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Les partis appelés à faire leur autocritique

Publié le 10/05/2017, par dans Non classé.

Les partis dits de l’opposition n’ont pas réussi à capter l’électorat protestataire qui en a gros sur le cœur après une cure d’austérité qui a laminé son niveau de vie.
Record d’abstention — 81,49% à Béjaïa, 82,6% à Tizi Ouzou et 73,54% à Bouira —, saccage des urnes, effritement de l’électorat traditionnel des partis à fort ancrage dans la région…, la Kabylie, fidèle à elle-même, a dit non au scrutin législatif du 4 mai. Le rejet, déjà visible avec une campagne électorale des plus mornes, n’a fait que se confirmer à l’annonce des résultats dérisoires du vote.

Les partis dits de l’opposition n’ont pas réussi à capter l’électorat protestataire, qui en a gros sur le cœur après une cure d’austérité, qui a laminé son niveau de vie, et une série de validations de lois scélérates qui ont lourdement remis en cause ses acquis sociaux. Même le RCD et le FFS, réputés avoir un ancrage dans la région, y ont perdu pied et n’ont pas réussi à accrocher l’électorat. Avec respectivement 9 et 6 sièges seulement en Kabylie, le FFS et le RCD sont en perte de vitesse dans la région. Leurs appels à voter massivement de peur de voir l’abstention profiter aux partis du pouvoir n’ont pas été entendus.

Il s’est même avéré que ces partis qu’on redoutait tant ont eux-mêmes reculé, laissant comme seul gagnant au vote le parti de l’abstention. Il en ressort, en effet, qu’aussi bien les partis dits de l’opposition, ceux du pouvoir et ceux qui ne se sont jamais compromis en s’insérant dans le jeu du pouvoir, tels que le PST, ont été mis dans le même panier. Le divorce entre la population et la classe politique semble consommé.

Cela dit, en dépit de cette situation de désaffection générale, les partis se refusent à l’autocritique. Comme à l’accoutumée, certains ont crié à la fraude aussitôt les résultats annoncés, d’autres ont tiré sur le pouvoir, tandis que des formations politiques ont fustigé les abstentionnistes. Mais force est de constater qu’il y a une absence totale de la part des partis d’une analyse sur le pourquoi de l’abstention, encore moins un aveu d’échec de construction dû, du reste, en grande partie à une désertion chronique du terrain des luttes aux côtés de la base.

Aspect négatif de la classe politique

Scrutateur assidu de la scène politique algérienne, l’écrivain et militant de la cause amazighe, Brahim Tazaghart, relève cet aspect négatif de la classe politique. « On voit des responsables de parti qui critiquent les abstentionnistes ! Or, ces partis doivent savoir qu’il y a une mutation, qu’il y a une demande de changement. Il faut faire une analyse sérieuse de la forte abstention qu’on vient de vivre.

Elle n’est pas seulement le propre de la Kabylie, mais de toute l’Algérie. L’abstention est un signe d’espoir, de résistance, elle exprime une demande nationale et pacifique de changement. S’ils veulent capitaliser cette élection et se replacer sur la scène politique, les partis n’ont qu’à faire leurs bilans, s’autocritiquer et interpréter cette abstention comme un signe de prise de conscience politique», analyse Brahim Tazaghart.

Pour la première fois, les partis qui se disent d’opposition semblent avoir payé cash leur éloignement des réalités sociales et leur repli sur eux-mêmes qui les ont réduits à de simples appareils bureaucratisés qui luttent pour leur survie à l’intérieur du système et non en dehors, c’est-à-dire auprès de la base. Un éloignement qui se vérifie jusque dans les slogans de campagne, lesquels n’ont aucune traduction sur le terrain.

C’est ce que constate Brahim Tazaghart : « D’une part, on se rend compte que notre classe politique n’a pas le sens de la mesure. Par exemple, on a vu le RCD plaider pour un ‘‘nouveau départ » ou le FFS pour ‘‘un consensus national » pendant la campagne. Or, il ne s’agit pas d’élection présidentielle pour user de ces slogans qui n’ont aucune déclinaison sur le terrain. Il est clair que cette surenchère conceptuelle ne peut que se retourner contre eux à cause de la déception qui s’ensuit à chaque fois.

D’autre part, en participant aux élections, les partis s’inscrivent dans une survie bureaucratique et leur participation valide les lois du système. Tout le monde s’est retiré dans la logique des appareils et on ne recrute plus dans la société et dans l’élite. Les partis n’ont donné aucune preuve qu’ils portent une alternative et les gens ne sont pas obligés de les croire pour le simple fait qu’ils se disent ‘‘opposants ».»

Au lendemain du 4 mai, nombreux sont les appels à prendre acte du verdict implacable des urnes. En Kabylie, on parle de reconfiguration de la carte politique et de la débandade des partis traditionnels. Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), estime que les acteurs politiques devraient être interpellés par ce verdict. « La région est connue pour son hostilité au pouvoir et ses scores dans l’abstention des consultations législatives et présidentielles, contrairement aux locales.

Cette fois, on constate que le verdict est plus sévère, car malgré l’implication des partis traditionnels, les scores n’ont non seulement pas bougé mais ont dégringolé davantage. Je pense qu’il y a lieu de s’intéresser à ce verdict. Il y a à mon sens une reconfiguration de la carte politique. Les acteurs politiques sont interpellés», dit-il.

Il convient par ailleurs de noter qu’en termes d’abstention, la Kabylie ne fait pas cette fois l’exception en Algérie, puisque le taux de participation national, d’à peine 38%, indique que la crise politique dans le pays est pareillement vécue dans toutes les régions, tout comme les effets de la dégradation des conditions de vie qui sont partout visibles, laissant entrevoir des ripostes qui seraient tout aussi de dimension nationale.

Ceci au moment où de nouvelles tendances politiques, autonomistes, de type MAK, ou régionales, sont en train de faire leur bonhomme de chemin en Kabylie. Les deux donnes sont à prendre en considération par la classe politique dans ce qui est appelé la nouvelle reconfiguration politique, si reconfiguration il y a.
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