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Les passions se déchaînent sur Facebook

Publié le 20/12/2017, par dans Non classé.

Il est de coutume, à chaque fois qu’un événement insolite défraye la chronique algérienne, que les réseaux sociaux s’en emparent et en font des galéjades pas piquées des vers.
Suivant cette logique, on peut deviner sans peine combien les internautes algériens ont fait gorge chaude de l’acte barbare, commis lundi dernier à Sétif, quand un dégénéré, barbu et vêtu d’un kamis, s’en est pris avec violence à la statue mettant en relief une femme nue surplombant l’emblématique fontaine de Aïn Fouara.

D’abord, force est d’admettre que cette déprédation commise par un fieffé vandale armé d’un marteau et d’un burin n’a pas été unanimement condamnée. Au contraire, certains agités du bocal sont allés jusqu’à saluer ce triste individu, qualifiant son agissement d' »acte de bravoure». Il suffit, pour s’en rendre compte, d’aller jeter un coup d’œil sur les commentaires postés sur les pages Facebook des chaînes satellitaires, réputées, du reste, pour vouloir endoctriner le plus grand nombre avec des discours gorgés d’intolérance.

Il y a aussi, et encore heureux, ceux qui, sans détour, ont condamné le carnage dont a été victime la belle statue sétifienne, réalisée par le sculpteur Francis de Saint-Vidal. N’y allant pas avec des pincettes, certains, très en rogne, ont carrément appelé « à la castration» de ce genre d’individus, dont la façon de s’en prendre, quasi systématiquement, à tout ce qui représente, de près ou de loin, le symbole de la féminité, renseigne à quel point ils sont détraqués sexuellement, et peuvent être un danger pour la société.

D’autres, plus mesurés, ont appelé à plus de vigilance à l’avenir, comme c’est le cas de Redouane B., citoyen oranais très actif dans plusieurs associations féministes : « La dégradation de la statue de Aïn El Fouara est un acte regrettable que je qualifie d’attentat contre la mémoire, la liberté et l’art. Toutefois, ça ne me choque pas, car nous sommes conscients que les années d’obscurantisme ont profondément bouleversé la société. Mais j’estime que c’est une occasion pour la société civile de s’organiser contre ce genre d’actes à travers des actions prônant la tolérance, l’art et la liberté.»

Bien sûr, suivant le vieil adage qui dit : « Mieux vaut en rire qu’en pleurer», nombre d’internautes algériens ont choisi l’humour et la dérision pour traiter ce problème. D’hilarants photomontages ont été postés hier et avant-hier sur les réseaux sociaux, où on peut voir, à titre d’exemple, la statue de la Liberté de New York se cacher derrière son socle, craignant que le barbu au marteau soit dans les parages.

Dans un autre montage-photo, il est question de ce même barbu s’agrippant à la géante statue du Christ rédempteur, celle qui surplombe la ville de Rio de Janeiro, et tentant, en toute apparence, de la déboulonner. Certains, usant de montage-vidéos, ont parlé de « rock-n roll attitude» dont le forcené barbu serait atteint, et l’ont montré dansant fiévreusement sur une chanson de Michael Jackson avant de se déchaîner sur la statue.

Enfin, le journal satirique El Manchar s’en est donné à cœur joie lui aussi, avec ce titre désopilant : « Algérie : plusieurs statues demandent l’asile culturel en Europe». Il y a aussi une autre catégorie d’internautes algériens qui, sous couleur de dénoncer toute forme de récupération, ou par simple esprit de populisme, ont émis des réserves quant à condamner ouvertement cet acte de vandalisme.

A ceux-là, Adnan Hadj Mouri, journaliste à Oran et membre de l’association de psychanalyse « Acte psy» de Bruxelles, dit : « Outre le dressage adaptatif à la norme sociale qui favorise l’ignorance sacrée, pour reprendre le penseur Mohamed Arkoun, les tenants de la normalité névrotique tentent de minimiser cet ‘‘imaginaire leurrant » qui obéit aux injonctions du déni du vide ou à la névrose de la récupération. Devant l’éducation informelle qui trouve refuge dans la tradition et la religion, l’éclosion d’une société civile aura pour rôle de se situer aux antipodes de cette socialité anomique qui favorise le refus de la féminité.» Lire la suite

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