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Les familles de disparus refusent de tourner la page

Publié le 07/03/2016, par dans Non classé.

Selon Nassera Dutour, présidente du Collectif des familles de disparus en Algérie, les familles qui n’ont pas fait leur deuil demeurent prisonnières de ce passé si lourd à porter.
Les familles de disparus ne ratent aucune occasion pour appeler les plus hautes instances du pays à dire la vérité sur le sort de tous les disparus des années 1990 en Algérie. Ces familles réclament inlassablement, depuis plus de dix ans, le droit de savoir, le droit à la vérité et à la justice. Selon Nassera Dutour, présidente du Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA), les familles qui n’ont pas fait leur deuil demeurent prisonnières de ce passé si lourd à porter. La porte-parole du CDFA a rappelé, ce week-end, lors d’un séminaire qui a regroupé des hommes de loi, des représentants des droits de l’homme et les concernés par ce sujet, qu’il n’est pas question de baisser les bras avant de connaître toute la vérité et que justice soit rendue.

Intitulée « Les disparitions forcées en Algérie : un crime contre l’humanité», cette rencontre a permis à des personnalités de revenir sur certaines dispositions de la Constitution, sur le calvaire des familles des disparus et les éléments qui caractérisent le crime contre l’humanité. Le professeur Madjid Bencheikh, ex-doyen de la faculté d’Alger et ancien président d’Amnesty International, estime que le fait d’introduire de manière autoritaire dans la Constitution, lors de sa révision, une référence à la charte sur la réconciliation nationale ne peut en aucune manière constituer une solution ou une clôture des dossiers des disparitions forcées.

« Tant que les familles des disparus n’ont pas de réponse à leur préoccupation, elles continueront à réclamer la vérité et la justice et de combattre pour l’obtenir», dit-il, précisant que le phénomène des disparitions forcées aux termes du Statut de Rome constituent un crime contre l’humanité lorsqu’elles sont généralisées ou systématisées. Le Pr Bencheikh a relevé qu’en Algérie, la pratique de la disparition a touché des milliers de familles et aucune wilaya du pays n’a été épargnée. Selon la Commission présidée par Farouk Ksentini, il y aurait près de 6200 disparus, alors que d’autres sources avancent un chiffre avoisinant les 10 000. Dans le détail, l’orateur explique les termes du Statut de Rome.

Les disparitions forcées ont été effectuées de manière systématique, avec méthode, avec une bonne organisation et des objectifs déterminés, et ce, dans le but d’imposer les politiques des gouvernants ou les décisions des groupes armés. « La deuxième condition du Statut de Rome, à savoir la systématisation du crime de disparition, est donc remplie. Il s’agit bien de crime contre l’humanité au regard du droit international. Et comme le montrent les expériences des autres pays, les règles d’amnistie n’ont jamais apporté de solution», note M. Bencheikh.
Maître Bouchachi, avocat et ancien président de la LADDH, a quant à lui traité le crime contre l’humanité du point de vue du droit national.

Il a montré, en s’appuyant sur la législation algérienne, que la notion de disparition forcée adoptée n’est pas de nature à en protéger les citoyens. En se basant sur son expérience dans le cadre de la justice en Algérie, il a montré que les requêtes des familles de disparus sont systématiquement rejetées sous une forme ou sous une autre. Les victimes de disparition forcée ont dénoncé, pour leur part, le refus des autorités de mener des enquêtes sur les disparus et n’envisagent pas, disent-elles, de tourner la page comme cela leur a été suggéré, moyennant le versement d’une somme d’argent pour acheter leur silence. Lire la suite

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