d’apporter les preuves de son innocence ?» fulmine l’avocate. Pour tenter de prouver la culpabilité de l’accusé, le procureur général se fonde sur des déclarations de la police impossibles à vérifier : « Vous avez été vu dans un rassemblement en possession d’une arme à feu.» Courroux des avocats de la défense : « Pourquoi ne l’a-t-on pas arrêté sur place, si la police l’avait ainsi vu en possession d’une arme en plein rassemblement.»

Des armes invisibles

Le grand débat du procès s’est porté sur « l’importation et la détention d’armes à feu sans autorisation». L’affaire remonte au 25 juin 2015, lorsque la police de Berriane interpelle Nacer-Eddine Hadjadj, suivie d’une perquisition de son domicile. L’accusation prétend que lors de ladite perquisition, des armes (un fusil de chasse et un fusil traditionnel) ont été trouvées.

Sauf que les armes en question n’ont jamais été remises à la justice lors de l’instruction, ni présentées devant le tribunal aujourd’hui. Où sont ces armes ? Mais surtout comment M. Hadjadj, qui n’a jamais quitté le territoire national, pouvait importer des armes ? « Une perquisition dans laquelle on réquisitionne des armes se fait selon des règles fixées par la loi.

Sauf que dans le cas qui nous concerne, nous constatons que les armes n’ont pas été remises à la justice. Or, si vraiment ces armes existaient, le jour même où l’accusé est présenté devant le procureur, on les aurait présentées. D’abord si une arme est saisie, on devrait la mettre sous scellés, pas dans un sachet noir dont ne sait rien de ce qu’il y a dedans. Aucune preuve matérielle et sérieuse n’est apportée par l’accusation», démontre Abdelhak Mellah, avocat de la défense.

Me Mellah relève ce qu’il appelle « des violations flagrantes des procédures substantielles». « Une aberration ! Comment peut-on convaincre que l’accusé a importé des armes alors qu’il n’a jamais quitté le territoire national», établit encore l’avocat. Mais ce qui va permettre à la défense de tailler en pièces l’accusation, c’est le rapport balistique. Deux rapports balistiques versés au dossier qui sèment la confusion, mais surtout qui soulèvent des interrogations.

« Le premier concerne des armes inventoriées datant du 6 juillet 2015, dont le numéro de classement correspond parfaitement à celui des armes supposé avoir été trouvées au domicile de l’accusé lors de la perquisition, soit trois semaines après», relèvent tour à tour Mes Fetta Sadat et Salah Debouz. « Ne pas remettre ces armes à la justice est une humiliation pour la justice. Nous avons demandé le témoignage de l’un des policiers qui a mené la perquisition, cela nous a été refusé», enfonce encore Me Debouz. Comment cela peut-il arriver ! Silence gênant dans la salle d’audience.

Dans le rapport balistique, on a trouvé inventoriées également des douilles et des balles retirées des corps des victimes lors des émeutes de Berriane les 5, 6 et 7 juillet 2015. « Le rapport balistique est tiré d’une autre affaire pour inculper Nacer-Eddine Hadjadj, c’est une instruction à charge qui a été menée, le corps du délit n’existe pas. M. Hadjadj est un militant politique, un homme intègre, compétent qui s’est Lire la suite

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